Perspectives - Des nouvelles du 3e plénum du 18e Congrès

La deuxième puissance économique mondiale poursuit cahin-caha sa transformation d’une économie dirigée vers… On ne sait pas exactement quoi encore, mais ça viendra.

 

Cela faisait des semaines que les Chinois et les nombreux observateurs étrangers se préparaient à l’événement. Le troisième plénum du Comité central de chaque congrès du Parti communiste chinois a souvent servi à annoncer les grandes réformes économiques qui ont marqué l’histoire récente de l’Empire du Milieu. C’est durant le 3e plénum du 11e congrès que l’ancien leader Deng Xiaoping avait lancé, en 1978, la réforme agraire qui allait mettre en branle le miracle économique que l’on sait. C’est durant un autre 3e plénum qu’on avait évoqué pour la première fois, en 1993, le concept de « socialisme de marché » et qu’on avait jeté les bases d’un secteur bancaire moderne. L’ancien président chinois, Hu Jintao, avait bien essayé, lui aussi, de lancer une nouvelle vague de réformes à son premier 3e plénum du Comité central (16e congrès), en 2003, mais sans grand succès. Cette semaine, c’était le 3e plénum (du 18e congrès) de son successeur, et la chance de Xi Jinping de profiter de la réunion des quelque 370 grosses huiles du parti pour faire sa marque.

 

La nature et l’ampleur des défis auxquels il est confronté sont bien connues. La Chine arrive au bout de son modèle de développement basé sur les exportations et les investissements extérieurs qui lui a donné une croissance annuelle moyenne hallucinante de 10 % depuis trois décennies et doit amorcer une transition vers une économie de consommation intérieure et de services (seulement le tiers de son PIB, contre le double, en moyenne, dans les pays développés) à la croissance moins forte, mais plus durable. Pour ce faire, elle doit, entre autres, se donner un meilleur filet social pour que les citoyens osent épargner moins et consommer plus. Elle doit aussi s’assurer que les ressources humaines et financières sont utilisées à meilleur escient, notamment en resserrant la vis aux entreprises d’État inefficaces, en faisant la lutte contre la corruption, en protégeant mieux les propriétaires agricoles, en favorisant la mobilité de la main-d’oeuvre, en desserrant l’étreinte de l’État sur le secteur financier et, de façon générale, en encourageant la libre entreprise et l’innovation. Il y a bien d’autres enjeux encore, dont la nécessité de réduire radicalement la pollution ou d’effectuer un virage démocratique, qui ne sont pas les moindres.

 

Le réformateur

 

On avait des raisons de croire que ce 13e plénum du 18e Congrès annoncerait des changements importants. Arrivé à la tête du régime, il y a un an, Xi Jinping a la réputation d’être près des courants réformateurs. Les derniers mois avaient toutefois été marqués de signaux contradictoires.

 

Un renforcement de la lutte contre la corruption et le lancement d’un ambitieux projet-pilote de zone financière libéralisée spéciale à Shanghai semblaient notamment de bon augure. Le resserrement du contrôle sur Internet et le lancement, cet été, d’une nouvelle vague de répression contre les mouvements de contestation politique étaient nettement moins positifs.

 

Changements majeurs, si…

 

Les premières informations qui ont transpiré, mardi, à la fin du plénum, étaient si vagues et contradictoires qu’elles renvoyaient dos à dos les pessimistes et les optimistes. Mais la version plus détaillée de ses conclusions dévoilée vendredi semble donner raison à ces derniers, et impressionne même par son envergure.

 

Sur le plan économique, on annonce, notamment, que la logique de marché jouera un rôle, non plus seulement « de base », mais désormais « décisif », y compris dans les entreprises d’État. Le gouvernement devrait aussi desserrer son contrôle sur les marchés financiers. On promet aussi de cesser la discrimination à l’égard des travailleurs migrants à l’intérieur du pays et d’assouplir la fameuse politique d’un enfant par famille.

 

« La plupart des réformes annoncées avaient déjà été envisagées ou étaient même en cours, observait vendredi le Financial Times. C’est le fait qu’elles soient réunies dans un même projet qui en fait une liste impressionnante et qui, si elles sont menées à terme, changerait dramatiquement la Chine. »

 

Là encore, il y a des raisons d’être pessimiste et optimiste. Les Occidentaux ont la fâcheuse tendance à surestimer les pouvoirs du gouvernement central en Chine et la capacité de résistance des dirigeants locaux et autres chefs de sociétés d’État qui profitent du système actuellement, notait récemment l’expert Minxin Pei dans le site Internet d’analyse Project Syndicate.

 

D’un autre côté, le 3e plénum a aussi annoncé que Xi Jinping s’est donné deux comités spéciaux disposant de pouvoirs extraordinaires en matière économique et de sécurité. Deng Xiaoping avait fait de même avant de lancer ses réformes en 1978.

 

Ces pouvoirs peuvent être un moyen d’asseoir plus solidement son autorité afin de procéder aux réformes annoncées, notent les experts. Mais ils peuvent aussi se révéler des coquilles vides ou être utilisés pour resserrer le contrôle du régime sur la société. Encore une fois, le temps dira ce que nous réservera ce 3e plénum du Comité central de chaque congrès du Parti communiste chinois.

1 commentaire
  • Jean Boucher - Inscrit 16 novembre 2013 13 h 35

    Exactement comme....ici

    «...Elle doit aussi s’assurer que les ressources humaines et financières sont utilisées à meilleur escient, notamment en resserrant la vis aux entreprises d’État inefficaces, en faisant la lutte contre la corruption, en protégeant mieux les propriétaires agricoles, en favorisant la mobilité de la main-d’oeuvre, en desserrant l’étreinte de l’État sur le secteur financier et, de façon générale, en encourageant la libre entreprise et l’innovation. Il y a bien d’autres enjeux encore, dont la nécessité de réduire radicalement la pollution ou d’effectuer un virage démocratique, qui ne sont pas les moindres.»