«Pays de merde»: les propos de Trump déclenchent un tollé

«Le langage que j’ai utilisé lors de la réunion était dur, mais ce ne sont pas les mots utilisés», a prétendu le président américain. 
Photo: Susan Walsh Associated Press «Le langage que j’ai utilisé lors de la réunion était dur, mais ce ne sont pas les mots utilisés», a prétendu le président américain. 

Donald Trump était dans la tourmente vendredi après avoir dénoncé lors d’une réunion à la Maison-Blanche l’immigration en provenance de « pays de merde », des propos qu’il a partiellement contestés, mais qui ont suscité une vague d’indignation à travers le monde.

C’est, comme souvent, via Twitter que le président américain a réagi à cette nouvelle polémique qu’il a créée de toutes pièces et qui le met en difficulté au moment où il tente de trouver un compromis au Congrès sur le dossier épineux de l’immigration.

« Le langage que j’ai utilisé lors de la réunion était dur, mais ce ne sont pas les mots utilisés », a prétendu le milliardaire dans une formule alambiquée.

Quelques minutes plus tard, le sénateur démocrate Dick Durbin, présent lors de la réunion, assurait pourtant que le président avait bien utilisé « plusieurs fois » l’expression injurieuse. « Les mots utilisés par le président tels qu’ils m’ont été rapportés directement par ceux qui ont participé à la rencontre n’étaient pas “durs”, ils étaient abjects et répugnants », a ajouté en écho le sénateur républicain Jeff Flake, un conservateur opposé à Donald Trump.

Le gouvernement haïtien a dénoncé des propos « odieux et abjects » qui, s’ils étaient avérés, seraient à tous égards « inacceptables, car ils refléteraient une vision simpliste et raciste ».

En Afrique, colère et amertume dominaient. L’Union africaine a déploré des remarques « blessantes ». Le Botswana, qui a convoqué l’ambassadeur américain pour lui faire part de son mécontentement, a estimé que les remarques du président américain avaient porté un « coup » aux relations diplomatiques entre Washington et les pays africains.

Les médias du monde entier en mal de la bonne traduction

Le président américain Donald Trump a posé une colle inhabituelle aux médias du monde entier, tenus de puiser dans leurs lexiques les plus fleuris pour traduire ses propos, rapportés, sur les « pays de merde » (« shithole countries » en version originale).

Terme très vulgaire, « shithole » se réfère aux latrines extérieures pour désigner un endroit particulièrement repoussant.

Toute la difficulté pour les traducteurs consiste à reproduire au mieux la grossièreté du langage, mais aussi, parfois, à ménager la sensibilité du public, selon un florilège rapporté par les bureaux de l’AFP.

En français, de nombreux médias, dont l’AFP, ont retenu la formule très crue de « pays de merde », proche du sens littéral et conforme au style souvent sans fioritures de M. Trump — qui a toutefois laissé entendre vendredi ne pas avoir utilisé l’expression incriminée.

Des dictionnaires bilingues comme le Harrap’s suggèrent toutefois des alternatives moins grossières, comme « porcherie », « taudis » ou « trou paumé ».

La presse espagnole est à l’unisson de la française avec « paises de mierda », des médias grecs introduisant quant à eux une nuance : « pays de chiottes ».

Aux Pays-Bas, le grand quotidien Volkskrant et une bonne partie de la presse néerlandophone esquivent la vulgarité en utilisant le terme « achterlijke », ou « arriéré ».

En Russie, Ria Novosti parle de « trou sale », mais le journal syndical Troud va plus loin avec « trou à merde ».

En Italie, le Corriere della Sera avance « merdier » (merdaio), et l’agence tchèque CTK choisit de son côté de parler de « cul du monde ».

Les médias allemands optent souvent pour l’expression « Dreckslöcher », qui peut se traduire par « trous à rats ». L’allégorie animalière est aussi de mise dans la presse serbe, avec l’expression « vukojebina », à savoir « l’endroit où les loups copulent ».

En Asie, les médias semblent davantage à la peine pour trouver le mot juste en langue locale, tout en évitant parfois de choquer.

Au Japon, la chaîne NHK a choisi de parler de « pays crasseux », l’agence Jiji utilisant un terme familier, mais pas forcément injurieux pouvant se traduire par « pays ressemblant à des toilettes ».

Les médias chinois se contentent en général de parler de « mauvais pays », évitant de reproduire l’expression originale dans sa grossièreté.

La version la plus allusive et la plus imagée revient sans conteste à l’agence taïwanaise CNA, qui évoque des « pays où les oiseaux ne pondent pas d’œufs ».

Il honore Martin Luther King

Dans un étrange télescopage, le président américain a signé vendredi en milieu de journée une déclaration en l’honneur de Martin Luther King, qui sera célébré à travers les États-Unis lundi, jour férié.

Au cours d’une brève cérémonie, il a loué « le rêve d’égalité, de liberté, de justice et de paix » du militant noir des droits civiques. Saluant un homme qui a « changé le cours de l’histoire », il a ignoré les questions qui lui ont été posées à l’issue de son allocution.

Presque simultanément, à quelques kilomètres de là, le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, défendait les « valeurs » américaines lors d’un discours sur le « respect » où il a fait l’éloge de la « diversité » et des « différences ».

Au coeur des débats de la réunion désormais célèbre de jeudi à la Maison-Blanche : la régularisation de centaines de milliers de clandestins arrivés jeunes aux États-Unis, et dont le statut temporaire accordé sous Barack Obama a été supprimé en septembre.

Quand M. Trump a abrogé le programme DACA, qui a permis à 690 000 jeunes sans-papiers de travailler et d’étudier en toute légalité, il avait donné jusqu’à mars au Congrès pour trouver une solution pérenne pour ces clandestins connus sous le nom de « Dreamers » (Rêveurs). Mais il a lié toute régularisation à son projet de mur à la frontière avec le Mexique, auquel les démocrates se sont jusqu’à présent opposés fermement.

Outre la réalisation de cette promesse de campagne, M. Trump exige aussi la suppression de la loterie annuelle de cartes vertes et une réforme de l’immigration légale pour réduire le rapprochement familial. « Je veux un système d’immigration fondé sur le mérite et des gens qui aideront notre pays à aller de l’avant », a-t-il martelé vendredi, dénonçant avec force le projet qui lui avait été présenté la veille.

« Pourquoi est-ce que toutes ces personnes issues de pays de merde viennent ici ? » a demandé le président Trump lors des discussions jeudi, selon le Washington Post, qui cite plusieurs sources anonymes.

Selon elles, M. Trump faisait référence à des pays d’Afrique ainsi qu’à Haïti et au Salvador, expliquant que les États-Unis devraient plutôt accueillir des ressortissants de la Norvège.

« Pourquoi avons-nous besoin de plus de Haïtiens ? » aurait encore demandé le président.


Trump annule sa visite à Londres

Le président Donald Trump a annulé sa visite destinée à inaugurer la nouvelle ambassade des États-Unis à Londres, où il risquait d’être accueilli par des manifestations hostiles, bousculant une nouvelle fois la « relation spéciale » avec le Royaume-Uni. « La raison pour laquelle j’annule mon voyage à Londres est que je ne suis pas un grand fan du gouvernement Obama, qui a vendu l’ambassade la mieux située et la plus agréable à Londres pour des cacahuètes, afin d’en construire une autre bien plus éloignée pour 1,2 milliard de dollars », a écrit M. Trump dans un tweet nocturne. Les États-Unis avaient en fait annoncé leur intention de déménager leur ambassade, du quartier chic et central de Mayfair sur un nouveau site dans le sud-ouest de Londres, en octobre 2008, lorsque George W. Bush était à la Maison-Blanche et non Barack Obama. La nouvelle ambassade sera inaugurée fin février.

« Il semble que le président Trump ait compris le message envoyé par de nombreux Londoniens qui aiment et admirent l’Amérique et les Américains, mais trouvent que ses politiques et ses actions sont à l’opposé total des valeurs d’inclusion, de diversité et de tolérance de notre ville », a commenté le maire travailliste de Londres, Sadiq Khan.
18 commentaires
  • Michel Bouchard - Abonné 12 janvier 2018 08 h 02

    Les États-Unis devraient...

    accueillir des ressortissants de la Norvège au lieu de ceux de l'Afrique selon le président.... Pourquoi des Norvégiens iraient vivre dans un pays où son président est raciste, homophobe, crétin, idiot, et qui ''tweets'' de fausses nouvelles.

    Les Norvègiens vivent dans un pays beaucoup plus démocrate que les États-Unis, et , je crois , ils sont plus heureux que les américains.

  • Daniel Vézina - Abonné 12 janvier 2018 08 h 51

    Non mais pu capab...

    Ce gars la est un abruti et la planète entière en est consciente.

    Est-ce que les journalistes vont finir par s'occuper de nous relayer des nouvelles
    de loin plus importantes que celles des propos insipides de ce clown ?

    • Raynald Richer - Abonné 12 janvier 2018 13 h 02

      On est au moins deux à être "pu capab" d’entendre parler de Trump ad nauseam par les médias.

      Ce gars est l’éclipse médiatique la plus longue que j’ai jamais vue. Pendant ce temps au Canada et au Québec, il ne se passe rien...

      J’ai envie de dire aux médias : OK OK, vous m’avez convaincu, je promets de ne pas voter pour lui. Peut-on passer à autre chose maintenant ?

      Parlez-moi un peu de KPMG, des baisses d’impôt consenti par Couillard aux dirigeants d’entreprise, etc.

  • Lise Bélanger - Abonnée 12 janvier 2018 09 h 15

    Il fut un temps où les USA soumettaient les immigrants à un test d'intelligence avant de les accepter. (Lu dans un texte du Devoir). Comme on dit: les temps ont bien changés! Les USA ont toujours été protectionistes et se sont toujours valorisés eux-mêmes avant les autres. Est-ce que cela leur a nuit?

    L'Occident a une population d'environ 950 millions. La population mondiale est d'environ 7 milliards. Est-ce que l'Occident peut continuer à être le refuge de 6 milliards de personnes?

    Puisque l'humanité entière semble vouloir venir vivre en Occident. Chose certaine l'humanité entière profite des technologies et avancement démocratique et liberté de l'Occident.

    Il va falloir qu'il y ait du changement dans les pays des 6 milliards de personnes sinon.....pôvre Occident et pôvre terre!

  • Guy Melancon - Abonné 12 janvier 2018 09 h 17

    Trump et ''les pays de merde''

    Donald Trump est un être abject, point à la ligne.

  • Nicole Delisle - Abonné 12 janvier 2018 09 h 42

    Miroir, miroir, dis-moi qui ment le plus?

    Quel homme de peu de vérité, de peu de compassion, de peu de générosité, de peu de compétence, de peu de connaissances et on pourrait continuer ainsi encore bien des fois! S’il y a une chose importante que l’on apprend au regard de la présidence de ce milliardaire narcissique et compulsif, c’est que la bêtise humaine n’a pas de limite et que tout être humain dont le cœur et la raison sont en net déficit peut se comporter comme un animal qui attaque et qui mord pour la moindre raison. Cet homme apolitique qui nage dans la xénophobie, le racisme, la peur irrationnelle de tout ce qui est étranger, nuit à son pays plus qu’il ne l’aide à progresser. Et cette société semble s’en accommoder sans réagir plus qu’il ne faut. On laisse faire plutôt que d’essayer de le contrer. La justice, les organisations de droits de l’homme, les milieux financiers, les organisations communautaires, les citoyens semblent dans un état de léthargie difficile à comprendre. Comment peut-on accepter d’être dirigé par
    un tel homme qui se fout de sa population et ne pense qu’à mettre en place des mesures pour ses affaires et les millionnaires ses amis? Les USA ne sont plus qu’un pays qui se referme sur lui-même, qui s’isole du reste du monde, qui veut imposer
    ses lois discriminatoires et qui fait du commerce à sens unique, avantageux pour lui, mais néfaste pour ceux qui jusque là étaient ses partenaires. La ligne dure devrait être utilisée par tous les pays négociant avec lui et le laisser tomber si rien ne le satisfait. Seul, face au monde, il ne pourra pavoiser bien longtemps!

    • Louise Nepveu - Abonnée 12 janvier 2018 13 h 46

      Vous soulevez une question très pertinente, celle de la léthargie des citoyens américains. Où sont-ils ceux qui marchaient par centaines de milliers pour les droits des Noirs et contre la guerre au Vietnam? Qu'ont-ils transmis à leurs enfants pour que ceux-ci gardent le silence aujourd'hui? Il doit bien y avoir des résistants quelque part?

    • Jacques Patenaude - Abonné 12 janvier 2018 19 h 44

      @Nepveu
      Vous avez raison de soulever ce point. Depuis les années '70 les "progressistes" américains ont trop souvent pratiqué une politique d'abstention. Voilà où ça mené les USA. Les conservateurs ayant compris cette tactique ont eu beau jeu depuis plusieurs décennies.
      Nos "progressistes québécois" qui prônent le mème discours devraient y songer.