Croire aux miracles

Le Devoir à New Delhi — Grande émotion nationale le mois dernier autour de la mort, à l'âge de 84 ans, de Sathya Sai Baba, ce dieu autoproclamé qui était à la tête d'un empire d'organisations charitables, à la comptabilité par ailleurs enveloppée de secret, évalué à 9 milliards de dollars. Ce petit homme à la chevelure ébouriffée affirmait que sa venue sur Terre avait été prophétisée par Jésus, qu'il était la réincarnation du célèbre sage hindou Shirdi Sai Baba, et personne apparemment, parmi ses 30 millions de fidèles à travers le monde, ne doutait qu'il puisse faire apparaître de nulle part des bagues en or. Qu'importe si des sceptiques avaient parfaitement bien démonté les tours de passe-passe qu'étaient en fait ses «miracles».

À peu près tout ce que compte l'Inde de personnalités en vue, de Ratan Tata à la présidente de l'Union indienne, est allé, à un moment ou un autre, se prosterner à ses pieds. Le premier ministre, Manmohan Singh, a assisté aux fêtes de son dernier anniversaire de naissance. L'un de ses principaux donateurs fut le fondateur de Hard Rock Café, Isaac Tigrett, qui vit l'homme-dieu apparaître dans ses rêves pour le sauver d'une maladie mortelle. Tigrett vendit son entreprise pour 108 millions et donna le tout à Sai Baba en 1991 pour la construction d'un hôpital à Puttaparthi, son village natal et siège de son royaume, dans l'Andhra Pradesh. Lorsqu'il fut accusé de pédophilie, au début des années 2000, le premier ministre indien d'alors, Atal Bihari Vajpayee, prit publiquement sa défense en le décrivant comme une incarnation mondialement révérée d'amour et d'altruisme. Vrai qu'une bonne partie de sa fortune a été consacrée à l'établissement dans le pays d'institutions d'enseignement et de santé dont les services sont gratuits. Quand sa fondation paya pour des travaux de canalisation destinés à alléger les problèmes d'approvisionnement en eau dont souffre Chennai, capitale du Tamil Nadu voisin, son «chief minister», un athée avoué, ne se fit pas prier pour déclarer que «quiconque rend service aux gens est pour moi un dieu...»

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Pays constitutionnellement laïque versus mariage du politique, du social, de l'argent, du mystique, du superstitieux... L'aisance tout indienne avec laquelle tout cela s'enchevêtre pourrait prendre un nouveau tour avec le projet de Baba Ramdev, un gourou du yoga extrêmement populaire en Inde, de fonder un parti politique d'envergure nationale — encore que cela ait des accents gandhiens. Son cheval de bataille: la lutte contre la corruption, un enjeu qui mobilise de larges segments de l'opinion publique. Cet autre «dieu vivant», un homme de 45 ans qui a de lui-même une très haute estime et qui est porté à l'exagération — il dit avoir un milliard d'adeptes dans le monde —, prétend pouvoir transférer dans l'urne la sympathie de la multitude de ceux qui vont dans les 80 000 centres de yoga qu'il dit gérer en Inde faire des salutations au soleil.

L'initiative resterait sans doute hasardeuse, pour ne pas dire comique, si elle n'avait apparemment reçu le soutien de membres influents du BJP, le grand parti nationaliste hindou dont la santé politique défaille depuis sa défaite aux mains du Parti du Congrès aux élections nationales de 2009. Ramdev serait en train de négocier une sorte d'alliance avec le BJP par l'entremise du RSS, sa branche radicale, qui espère pouvoir capitaliser sur la popularité du gourou.

L'entreprise commerciale de Ramdev — des centres de yoga, des centres médicaux et des spas — vaut quelques centaines de millions de dollars. «Je suis un sadhu, dit-il. Rien d'autre ne m'appartient que ce vêtement et mes sandales.» Il s'attend à être plus clairement fixé au sujet de son projet de parti vers la mi-juin. «Les gens ont changé. Je le sens. Ils veulent un autre choix.» Il pourra tester sa thèse dès l'année prochaine dans l'Uttar Pradesh, l'État le plus populeux de l'Union avec ses 200 millions d'habitants, situé au coeur de ce qu'on appelle la «hindi belt». S'y tiendront des élections générales mettant aux prises Mayawati, entrée dans les livres d'histoire en 2007 en devenant la première femme dalit (intouchable) à prendre le pouvoir en Inde, et le Parti du Congrès qui s'est déjà lancé en campagne, avec résolution.
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  • Veronique D.D. - Inscrit 30 mai 2011 07 h 28

    Le laboratoire et ses souris Ses grands esprits débordant de science

    Vaccination

    Un vaccin à ADN a été expérimenté avec succès chez la souris contre la maladie d'Alzheimer et pourrait devenir le premier vaccin à la fois préventif et thérapeutique contre l'Alzheimer

    Un vaccin, chez la souris, est efficace pour traiter la maladie d'Alzheimer

    Les chercheurs de l'université de South Florida (USA) viennent de publier en janvier 2007, dans les The Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, un article montrant qu'une nouvelle approche consistant à vacciner par la voie dermique est efficace et sûre pour empêcher les plaques de se former dans le modèle animal porteur de la maladie d'Alzheimer.

    GENÈVE (AFP) - Un vaccin contre l'allergie aux chats a été testé avec succès sur... des souris, a annoncé vendredi l'Institut suisse de recherche sur les allergies et l'asthme (SIAF).
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    De prudents espoirs. L'équipe du Cleveland Clinic Learner Research Institute, emmenée par le professeur Vincent Tuohy, a obtenu des résultats prometteurs, publiés dans la revue Nature Medecine. Mais les scientifiques préviennent: plusieurs années pourraient être nécessaires avant une disponibilité chez l'être humain.

    Le vaccin a été testé chez des souris génétiquement modifiées.

    Un vaccin préventif contre le sida, le premier conçu sur le continent africain, le plus touché par cette maladie, est actuellement testé sur l'homme en Afrique du Sud, alors que les scientifiques cherchent de nouvelles approches pour combattre ce virus

    Pendant la première phase des essais, les chercheurs vont déterminer si le vaccin, développé à l'Université du Cap et fabriqué avec l'aide des Instituts nationaux américains de la santé, est adéquat pour la santé humaine.