Nissan Sentra - Moyen de transport

La Sentra ne surprendra personne, mais elle ne décevra personne non plus, du moins parmi ceux et celles qui ont le bon profil d’acheteur, c’est-à-dire ceux qui cherchent une routière confortable, silencieuse et fiable, et non pas une sportive.
Photo: Philippe Laguë La Sentra ne surprendra personne, mais elle ne décevra personne non plus, du moins parmi ceux et celles qui ont le bon profil d’acheteur, c’est-à-dire ceux qui cherchent une routière confortable, silencieuse et fiable, et non pas une sportive.

Lancée il y a 30 ans, la Nissan Sentra est l’une des plus anciennes de la catégorie des compactes, derrière la Toyota Corolla et la Honda Civic. Fiable et confortable, elle est l’incarnation même de la voiture sans histoire, ce qui peut être perçu de façon aussi négative que positive. En clair, la Sentra n’a jamais été une voiture très pétillante, encore moins sexy ; elle est à Nissan ce que la Corolla est à Toyota. C’est tout dire.

 

Non seulement elle a toujours évolué dans l’ombre des très populaires Civic et Corolla, mais elle a aussi, beaucoup souffert, ces dernières années, d’une concurrence de plus en plus relevée, tant du côté américain que coréen. Elle est bien révolue, l’époque où les marques japonaises survolaient leurs rivales d’une qualité nettement inférieure, il faut bien le dire. À Detroit, des citrons, comme la Ford Escort, la Chevrolet Cavalier ou la Dodge Caliber, ont été remplacés par des modèles (Focus, Cruze) qui sont désormais au niveau des compactes nippones. Même chose du côté coréen, avec les Hyundai Elantra et Kia Forte.

 

Chéri, j’ai réduit l’Altima

 

La concurrence ne se limite donc plus aux seules Corolla, Civic et autres Mazda3 japonaises. Le segment des compactes n’a jamais été aussi concurrentiel, et la Sentra ne faisait tout simplement plus le poids. Elle a fait l’objet d’une refonte complète l’année dernière et, disons-le, il était plus que temps. Sur le plan esthétique, c’est une rupture de style avec sa devancière, ce dont personne ne se plaindra ; cela dit, on ne s’est pas trop forcé non plus : elle ressemble à s’y méprendre à sa grande soeur. Comme si on avait mis l’Altima dans la sécheuse. Regardons le verre d’eau à moitié plein : son physique n’est plus ingrat. Par contre, c’est tout sauf sexy. L’Altima ne déclenche pas les coups de foudre, la Sentra non plus. Générique serait le terme approprié.

 

Comme ses devancières, la Sentra n’existe qu’en une seule configuration, soit une berline à quatre portes, déclinable en quatre versions. La version plus sportive, la SE-R, n’est plus au menu. Il faut se contenter de la SR, dont le côté sportif n’est qu’esthétique (jantes de 17 pouces, becquet arrière, jupes latérales). Point de version hybride ni diesel.

 

Améliorations notables

 

À défaut d’avoir du sex-appeal, la Sentra n’est plus laide. C’est déjà une amélioration et elle est encore plus grande à l’intérieur. Bien sûr, il y a toujours du plastique - c’est une compacte, pas une Bentley -, mais la qualité globale monte de plusieurs crans, tant pour le choix des tissus et des matériaux que pour l’assemblage. La présentation intérieure manque cruellement d’éclat, mais tout est à la bonne place : l’instrumentation est claire et bien agencée ; les commandes, simples et accessibles. Rien de compliqué, pas d’incongruité non plus.

 

Autre amélioration flagrante : l’insonorisation. L’habitacle du modèle précédent, mal isolé et recouvert de plastique bon marché, s’apparentait à celui d’une voiture low cost vendue dans les marchés émergents.

 

À l’avant, les sièges sont confortables, mais le soutien latéral est minimal, tout comme la banquette arrière, bien rembourrée, mais n’offrant aucun maintien. Ceux qui s’y installent ont cependant beaucoup d’espace pour les jambes. Pour la tête, c’est un peu plus serré, mais si vous êtes de taille moyenne (1,75 m) comme l’auteur de ces lignes, ça ira. Les espaces de rangement sont aux endroits habituels, soit à l’intérieur des portières et dans la console centrale, en plus de la boîte à gants à deux paliers. Le coffre est l’un des plus vastes de la catégorie et il est facile d’accès, mais son ouverture étroite dans la partie supérieure complique le chargement d’objets volumineux.

 

L’antidote au plaisir

 

Pas de surprise sous le capot avec une seule motorisation pour l’ensemble de la gamme. Pas de surprise, ça veut aussi dire pas de mauvaise surprise : ce 4-cylindres de 1,8 litre est fiable comme un moine, frugal et il tourne en douceur, dans la plus pure tradition des petits moulins japonais, dont la réputation n’est plus à faire. Le problème, c’est qu’il est accouplé à une satanée boîte à variation continue (CVT), le meilleur antidote au plaisir que je connaisse. Ça gronde, ça grogne, mais ça n’avance pas : beaucoup de bruit pour rien.

 

Je sais, on ne peut pas être contre la vertu, et la réduction de la consommation est la raison d’être d’une boîte CVT. Sur ce plan, c’est réussi : j’ai obtenu une moyenne (ville et route) de 7,5 litres aux 100 kilomètres, ce qui est très honorable. Est-ce que la Sentra consommerait plus avec une bonne boîte automatique à six rapports ? Pas sûr. Et ce serait infiniment plus agréable ! Disons-le : il ne faut pas aimer conduire pour apprécier les bénéfices d’une boîte CVT. Heureusement, une boîte manuelle à six rapports est aussi offerte.

 

Bien choisir ses priorités

 

J’admets d’entrée de jeu que l’agrément de conduite n’est pas la priorité de la clientèle cible. Tant mieux parce que c’est le point faible de la Sentra - encore plus avec une boîte CVT. À côté d’elle, la Mazda3 a des airs de BMW ! Oubliez le mode Sport : on ne perçoit aucune différence, à part le moteur qui fait plus de bruit. Le plaisir est inexistant et, si la CVT a le dos large, elle n’est pas non plus la cause de tous les maux. Une courte séance de slalom révèle tout : direction lente, roulis prononcé, sous-virage… Inutile de prolonger l’exercice : la Sentra n’a aucune, aucune aptitude pour le sport. Bon, tant pis ; cela n’a jamais empêché personne d’être premier de classe.

 

De toute façon, la clientèle cible n’en a cure. Elle veut une routière confortable, silencieuse et fiable. Elle est à la bonne adresse : la Sentra possède tous ces attributs. On retrouve cette douceur de roulement qui a contribué à bâtir la réputation des petites japonaises et elle est nettement mieux insonorisée que celle qu’elle remplace. En résumé, la Sentra ne surprendra personne, mais elle ne décevra personne non plus - du moins, parmi ceux et celles qui ont le bon profil d’acheteur. Si vous aimez la conduite dynamique, il faut aller voir ailleurs.

 

Conclusion

 

Pour un chroniqueur automobile, conduire une voiture aussi ennuyante que la Sentra nous ramène à une question fondamentale : qu’est-ce qu’une bonne voiture ? La réponse n’est pas la même pour tout le monde, car nous n’avons pas tous les mêmes priorités. Pour ceux et celles - nombreux - qui recherchent un moyen de transport fiable, confortable et consommant peu pour aller du point A au point B en toute quiétude, la Sentra est un bon choix. Toutefois, si Nissan voulait rajeunir la clientèle de ce modèle, comme vient de le faire Toyota avec la Corolla, c’est raté. La recette est éprouvée, mais elle manque cruellement d’épices. La Sentra est un moyen de transport, point. Dans une catégorie aussi relevée que celle des compactes, le prix est cependant un facteur primordial, et les tarifs concurrentiels de la Sentra constituent un atout de premier ordre.

 

 

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