La guerre contre l'Irak - Confusion à la Maison-Blanche

Washington - La confusion la plus totale semblait régner hier au sein de l'administration Bush sur l'attitude à prendre face à l'opposition de la France et de l'Allemagne à une intervention militaire hâtive en Irak.

La Maison-Blanche a d'abord paru ignorer la position de Paris et Berlin en déclarant qu'il était possible d'envisager que la France et d'autres pays ne fassent pas partie d'une coalition rassemblée pour désarmer Saddam Hussein.

Face aux tensions avec leurs alliés sur la question d'une intervention militaire dans un délai rapproché, les États-Unis ont ensuite choisi de calmer le jeu et semblé ouvrir la porte à un compromis au Conseil de sécurité de l'ONU. «La France reste une alliée des États-Unis», a souligné le porte-parole de la Maison-Blanche Ari Fleischer. «Je pense que la France et l'Allemagne comprennent qu'une obligation de désarmer pèse sur l'Irak. Et s'il y a la moindre confusion à ce sujet, nous éclaircirons ce point dans nos conversations avec eux dans les jours à venir», a déclaré pour sa part le secrétaire d'État, Colin Powell.

Une solution de compromis, réclamée de longue date par les Français, pourrait être une seconde résolution du Conseil de sécurité de l'ONU autorisant l'usage de la force s'il est prouvé que l'Irak ne désarme pas. «C'est une possibilité», a déclaré Ari Fleischer, interrogé sur cette éventualité, tout en prenant soin d'ajouter: «Ce n'est pas encore clair. Il est prématuré de porter un jugement pour l'instant.»

«Un processus est en cours. Nous écouterons attentivement le rapport des inspecteurs lundi et nous serons en consultations avec nos amis et nos alliés dans le monde [...]. Alors, des décisions seront à prendre après ces consultations», a noté Colin Powell.

La Maison-Blanche n'a cependant pas raté l'occasion d'évoquer une possible absence de la France dans une coalition rassemblée par les États-Unis pour désarmer Saddam Hussein par la force.

«Le président Bush est sûr que l'Europe répondra à l'appel. Mais il est possible que la France ne soit pas dans les rangs», a déclaré Ari Fleischer en ajoutant que cela pourrait être le cas «d'un ou deux pays».

Le président français, Jacques Chirac, a répété hier lors d'un déplacement à Berlin que l'Allemagne et la France oeuvraient ensemble pour tenter «jusqu'au bout» de faire prévaloir «une solution pacifique et négociée aux conflits», dans une référence à l'Irak.

Les déclarations de la Maison-Blanche viennent confirmer les propos tenus mercredi par le secrétaire à la Défense américain, Donald Rumsfeld, qui avait affirmé que l'Allemagne et la France faisaient partie de la «vieille Europe», suscitant un vif émoi dans les deux pays.

«Voyons ce que les inspecteurs diront. Nous procéderons à une évaluation du rapport et de ce qu'il dit, et nous nous déciderons ensuite», a souligné Ari Fleischer hier.

«Le président espère toujours que cela peut être réglé de manière pacifique et que les États-Unis et leurs alliés n'auront pas à recourir à la force. Cela serait le meilleur résultat, mais le président a dit que nous entrons dans la phase finale», a indiqué Ari Fleischer.

Washington a d'abord paru totalement ignorer les réticences françaises et allemandes en mettant en avant une vision d'une nouvelle Europe issue de l'après-guerre froide.

«Le président pense que l'OTAN change, que l'Union européenne change, que l'Europe change», a affirmé son porte-parole.

Ari Fleischer a énuméré parmi les alliés potentiels des États-Unis pour une intervention en Irak la Grande-Bretagne, l'Espagne, l'Australie, l'Europe de l'Est.

Paris n'est pourtant pas seul à se montrer réticent. George W. Bush s'est entretenu hier avec le président russe, Vladimir Poutine, et les deux hommes ont convenu que le 27 janvier est «une date importante», a indiqué Ari Fleischer.

Les chefs des inspecteurs de l'ONU en Irak, Hans Blix et Mohamed el-Baradei, doivent présenter lundi au Conseil de sécurité un rapport sur le déroulement et le résultat de leurs inspections menées depuis deux mois en Irak.

Le Canada a aussi fait part de ses réserves. «Je suis d'accord avec l'analyse française et allemande: à ce stade particulier, nous ne pourrions pas justifier une guerre», a déclaré hier le ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham.

«Mais cela ne veut pas dire qu'aucune guerre puisse jamais être autorisée», a-t-il ajouté, évoquant l'éventualité que l'ONU soit convaincue que «l'Irak résiste et essaie de développer ses capacités en matière d'armes de destruction massive».

En attendant, Washington poursuit son feu roulant d'accusations contre Bagdad.

Le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, considéré comme l'un des principaux avocats d'une intervention militaire au sein de l'administration Bush, a affirmé hier que Saddam Hussein avait ordonné l'exécution de tous les scientifiques irakiens qui coopéreraient avec les inspecteurs de l'ONU ainsi que celle de leurs familles.