Nissan Versa - Pour le prix, surtout

La Versa berline privilégie le confort avant tout. On retrouve cette douceur de roulement qui a contribué à bâtir la réputation des voitures japonaises.
Photo: Nissan La Versa berline privilégie le confort avant tout. On retrouve cette douceur de roulement qui a contribué à bâtir la réputation des voitures japonaises.

Lors de son lancement, il y a cinq ans, la Versa comblait un vide dans la gamme nord-américaine de Nissan. Il faut dire que le créneau des sous-compactes avait été délaissé au cours des années 1990 et 2000 par la plupart des constructeurs présents sur les marchés américain et canadien. Avec leur essence moins chère, nos voisins du sud ne voyaient aucun intérêt à se promener dans de petites voitures. Puis, il y eut la guerre en Irak (2003), l’ouragan Katrina (2005) et les premières hausses du prix du carburant ; un contexte qui a mis la table pour le retour des sous-compactes, où Toyota et les marques coréennes étaient fin seules. Honda, Nissan, Mazda et Ford ont fini par suivre.

Physique ingrat


La Versa de première génération avait fait l’objet d’une chronique dans cette page. L’impression était, somme toute, positive : avec ses dimensions à mi-chemin entre une sous-compacte et une compacte, elle se distinguait par son habitabilité supérieure à celle de la plupart de ses rivales. Elle se déclinait aussi en deux versions : une berline à quatre portes et une version bicorps (hatchback) à cinq portes, avec hayon arrière. Les ventes de cette dernière, nettement supérieures à celles de la berline, ont forcé une refonte en deux temps. La berline a été redessinée l’année dernière tandis que la 5 portes arrivera plus tard en 2013. Il faut dire que, dans les autres marchés, ce sont deux modèles distincts, avec leur propre identité : elles s’appellent respectivement Sunny et Note.


La berline, puisque c’est d’elle qu’il est question ici, n’a pas l’élégance de sa devancière. Ses lignes génériques déclenchent la même émotion que la musique d’ascenseur, le tofu ou un verre d’eau tiède. Aux côtés de rivales joliment tournées, comme la Chevrolet Sonic, la Ford Fiesta ou la Kia Rio, la Versa berline fait office de vilain petit canard. La cinq portes a plus de charme, et celle qui va la remplacer sera encore plus belle. On pense à deux soeurs, l’une jolie, l’autre moche ; sauf que cette fois, on ne peut blâmer la nature.

 

La déprime


Heureusement, l’essentiel est sauf : il y a toujours autant d’espace. Le coffre arrière de la berline se compare à celui d’une compacte et l’espace pour les jambes à l’arrière est franchement impressionnant. Je connais des berlines intermédiaires qui n’offrent pas autant de dégagement. Pour la tête, c’est un peu juste, mais seulement pour les personnes de grande taille ; l’auteur de ces lignes mesure 1,75 m et il était tout à fait à l’aise.


Évidemment, dans une voiture de ce prix, il ne faut pas s’attendre à une finition grand luxe. Il suffit cependant d’un zeste d’imagination et de créativité pour transformer un habitacle, et de ce côté, c’est raté. Regarder une Versa de l’extérieur est déjà déprimant ; si vous êtes fragile, la décoration intérieure vous achèvera, surtout lors d’une journée d’automne grise et froide comme celles des derniers jours… L’épithète « terne » est un euphémisme ; c’est triste à pleurer, là-dedans. Le plastique - de piètre qualité - est omniprésent, les couleurs sombres aussi, et la déco est minimaliste. Bonjour l’ambiance !


Les plus cartésiens n’auront que faire de ces détails et ils sauront apprécier les autres qualités de l’habitacle de la Versa, à commencer par son ergonomie exemplaire. Non seulement cette petite voiture est spacieuse, mais tout est à la bonne place, facile à utiliser et il y a des espaces de rangement là où il devrait y en avoir. Et si la qualité des matériaux laisse à désirer, l’assemblage, lui, est à l’abri des reproches. Le confort aussi : j’ai bien aimé les sièges, aussi moelleux à l’avant qu’à l’arrière. L’insonorisation a cependant baissé d’un cran : les bruits de roulement sont très présents et ne font que renforcer l’impression « bon marché » qui se dégage de l’habitacle.


L’équipement de série de notre véhicule d’essai n’était pas à dédaigner : pour un peu plus de 15 000 $, notre Versa SV (milieu de gamme) était munie de la climatisation, des accessoires électriques (lève-glaces, verrouillage central) et d’un volant réglable, en plus des dispositifs de sécurité, comme l’antipatinage et une panoplie de coussins gonflables, dont un rideau.

 

Frugale


Outre leur carrosserie, les Versa berline et hatchback se différencient également par leurs moteurs. La première reçoit un 4-cylindres de 1,6 litre, bon pour 109 chevaux, tandis que la deuxième a droit à une motorisation plus puissante (1,8 litre et 122 chevaux). Le petit moteur de la berline propose tout de même des performances correctes, mais la boîte à variation continue (CVT) lui enlève du mordant, en plus de contribuer à rendre ses accélérations plus bruyantes. Vous ai-je déjà dit que je détestais ce type de transmission ? Heureusement, des boîtes manuelles sont également offertes (cinq rapports pour la berline, six pour la Versa à hayon).


Contrairement au 4-cylindres de 1,8 litre, celui de la berline brille par sa frugalité. Avec notre véhicule d’essai, j’ai obtenu une consommation moyenne (ville et route) de 7 litres au 100 kilomètres et j’aurais pu faire encore mieux - si j’avais roulé à 100 km/h sur l’autoroute au lieu de 120, par exemple.

 

Plaire à la majorité


Que cherchent les acheteurs de sous-compactes? Pour la grande majorité, ce qui est important, c’est de se rendre du point A au point B en consommant le moins possible, dans une voiture offrant un minimum de confort tout en étant fiable. L’agrément de conduite vient loin dans la liste des priorités… quand il y est ! Ce type d’acheteur devrait y trouver son compte, car la Versa berline privilégie le confort avant tout. On retrouve cette douceur de roulement qui a contribué à bâtir la réputation des voitures japonaises ; encore une fois, elle se compare à celle d’une voiture plus grosse (et plus chère), avec sa suspension moelleuse qui absorbe bien les inégalités du revêtement.


Avis à ceux et celles qui aiment avoir un peu de plaisir en conduisant : allez voir ailleurs. Zéro agrément, ici. Encore une fois, si vous êtes sensible, c’est dur pour le moral… En conduite normale, il n’y a rien à redire, mais si on la pousse un peu, la Versa déclare forfait tout de suite. Direction lente et floue au centre, faible adhérence des pneus, sous-virage… On oublie ça !

 

Conclusion


Résumons : la Versa berline est une voiture fade, peu inspirée et encore moins inspirante. Il y a des automobiles qui stimulent les sens, et il y a des moyens de transport ; la Versa appartient à la deuxième catégorie. Son physique ingrat et, surtout, son habitacle tiers-mondiste la font mal paraître face à des rivales mieux pourvues, à l’intérieur comme à l’extérieur. Ces dernières disposent aussi de motorisations à la fine pointe de technologie (on pense notamment à l’injection directe), mais ne profitent guère de cet avantage, car elles ne consomment pas moins que la Versa berline. Par ailleurs, celle-ci affiche un meilleur bilan en matière de fiabilité que sa soeur à cinq portes, qui a connu plusieurs problèmes. Dernier argument et non le moindre, son prix de départ (11 878 $) en fait la moins chère des sous-compactes. Or, dans cette catégorie, la consommation, le prix et la fiabilité sont les trois facteurs primordiaux. Autrement dit, la Versa marque des points là où ça compte.