Des souhaits pour 2013

Quelques souhaits en rafale pour l’année qui s’ouvre…


Que les femmes continuent le combat. De l’Inde à l’Égypte, la lutte des femmes pour leurs droits sera en 2013 à la pointe des progrès politiques et économiques dans de nombreuses régions du monde.

La (relative) absence du « deuxième sexe » dans les mouvements qui agitent le monde arabe depuis deux ans n’en donne que plus de valeur symbolique à l’action de femmes comme l’Égyptienne Ghada Abdel Aal, une célibataire de 34 ans qui, avec son best-seller La ronde des prétendants, a courageusement mis en lumière le triste machisme qui règne dans son pays où l’on considère comme « infirme » une célibataire de plus de 30 ans. Un machisme omniprésent, que l’on a vu place Tahrir, y compris parmi ceux qui - avec ou sans les Frères musulmans - prétendent instaurer dans ces contrées un nouvel ordre plus démocratique, après des décennies de dictatures pro-occidentales plutôt laïques.


Quant à l’exceptionnelle vague d’indignation et de mobilisation populaires qui a suivi un viol à New Delhi, le 16 décembre, dans un autobus de la capitale indienne, elle nous rappelle que, dans bien des pays - et dans certains plus qu’ailleurs -, la « longue marche » a encore beaucoup de chemin à faire, que le respect des droits des femmes est un marqueur de modernité… et que le monde arabo-musulman n’a pas l’apanage de l’arriération en la matière.


Que l’Europe se ressaisisse. L’Europe en pleine déconfiture politique et économique touchera-t-elle le fond en 2013 pour mieux rebondir ? C’est une possibilité et un espoir.


Un indicateur qui devrait nous en donner une bonne idée au cours des prochains mois : l’état de la France, ses choix économiques et la réaction sociale à ces choix. Ce pays est à cheval, comme indécis et tiraillé, entre un Nord européen resté riche et en relative santé et une Europe méridionale (ou « latine ») qui traverse sa pire crise économique et sociale depuis la Seconde Guerre mondiale.


Que la France bascule « plein Sud »… et l’Europe basculera avec : dans la récession ou la dépression, dans la montée des extrémismes populistes et xénophobes, comme la Grèce et la Hongrie le vivent depuis quelque temps. Oui, c’est tout à fait possible.


Également à suivre en 2013… Berlusconi, le retour ? Avec des promesses intenables contre la triste austérité du technocrate Mario Monti, l’ami des banquiers ? Et Merkel, la réélection ? Si oui, avec une conception moins rude et plus « keynésienne » de la sortie de crise ?


Que la réforme avance en Chine. L’hebdomadaire cantonais Nanfang Zhoumo (« Le week-end du sud ») passe pour la plus intéressante publication généraliste « autorisée » en Chine. Ce magazine au tirage énorme (1,5 million d’exemplaires et un site Internet très fréquenté) « teste » depuis des années, par ses reportages, ses scoops et ses commentaires critiques, les limites de ce qu’on a le droit d’écrire dans ce pays, que ce soit sur la réforme économique, la politique de l’enfant unique ou l’environnement.


Tout récemment (le 2 janvier), le journal a apparemment passé les bornes alors qu’il s’apprêtait à publier un éditorial intitulé « Rêve chinois, rêve d’un gouvernement constitutionnel », où il était question de démocratie, d’État de droit et de fin du monopole communiste. La censure l’a interdit et remplacé par un autre texte, imposé par Pékin. Mais la résistance s’organise, l’article original circule en ligne, et une rébellion se fait jour dans la rédaction, appuyée par de nombreux internautes que n’effraie pas la recrudescence de la censure officielle du Web par les autorités chinoises.


Questions : cette rébellion de ceux qui écrivent et de ceux qui lisent va-t-elle se poursuivre en Chine ? Le nouveau président Xi Jinping (qui prend officiellement ses fonctions en mars) va-t-il poursuivre la « ligne dure » dont il hérite, ou va-t-il devenir un vrai réformiste, qui « ouvrirait » sur le front politique, alors que les réformes en Chine depuis 30 ans étaient essentiellement économiques, sans remise en cause du monopole du PCC ? C’est également l’une des grandes questions de 2013.


***


P.-S. Deux lecteurs attentifs de ma dernière chronique (24 décembre) m’ont aimablement fait remarquer que la Grèce ne pourra jamais « couler dans l’Adriatique »… puisqu’elle est en fait baignée par la mer Égée et la mer Ionienne. En effet ! Avec mes excuses pour cette distraction cartographique…


***
 

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada. On peut l’entendre tous les jours à l’émission Désautels à la Première Chaîne radio.