Tout ça pour ça

Le problème de l’Infiniti, c’est qu’elle est assise entre deux chaises : elle n’a pas le confort et le raffinement d’une Lexus, ni l’aplomb d’une allemande.
Photo: Philippe Laguë Le problème de l’Infiniti, c’est qu’elle est assise entre deux chaises : elle n’a pas le confort et le raffinement d’une Lexus, ni l’aplomb d’une allemande.

Travail oblige, je regarde tous les Grands Prix de F1 à RDS. Une des annonces qui reviennent le plus souvent pendant les pauses publicitaires est celle de l’Infiniti Q50. Une bonne pub, punchée, rythmée, avec nul autre que Sebastian Vettel au volant. Ladite publicité laisse également entendre que le quadruple champion du monde a participé au développement de la voiture. Comme Ayrton Senna, il y a vingt ans, avec l’Acura NSX, ou Schumacher avec certaines Ferrari. Prometteur !

 

Même l’auteur de ces lignes, malgré plus de vingt ans de métier, a mordu. J’avais été invité au lancement en août dernier, mais n’avais pu y assister, en raison d’un conflit d’horaire. Chez Nissan (donc Infiniti), on m’avait cependant assuré que je serais l’un des premiers à l’essayer dès qu’elle serait sur la flotte de presse. Et ma foi, j’avais plutôt hâte !

 

Le changement dans la continuité…

 

Sa devancière, la G37, ne m’a jamais emballé. Les berlines de luxe japonaises sont nettement plus fiables que leurs rivales allemandes, mais ces dernières conservent un avantage tout aussi net en matière d’agrément de conduite. Malgré son changement de nom, la Q50 n’est pas une nouveauté à proprement parler, mais plutôt une évolution de la G37. Sur le plan esthétique, on le constate : les modifications apportées lui ont fait le plus grand bien, mais les grandes lignes restent les mêmes. On est aussi en terrain connu avec les principaux organes mécaniques : V6 de 3,7 litres, boîte automatique à 7 rapports avec mode manuel, 2 ou 4 roues motrices. Et quand il n’y en a que deux, elles sont à l’arrière.

 

Selon Infiniti, les améliorations sont cependant nombreuses, et on nous promet une voiture revue en profondeur. Air connu. Et pourtant, j’ai mordu.

 

Est-ce à cause du partenariat avec l’écurie Red Bull et de la prétendue contribution de Vettel comme « essayeur en chef » ? Sûrement. Chose certaine, la barre était haute : je m’attendais à une mangeuse de BMW, rien de moins ! D’autant plus que Lexus y est parvenu avec sa nouvelle IS. L’objectif n’est donc plus hors d’atteinte. Avec l’apport technique de la Formule 1 en plus, la nouvelle Q50 promettait de faire encore mieux.

 

Attentes trop élevées ?

 

Après une semaine passée à la conduire, j’ai dû me rendre à l’évidence : je n’arrive pas à « connecter » avec cette voiture. Pire, je ne parviens pas à l’aimer. Est-ce parce qu’on ne l’a pas suffisamment retravaillée ? Ou parce que mes attentes étaient trop élevées ? Ou les deux ?

 

Première constatation : derrière le volant, la différence avec la G37 est minime, à peine perceptible pour quiconque n’essaie pas des voitures 52 semaines par année. Plus spacieuse ? À peine, malgré l’empattement allongé. Plus silencieuse ? Si peu. Plus confortable ? Pas vraiment. Oh, bien sûr, la Q50 est une berline luxueuse, bien finie et bien équipée. Mais est-elle vraiment plus confortable et mieux insonorisée qu’une Altima V6 ? À peine. Plus dynamique, alors ?

 

Oui, mais je m’attendais à plus. Comme dans « BEAUCOUP plus ». Si Vettel a vraiment été l’essayeur en chef de cette voiture, il ne devrait surtout pas lâcher son job de jour. Pour mettre au point une F1, je lui fais confiance, mais pour une voiture de production, hum… pas sûr. Non mais, sérieusement, je vois mal comment il a pu être emballé par cette berline, dont le comportement et les performances sont corrects, sans plus. Parions plutôt que son rôle se limite à celui de mascotte. En attendant, Audi et BMW peuvent dormir tranquilles.

 

La F1 ? Où ça ?

 

J’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé l’ombre d’une trace d’un quelconque bénéfice de l’alliance avec une écurie de F1 — la meilleure, en plus ! D’abord, mettons tout de suite une chose au clair : il ne suffit pas de durcir une direction pour qu’elle soit plus sportive. Suggestion aux ingénieurs responsables : faites débloquer un budget pour acheter une Audi A4 et une BMW Série 3. Ensuite, démontez et examinez leurs directions. Là, vous allez comprendre ! Baptisée DAS (Direct Adaptative Steering), cette nouvelle direction électrique est tout sauf sportive.

 

Toujours dans le rayon déception, ajoutons le moteur et la boîte de vitesses. Rien que ça. Le V6 de 3,7 litres a beau être polyvalent et ultrafiable, il commence sérieusement à trahir son âge. Il n’a pas l’onctuosité du V6 des Lexus et Acura, encore moins celle des fabuleux 6-cylindres en ligne de BMW. Il est même franchement rugueux, mais je lui pardonnerais tout s’il avait du « oumph », c’est-à-dire un peu plus de mordant, de tempérament… Ce qui n’est pas le cas, hélas.

 

Ses performances sont à niveau avec la concurrence, le raffinement en moins ; et surtout, je n’ai vu aucune différence avec celui de la G37. Même chose pour cette exécrable boîte de vitesses à 7 rapports, aussi lente que brusque et sans double embrayage. L’apport technologique de la F1 ? Quelle bonne blague…

 

Si près et si loin

 

Le problème de l’Infiniti, c’est qu’elle est assise entre deux chaises : elle n’a pas le confort et le raffinement d’une Lexus, ni l’aplomb d’une allemande. Comprenons-nous bien : la Q50 n’est pas une mauvaise voiture. Loin de là, même. Elle est bien construite, confortable, rapide et fiable. Où est le problème, alors ? Je vais vous le dire : elle n’a aucun charme.J’ose une comparaison avec un rendez-vous galant : vous voyez la personne pour la première fois, elle a plutôt belle allure, une bonne culture générale, une situation professionnelle enviable, mais elle ne dégage rien. Vous ne vous ennuyez pas, mais il n’y aura pas de second rendez-vous.

 

Dans mon cas, il y en aura un, peut-être même deux, parce que c’est mon travail et avant de me prononcer définitivement, je vais conduire les autres versions (intégrale et hybride). Mais ça ne part pas du bon pied. À ceux qui me reprocheront d’avoir des attentes trop élevées, je répondrai qu’on m’a fait de bien belles promesses. Et pour l’instant, elles n’ont pas été tenues.

 

Conclusion

 

Les Américains ont une expression que j’aime bien : « close, but no cigars ». L’Infiniti, elle, n’est même pas proche d’une allemande, ni même d’une Lexus ou d’une Cadillac. Il lui faut, pour commencer, une mécanique plus raffinée : moteur, boîte de vitesses, direction… C’est beaucoup et peu à la fois, d’autant qu’une motorisation suralimentée est annoncée pour bientôt, ainsi qu’une nouvelle transmission. Question : pourquoi ne pas tout avoir mis ça dans le nouveau modèle, dès le début ?


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