Une journée sans Facebook

«Il est donc clair que l’idée d’une coalition est la bonne, mais encore faut-il que les pays soient tous d’accord sur la manière et l’ampleur des mesures à instaurer contre les GAFA», affirme l'autrice.<br />
 
Photo: Damien Meyer Agence France-Presse «Il est donc clair que l’idée d’une coalition est la bonne, mais encore faut-il que les pays soient tous d’accord sur la manière et l’ampleur des mesures à instaurer contre les GAFA», affirme l'autrice.
 

Le 28 février 2021, nous célébrons la 11e édition de la journée mondiale sans Facebook. Bien que cette journée vise à lutter contre la cyberdépendance, il peut être intéressant de revenir sur l’épineuse question de la taxation des géants du web, les GAFA, dont font partie Facebook, Apple, Google et Amazon et sur l’annonce du gouvernement fédéral de participer à une coalition internationale pour faire face à cet enjeu.

Tout au long de la semaine passée, nous avons en effet pu constater l’ampleur et la délicatesse du défi d’imposer des taxes sur les GAFA, à la suite surtout de l’interruption de l’accès à certaines pages Facebook aux internautes australiens en représailles aux nouvelles lois votées au pays. Ce ne sera ainsi qu’un an après son intention déclarée en campagne électorale de taxer les GAFA que le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé en novembre dernier la participation du Canada dans une nouvelle coalition internationale pour mieux faire face à cet enjeu.

Une coalition internationale : est-ce vraiment nécessaire ?

Affronter les GAFA seul serait en effet assez risqué, sachant qu’il s’agit d’entreprises possédant du pouvoir et de l’influence. Elles n’hésiteront pas à utiliser des mesures punitives pour contrer celles nuisibles faites à leur égard, comme en Australie ou en France en 2019 avec le gouvernement américain.

Le Canada et les autres pays occidentaux ont donc tout intérêt à mener une action unie et concertée.

D’une part, une initiative commune leur permettrait d’être plus efficaces, puisqu’une même réglementation serait implantée partout. Aucun gouvernement ne serait donc désavantagé par la mise en place de taxes plus sévères et par un risque de représailles des géants du web, au détriment d’autres États moins exigeants. Une même approche et une même stratégie sont donc nécessaires à ce sujet pour rendre les mesures égales pour tous.

En faisant partie d’une coalition, les États révèlent également leur solidarité et leur détermination envers un même but. Cela démontre qu’il existe un véritable mouvement pour taxer les géants du web, et l’union des États leur donne une force beaucoup plus grande que s’ils avaient mis en place des lois disparates, isolées et sévères dans chaque pays.

D’autre part, des représailles seraient beaucoup plus difficiles à effectuer contre l’ensemble des membres de la coalition. Certes, il est peut-être facile de punir un seul pays d’abord, mais nous ne pouvons pas penser que cette stratégie pourra perdurer ; déjà l’image de Facebook s’est ternie en raison de l’ampleur des informations bloquées en Australie. En plus de voir ternie leur image publique, ces entreprises finiraient par s’épuiser en mesures de rétorsion contre les pays alors que les internautes pourraient être tentés d’utiliser d’autres plateformes médiatiques.

La réponse américaine

Au niveau politique, il est clair que la participation du Canada à cette nouvelle coalition pour la création de lois visant la taxation des géants du web américains affectera ses relations avec les États-Unis. Il ne reste qu’à savoir quelle sera l’ampleur des représailles, possiblement sous forme de tarifs douaniers avec la nouvelle administration Biden, qui seront mises de l’avant, ainsi que la réponse canadienne, sachant que les États-Unis sont le partenaire commercial le plus important du Canada et sachant l’importance du secteur technologique dans l’économie américaine.

Il est donc clair que l’idée d’une coalition est la bonne, mais encore faut-il que les pays soient tous d’accord sur la manière et l’ampleur des mesures à instaurer contre les GAFA. Cela expliquerait pourquoi il est si long d’obtenir une stratégie claire à leur égard.

Notons toutefois que les effets de la pandémie sur le déficit budgétaire de 381,6 milliards de dollars au Canada annoncé en octobre 2020, ainsi que chez les autres pays occidentaux pourraient accélérer le processus, puisqu’une réglementation canadienne en ce sens pourrait rapporter près de 730 millions de dollars dans les prochaines années.

Ainsi, en ce dimanche 28 février, journée mondiale sans Facebook, nous ne pouvons que nous demander si nous aurons encore accès à cette plateforme pour longtemps et si, un jour, la coalition internationale annoncée par le premier ministre saura venir à bout de la problématique. En attendant, nous pouvons nous prêter à l’exercice dont les Australiens ont eu un avant-goût ces derniers jours et en profiter pour sortir et nous promener, toujours bien sûr en respectant la distance des deux mètres!

1 commentaire
  • Ricky Lim Ka Lan - Inscrit 27 février 2021 14 h 44

    Un excellent article avec un sujet très intéressant. Great job MJ!