Ésotérique… et éphémère, la Nissan Cube

La Cube est sensible aux vents latéraux, ce qui est tout sauf une surprise. Il n’y a pas de miracle à faire avec une carrosserie aussi carrée.
Photo: Nissan La Cube est sensible aux vents latéraux, ce qui est tout sauf une surprise. Il n’y a pas de miracle à faire avec une carrosserie aussi carrée.

Au début des années 2000, d’étranges véhicules aux formes carrées sont apparus sur les routes d’Amérique du Nord. Si la Honda Element fut la première à être commercialisée chez nous, en 2003, ces petites boîtes roulantes existaient déjà au Japon. Nissan revendique la paternité de ce concept avec la Cube, introduite au Japon en 1998 et commercialisée chez nous depuis trois ans.

 

Ventes confidentielles


La Cube partage sa plateforme avec la Versa. Si elle est plus courte que celle-ci, elle est aussi plus haute. Du côté japonais, la Scion Xb est désormais sa seule rivale, l’Element ayant tiré sa révérence en 2011, après une constante érosion de ses ventes. Est-ce le même sort qui attend la Cube ? Véhicule de niche, elle n’a jamais battu de records de ventes, mais une fois la curiosité des deux premières années estompée, la baisse a été spectaculaire. Jugez plutôt : au Canada, il s’en est vendu 2416 la première année, 2864 la seconde… et 459 l’année dernière ! Une baisse de 84 %… Pendant ce temps, l’autre joueur de cette catégorie hyperspécialisée, la Kia Soul, s’est écoulé à près de 12 000 exemplaires. Vous avez dit flop ?


Évidemment, le physique pour le moins particulier (excusez l’euphémisme) de cette boîte à roulettes ne plaît pas à tous. Comme le dit une de mes amies, fière propriétaire d’une Cube : « C’est tellement laid que c’en est beau. » Bon. Elle dit la même chose de son chien, un carlin dont la laideur arrête le sang. (Je n’ai jamais osé lui demander si elle me trouvait beau, j’ai trop peur de la réponse…)


Une chose est sûre : c’est audacieux. Trop ? Peut-être, mais la mode est intrinsèquement éphémère, ce qui affecte encore plus des objets dont la mise en marché repose sur le design. Le risque d’être la saveur du mois et de sombrer aussi vite dans l’oubli est multiplié par 10.

 

Beaucoup d’espace dans la boîte


Dans un véhicule au style aussi affirmé, la déco intérieure doit également avoir un impact visuel. Toutefois, c’est moins « martien » que la carrosserie ; c’est original, comme il se doit, sans être excentrique. Par contre, Nissan retombe dans ses vieilles habitudes - enfin, pas si vieilles, puisque ça coïncide avec le rachat de la marque par Renault, en 1999 - en inondant l’habitacle de plastique. C’est bien beau quand c’est tout neuf, mais pour combien de temps ? Dans nos véhicules d’essai, il faut cependant préciser 1) que nous n’avons entendu aucun craquement et 2) que la qualité d’assemblage était irréprochable.


L’aspect fonctionnel, qui est un des arguments de vente de ce type de véhicule, déçoit un peu : les espaces de rangement ne sont pas si nombreux. Sinon, l’ergonomie est exemplaire sur tous les plans. L’instrumentation est claire et bien agencée ; les commandes se manient de façon intuitive ; et l’habitabilité est impressionnante, à l’avant comme à l’arrière. Un de nos collaborateurs mesure près de deux mètres et il peut conduire ce véhicule sans problème. Un bon mot aussi pour les sièges, très confortables. Si vous aimez ça moelleux, vous serez comblé. Leur style « fauteuil scandinave » plaira par ailleurs aux esthètes.

 

Frugale


La Cube reprend également les organes mécaniques de la Versa. Le 4-cylindres de 1,8 litre est un excellent petit moulin, dans la plus pure tradition japonaise : discret, très doux et plutôt alerte, du moins à bas régime. Avec 122 chevaux, il ne faut pas s’attendre à des accélérations qui décoiffent, mais vous ne peinerez aucunement sur l’autoroute ou un chemin montagneux. Bref, c’est tout à fait correct et tout à fait en phase avec l’extrême sévérité de notre code de la sécurité routière.


La boîte manuelle à 6 rapports l’exploite mieux que la boîte à variation continue (CVT), mais je suis mauvais juge, étant allergique à ce type de transmission. Je dois cependant reconnaître qu’elle s’adapte mieux à une petite cylindrée. Ladite boîte est censée optimiser la consommation d’essence ; je serais donc curieux de voir la différence avec une boîte manuelle ou automatique à 6 rapports. Qu’importe, les résultats sont concluants : nous avons obtenu une moyenne de 8,3 litres aux 100 kilomètres.

 

Amusante


La Cube est sensible aux vents latéraux, ce qui est tout sauf une surprise. Il n’y a pas de miracle avec une carrosserie aussi carrée. Malgré tout, elle se montre amusante à conduire. En ville, elle se faufile partout, bien servie par son court empattement, son agilité et sa direction vive ; une route de campagne avec des virages serrés met aussi en relief ses qualités routières, à commencer par une tenue de route qui étonne par son mordant - à laquelle contribue, il est vrai, une excellente monte pneumatique (des Toyo sur notre véhicule d’essai). Le roulis en virage est aussi fort bien maîtrisé et la Cube se montre peu encline au sous-virage, même si c’est une traction. Sans être sportive, la Cube se comporte de façon très sûre et sa conduite est étonnamment enjouée.


Ce qui est encore plus remarquable, c’est que le confort n’a pas été sacrifié pour rehausser le comportement. La suspension absorbe en toute souplesse les aspérités des routes accidentées et la douceur de roulement de la Cube est comparable à celle de n’importe quelle berline compacte japonaise.

 

Conclusion


Je comprends mal que les ventes de la Cube aient fondu comme neige au soleil. Oui, il s’agit d’un véhicule de niche et oui, son design iconoclaste divise plus qu’il ne rassemble. Sauf que ses qualités intrinsèques sont nombreuses et ce ne sont pas les moindres : la Cube est pratique, confortable, amusante à conduire et consomme peu. Et elle est fiable, en plus. Ces qualités sont sans doute trop rationnelles pour un véhicule qui, lui, ne l’est pas. Les créateurs vous le diront : l’audace, ce n’est pas toujours payant. Dommage, car la Cube mérite un bien meilleur sort.

4 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 16 juillet 2012 08 h 47

    Le style

    «Le style, c'est l'homme», disait Buffon. Et le style du Cube est vraiment inimitable: on le reconnait au premier coup d'œil, ce qui est pour moi une qualité.
    Dans la tendance actuelle du stylisme automobile, la mode du «fluid scupture» fait que toutes les autos se ressemblent; pouvez-vous différencier en une seconde une Ford Focus d'une Hyunda Elantra?

    • Jérôme Brisson - Inscrit 16 juillet 2012 09 h 40

      Rien de bien surprenant, M. Dugal, "Nihil novi sub sole" comme dirait l'autre. Dans les années 30, 40, et 50, toutes les voitures se ressemblaient aussi : un constructeur adoptait un style et/ou une gimmick de design (les ailes arrière proéminentes, par exemple) et tous les autres suivaient. Même chose dans les années 60, 70, 80... C'est toujours ainsi, pas seulement dans l'automobile : tout le monde finit par copier tout le monde. En ce qui a trait au "fluid sculpture", notez que si ce style s'avère si omniprésent depuis quelques années, ce n'est pas seulement par manque d'imagination des constructeurs : son aérodynamisme a un effet bien réel sur la consommation de carburant, ce qui est toujours un argument de vente des constructeurs.

      Tous les troupeaux du monde ont besoin d'un berger.

  • Jean-François Couture - Inscrit 16 juillet 2012 11 h 29

    Et le côté pratique bordel?!

    Heureux proprio d'une Honda Element, j'ai déploré la disparition du modèle quand Honda l'a annoncée en 2011. J'adore mon «cube».

    Pas de gadgets inutiles comme des sièges «électriques», des capteurs de pression des pneus, un toit ouvrant, des tapis «mur à mur» qui absorbent le sel en hiver et la crasse en été, et plein d'autres cossins.

    Avec cette abondance de panneaux en plastique gris, le risque d'égratignures est minimisé et la corvée du polissage bi-annuel est réduite au minimum. Avec son intérieur facile à balayer, nettoyer et laver, il me simplifie la vie quand je reviens de l'éco-centre après le nettoyage du jardin et autres corvées d'entretien campagnard.

    Et sur la route, à part cette sensibilité aux vents latéraux à laquelle on s'habitue très bien et son habitacle un peu plus bruyant que mon ancienne Accord EX, cette voiture est loin d'être déplaisante à conduire. Elle fait demi-tour, comme on dit, «sur un dix cennes» et se stationne comme un charme.

    Et je ne vous parle même pas de la fiabilité mécanique de Honda. Tout le monde la connaît, alors à quoi bon?

    Malgré l'obsession des «minounes» qui vient encore de se pointer le museau et malgré ses huit ans en septembre prochain, j'ai bien l'intention de la garder longtemps. Pour ce faire, j'en ai toujours confié l'entretien à mon concessionnaire et j'ai mis à profit le fait d'être pratiquement venu au monde dans un garage pour éviter les dépenses inutiles et surveiller mes affaires.

    Une auto moderne, c'est comme un avion: si on l'entretient «comme du monde», ça dure longtemps. Hé, il y a encore des DC-3 qui volent et on n'en fabrique plus depuis plus de 60 ans, alors une auto de dix ans, bien entretenue, c'est du neuf. Et qu'on ne me parle pas des «chars du bon vieux temps» qui seraient meilleurs. Je les connais. J'ai appris la mécanique à travailler dessus. Ce bon vieux temps, c'est dans la tête, pas dans la mécanique. Il y aurait là un sujet d'article complet pour détruire ce mythe.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 16 juillet 2012 12 h 40

    Soul = Cube killer!

    "Je comprends mal que les ventes de la Cube aient fondu comme neige au soleil."

    Pourtant, l'explication semble être dans votre texte. Pendant que Nissan vendait 459 Cube, Kia vendait 12,000 Soul!

    Ce n'est donc pas le concept qui ne vend pas. C'est plutôt que la Soul s'avère un "Cube killer"!

    Il serait intéressant de comparer ces deux modèles pour comprendre pouquoi Kia s'est accaparé du marché.