Sauvetage en mer

L’île La Pirray dans la baie de Jiquilisco, à 118 kilomètres au sud-est de San Salvador, une zone protégée de la côte salvadorienne.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Jose C. Abezas L’île La Pirray dans la baie de Jiquilisco, à 118 kilomètres au sud-est de San Salvador, une zone protégée de la côte salvadorienne.

La protection des réserves alimentaires marines de la planète passe par la mise en place d'un réseau de très nombreuses petites réserves marines plutôt que par la création de quelques grandes réserves, souvent situées dans des zones moins accessibles des océans.

C'est ce qu'affirme une étude du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), qui voit dans cette solution un moyen de soutenir à la fois les pêcheries locales, essentielles à la survie alimentaire d'importantes populations humaines, et de lutter efficacement contre la menace climatique parce que des hausses même modestes de la température des mers peut stériliser les récifs coralliens et, du coup, réduire leur productivité aux dépens des pêcheries.

Pour les gouvernements, il est plus facile de décréter la protection de grandes zones de conservation maritime loin des sites de pêche pour ne pas mécontenter les pêcheurs locaux. On vit d'ailleurs un phénomène similaire au Québec, où le gouvernement est plus enclin à créer des aires protégées là où les industriels des mines et de la forêt ne lorgnent pas les ressources naturelles...

Mais, selon l'étude onusienne, il faut démontrer aux pêcheurs locaux que la création de petites zones marines protégées va en quelque sorte recharger l'océan en poissons et réduire la menace de l'épuisement de ces ressources.

Mais, indique une autre étude onusienne publiée la semaine dernière, pour être efficaces, ces petites aires protégées marines doivent avoir une taille minimale pour assurer une reproduction soutenue des espèces, ce qui exige qu'elles englobent des aires de reproduction, d'alevinage et de croissance.

Selon le rapport onusien, la même logique doit s'appliquer aux mangroves, qui seraient encore plus essentielles qu'on ne le croyait pour le développement de plusieurs espèces marines. Là, les gouvernements doivent faire un choix entre satisfaire la protection des ressources alimentaires des populations de pêcheurs ou laisser l'industrie touristique et hôtelière dévaster à son profit ces écosystèmes.

Et hier, une autre étude publiée par The Economics of Ecosystems and Biodiversity (TEEB) démontrait à quel point les communautés locales ont, partout sur la planète, un intérêt économique prépondérant à assurer la survie des écosystèmes locaux.

Par exemple, à Durban en Afrique du Sud, la protection d'un important milieu naturel local avec son potentiel d'utilisation à des fins de récolte des fruits et de pâturage génère une valeur économique évaluée à 410 millions par année, sans tenir compte de l'apport touristique, évalué de son côté à 440 millions par an.

En Inde, la collectivité de Hiware Bazaar abrite maintenant plus de 50 millionnaires et s'est hissée en tête de la liste du revenu par habitant. Ce pari a été remporté quand le village a réalisé que les pénuries d'eau et de bois pouvaient être gérées par un plan rigoureux de reforestation sur 70 ha. Cette initiative a permis de doubler le nombre de puits fonctionnels, d'augmenter la production agricole et de réduire la pauvreté de 73 % en une décennie.

Il est dommage que ce rapport n'ait pas compté un chapitre sur ce que certaines villes de la couronne métropolitaine de Montréal font avec leurs milieux humides et leurs bandes riveraines avec la complicité du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP). Cela aurait illustré à quel point certains pays parmi les plus développés, qui sont pourtant capables de mesurer mieux que d'autres la valeur de ces écosystèmes comme sites essentiels à la faune, comme épurateurs des eaux, comme sites de recharge des nappes souterraines, etc., sont capables de les détruire en toute connaissance de cause.


Sauver le Pacifique

Des leaders des pays insulaires et riverains du Pacifique se sont réunis cette semaine à San Francisco à l'invitation du gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, et de plusieurs ONG et institutions scientifiques pour jeter les bases d'une coalition internationale pour protéger l'océan Pacifique, rien de moins!

Devant la multiplication des problèmes de pollution et de surpêche, de détérioration des récifs coralliens qui abritent d'importantes populations de poissons et les mangroves qu'on fait disparaître pour construire des hôtels, la vitalité biologique du plus grand océan de la planète — il couvre un tiers de la surface du globe! — est de plus en plus menacée.

La survie de ces écosystèmes est considérée d'autant plus cruciale que s'y nourrissent les habitants de 56 pays représentant une population de 2,9 milliards de personnes.

Quatre problèmes ont été établis comme prépondérants, soit la surpêche, la destruction des habitats marins, les changements climatiques qui stérilisent les récifs coralliens et la pollution. Il existe au centre de cet océan une vaste zone où les déchets, principalement des plastiques, forment quasiment une île flottante d'une dimension considérable. La nécessité d'un plan d'ensemble tient aussi au fait que les poissons ne connaissent pas les frontières politiques et que chaque intervention dommageable a des impacts dans les territoires voisins.

***

Le mont Ararat fond! En réalité, ce sont plutôt ses glaciers célèbres qui sont en train de fondre à un rythme accéléré. Le mont Ararat, situé dans l'est de la Turquie, a en effet perdu 30 % de sa surface en une trentaine d'années, selon une étude du géologue Mehmet Akif Sarakaya. Ce dernier attribue la fonte accélérée de ce superbe glacier au réchauffement du climat, local et planétaire.

Selon son étude, entre 1976 et 2008, la surface des glaciers du mont est passée de 8 km2 à 5,5 km2, soit une perte de sept hectares par an. Dans cette région, la température moyenne a augmenté de 0,03 °C par an. Le chercheur n'a pas voulu se prononcer quand on lui a demandé si, en fondant, le glacier révélerait les restes de l'arche de Noé, qui s'y serait échouée à la fin du déluge.

Suggestion de lecture: Un défi pour l'Afrique, par Wangari Maathai, Prix Nobel de la paix 2004, éditions Héloïse d'Ormesson. Voilà une femme qui se bat pour un développement durable qui passe en priorité par des solutions concrètes comme la plantation d'arbres, le microcrédit, etc. Wangari Maathai plaide aussi pour une révolution morale des valeurs africaines en faveur de la paix et la croissance. Un livre qui fait découvrir une Afrique qui veut survivre avec ses valeurs, sa richesse culturelle et biophysique.