Parc du Mont-Orford - Des pistes à suivre vers la sortie de la crise

Même si toute l’écologie de la région est méticuleusement contrôlée par l’État de New York, au point où la quantité d’eau nécessaire à la fabrication de la neige artificielle est déterminée par la loi, la station de ski Whiteface, prè
Photo: Même si toute l’écologie de la région est méticuleusement contrôlée par l’État de New York, au point où la quantité d’eau nécessaire à la fabrication de la neige artificielle est déterminée par la loi, la station de ski Whiteface, prè

L'histoire du parc du Mont-Orford est non seulement riche d'enseignements, mais elle indique de quel côté Québec doit chercher la sortie de cette crise qui n'en finit plus.

Les intérêts occultes qui empêchent toujours la résolution de ce psychodrame à la fois régional et national devront un jour être élucidés. Il faut seulement espérer pour la crédibilité de nos institutions publiques que les engrenages de notre système politique et gouvernemental n'ont pas été enrayés dans cette affaire par de grosses pièces de monnaie.

Québec n'avait pas les moyens dans les années 1930 d'acquérir les terrains d'Orford. Mais il a encadré par une loi les donateurs des Townships qui voulaient suivre l'exemple des États voisins, comme celui de New York. Ce dernier avait protégé à la fin du XIXe siècle un immense territoire des Adirondacks tout en réservant des secteurs à la récréation. C'est ainsi que l'exceptionnelle Whiteface Mountain, à côté de Lake Placid, est devenue un centre de ski. Les premiers donateurs à l'origine du parc d'Orford ont de la même façon protégé avec une grande sagesse cette montagne pour y aménager un centre de ski alpin, un équipement régional de moindre impact que des coupes à blanc ou des dizaines de condos.

Quand Québec a modifié la Loi sur les parcs au début des années 1990, il a renforcé la vocation de conservation de tous les parcs, sauf deux, Orford et Mont-Saint-Bruno. C'était reconnaître en toute légitimité un volet de l'histoire de notre patrimoine récréatif. Si on protège aujourd'hui des pièces de patrimoine industriel, pourquoi ne serait-il pas légitime de le faire pour un équipement récréatif? Les puristes des services de conservation qui s'y opposent, à Québec, s'avancent sur une glace bien mince.

Aujourd'hui, le parc se retrouve dans un imbroglio juridique après l'expropriation de 459 ha de son ancien territoire. Mais ces terrains ne peuvent plus être vendus ou aliénés. Ils ne sont plus, fort bizarrement, des terrains publics faisant partie du patrimoine géré par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF). Ils se retrouvent dans une sorte de limbe, sous la responsabilité du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs.

Si Québec a annulé l'expropriation des 459 ha, il demeure toujours possible de réaliser une privatisation réelle de ce territoire par le subterfuge d'un bail emphytéotique. Ceux qui ont rêvé de cette privatisation avortée pourraient ainsi la réaliser indirectement, une hypothèque que Québec doit lever s'il ne veut pas accréditer les pires hypothèses.

Il faut dire que le récent plan Nicolet n'aide pas les choses en ayant omis, malgré le voeu clairement exprimé par les maires, de proposer dans son rapport la réintégration des 459 ha dans le parc national. Des sources dignes de foi nous ont raconté comment a été approuvé le communiqué sur le rapport Nicolet, que personne n'a vraiment eu le temps d'examiner avant de se prononcer. Mais sur proposition formelle, dûment appuyée par le maire Marc Poulin, de Magog, les maires ont demandé la réintégration des 459 ha dans le parc national!

On doit savoir pourquoi cette volonté, qui reflète l'opinion majoritaire de la population en faveur de la réintégration, ne se retrouve pas dans le rapport final du préfet Nicolet. Dire que ce n'était pas dans le mandat du groupe de travail fait injure à la stature de M. Nicolet, lequel ne s'est pas embarrassé des approches formalistes dans des dossiers comme le verglas et le déluge du Lac-Saint-Jean, des approches trop légalistes.

Le rapport Nicolet a proposé une sortie de crise qui serait acceptable à certains égards s'il s'était contenté de relier à la station de ski le développement résidentiel du promoteur L'Espérance à l'extérieur du parc par une gondole aérienne. La proposition est honnête et compatible avec les équipements d'un centre de ski. Elle est même moins dommageable qu'une route desservie par des autobus électriques car avec une gondole, la végétation basse peut, comme dans les centres de ski étasuniens, certifiés verts, créer d'intéressantes réserves de nourriture pour des espèces locales comme le cerf de Virginie. Et une gondole, c'est beaucoup moins dommageable que d'agrandir des stationnements!

Mais l'arrivée dans le débat du projet Vert tendre mêle une fois de plus les cartes. Le rapport Nicolet a malencontreusement appuyé l'idée que ce projet doit être, lui aussi, desservi par une gondole donnant accès cette fois au sommet de la montagne. Cette gondole n'a pas sa place dans l'importante zone de conservation qu'elle devrait traverser. La gondole du projet L'Espérance peut être considérée comme un cas d'espèce, une exception qui n'est pas un précédent. Sous réserve des impacts environnementaux de ce projet, ce pourrait être une concession envisageable en échange de l'abandon des poursuites de ce promoteur contre le gouvernement.

L'exemple de Whiteface

L'État de New York protège dans sa Constitution le parc des Adirondacks tout autour de Lake Placid, y compris la station de ski de Whiteface. Récemment, Ted Blazer, le président de l'Olympic Regional Development Authority (ORDA), nous racontait que la Constitution de cet État avait été amendée pour octroyer au centre de ski des surfaces plus grandes, mais strictement balisées pour aménager des pistes calibrées pour les compétitions internationales et assurer la santé financière de la station de ski. Cette dernière, incidemment, finance par ses revenus les autres installations olympiques déficitaires de la région...

L'écologie de la station est par contre méticuleusement contrôlée par l'État en plus de bénéficier d'une certification verte, qu'Orford pourrait aussi rechercher. Toute la végétation basse des pistes est d'origine locale et axée sur l'alimentation et le maintien de la diversité biologique des espèces du lieu. Chaque pente a ses capteurs d'érosion, ses petits bassins de sédimentation, etc. Et la quantité d'eau nécessaire à la fabrication de la neige artificielle est déterminée par la loi.

Peut-être pourrions-nous, après avoir réintégré les 459 ha dans le parc national, proposer à ORDA d'aider Québec et la SEPAQ à développer ici cette expertise qui lui permet de rentabiliser Whiteface au point d'en faire la vache à lait du développement régional, tout en maintenant sa certification verte et sa vocation historique de parc récréatif? Et tout cela, sans le moindre condo à des kilomètres à la ronde, pour la plus grande satisfaction de tous.

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