Médias: Tendances en tous genres

Dans le domaine des médias, les spécialistes de l'industrie adorent prédire les grandes tendances et les révolutions à venir. Histoire de mieux se contredire l'année suivante...

Ainsi en est-il de la télévision interactive, qui a alimenté les fantasmes des futurologues pendant une couple d'années, mais dont le cours est maintenant à la baisse.

Depuis le début du printemps, plusieurs médias américains ont publié des dossiers sur les tendances dans le domaine de la télévision et d'Internet. Sachez donc que les spécialistes doutent maintenant de la télé interactive telle qu'ils la vantaient, la télé qui aurait permis de commander de la pizza et d'acheter des produits annoncés pendant des émissions.

Mais la télé interactive en soi n'est pas morte. Elle est maintenant centrée sur la vidéo sur demande, le film ou le programme de télévision qu'on peut commander à volonté.

En Amérique du nord, l'industrie du câble a investi des sommes énormes pour remettre à niveau son réseau en installant du câble bidirectionnel qui permet maintenant d'offrir des centaines de chaînes de télévision numérique, mais également des films sur demande. Chez nous, un groupe comme Quebecor projette de bientôt diffuser des films et des émissions sur demande via le câble de Vidéotron et la télévision numérique Illico.

Ce développement des services de vidéos sur demande se fait en parallèle avec le développement du cinéma sur internet, l'autre grande tendance en émergence.

Présenté comme étant le complément de la vidéo sur demande à la télévision, le téléchargement de films sur Internet est devenu une industrie en soi, encore modeste, mais prometteuse: selon le New York Times d'il y a deux semaines, les revenus actuels du cinéma sur Internet en Amérique du Nord sont de 4,5 millions cette année mais ils seront de 27,6 millions l'année prochaine (et de près de 52 millions dans le monde en 2003).

Plusieurs sites internet sont apparus où l'on peut télécharger des films, moyennant un petit montant ou un abonnement mensuel. Les grandes compagnies tentent d'investir le marché: Microsoft, Blockbuster Vidéo et Lions Gate parrainent le site internet CinemaNow.com alors que cinq grands studios (Sony, Warner Brothers, Universal, MGM et Paramount) se sont associés dans Movielink.com.

Il faut comprendre que les compagnies agissent ici en mode défensif, avec une certaine angoisse. Car tous les spécialistes prédisent aussi que le piratage de films et d'émissions de télévision sur Internet deviendra très bientôt la prochaine grande menace pour les producteurs et diffuseurs traditionnels, après les ravages causés par le téléchargement de la musique.

Cet hiver le magazine Time sonnait l'alarme en publiant une grand reportage, The Pirates of Prime Time, qui révélait qu'on peut maintenant trouver une profusion de films et d'émissions à télécharger sur des réseaux comme Morpheus. Le reportage donnait l'exemple de téléspectateurs qui ne s'abonnent pas au câble mais qui ont la collection complète des épisodes de Sex and the City sur leur ordinateur, téléchargés sur Internet (cette populaire émission n'est disponible que sur le câble ou sur le satellite, sur HBO aux États-Unis et sur Séries+ au Québec).

Un des outils utilisés pour réaliser ce piratage est un appareil nommé ReplayTV qui permet d'enregistrer des émissions en mode numérique, comme un magnétoscope, et ensuite de les transférer sur l'ordinateur, pour finalement les envoyer dans le cyberespace à tous les internautes qui le désirent. Plusieurs studios de Hollywood ont d'ailleurs entrepris des poursuites contre Morpheus et contre ReplayTV.

Deux tendances à surveiller donc cet automne: le développement de la vidéo sur demande à la télévision et le débat autour du piratage des films et émissions sur internet.

Autre grande tendance: l'envahissement de la publicité dans les films et les émissions. Vous croyez qu'il s'agit d'une tendance déjà éculée? Vous n'avez rien vu. Selon un récent article du Monde une partie des émissions de l'automne prochain à la télévision américaine seront carrément co-produites par des annonceurs.

On cite le cas de la compagnie Revlon qui a signé un accord de plusieurs millions avec la chaîne ABC pour insérer dans le scénario de la série All my children toute une intrigue autour de dirigeants d'une entreprise de produits de beauté en relation avec Revlon.

La plupart des réseaux et des producteurs auraient discuté ces derniers mois avec des annonceurs pour développer de telles ententes, où les produits seront de plus en plus placés dans les scénarios. Cet envahissement inégalé de la pub tient à deux raisons: la difficulté de financer les nouvelles émissions, et le fait que de nouveaux appareils numériques permettent de carrément zapper les publicités lorsqu'on enregistre des émissions. Les annonceurs doivent donc trouver de nouvelles façons de faire valoir leurs produits!

Et au Québec quelles seront les tendances de l'automne? Craignant le ridicule nous n'oserons pas jouer au futurologue. Contentons nous de remarquer que les réseaux de télévision nous inonderont encore de nouvelles fictions (et nous serons incapables de tout suivre), que Radio-Canada continuera à lutter pour maintenir une écoute chancelante et devra vivre encore un bout de temps avec les conséquences du lock-out du printemps, que TVA risque d'être frappée par les compressions de Quebecor, que TQS fera tout en son pouvoir pour se développer encore sous les auspices des nouveaux propriétaires Cogeco/BCE, que les nouvelles chaînes numériques tarderont à se déployer (et que on s'en fout un peu), que la convergence des contenus chez le même propriétaire (par exemple les promotions croisées entre TVA, le Journal de Montréal, les magazines TVA/Quebecor et Vidéotron) fera encore grincer des dentsÉ.et que, peut-être, nous aurons été content d'avoir eu, finalement, un été. Que nous vous souhaitons bien agréable puisque cette chronique hebdomadaire (qui suscite son lot régulier de courriels, merci en passant aux fidèles lecteurs et lectrices du Devoir) fait relâche pour la période estivale.

pcauchon@ledevoir.com