Les talibans sèment la violence en Afghanistan

Avec l’assassinat de Dawa Khan Menapal, les talibans ont prouvé, une nouvelle fois, qu’ils pouvaient frapper où bon leur semble dans Kaboul.
Rahmat Gul Associated Press Avec l’assassinat de Dawa Khan Menapal, les talibans ont prouvé, une nouvelle fois, qu’ils pouvaient frapper où bon leur semble dans Kaboul.

Une ville remportée et un assassinat commis. Pour l’Afghanistan, ce vendredi a été le théâtre de nouvelles tensions avec la prise, par les talibans, de la ville afghane de Zaranj ainsi que l’assassinat, à Kaboul, de Dawa Khan Menapal, le chef du service de communication du gouvernement.

Dans le cas de la ville de Zaranj, située dans le sud-ouest du pays, il s’agit de la première capitale provinciale à tomber entre les mains des insurgés depuis le début de leur offensive, en mai. Ces derniers y ont pénétré sans rencontrer « aucune résistance », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Roh Gul Khairzad, la gouverneure adjointe de la province de Nimrod. En plus de son importance économique, Zaranj permet aux talibans de contrôler une nouvelle partie des frontières afghanes. Une victoire très symbolique qui pourrait avoir un effet dévastateur pour le moral des troupes afghanes, déjà au plus bas.

En effet, les talibans ont déjà mis la main sur plusieurs postes-frontières clés avec l’Iran, le Tadjikistan, le Turkménistan et le Pakistan qui sont, en temps normal, une source vitale de revenus pour le pays grâce aux droits de douane. Ces trois derniers mois, les insurgés se sont aussi emparés de vastes territoires ruraux lors d’une offensive éclair lancée à l’occasion du retrait des forces internationales, qui, d’ici le 31 août, devraient être complètement parties.

1300 km de frontières contrôlés

Ainsi, selon les déclarations du président tadjik Emomali Rakhmon, les talibans contrôlent la totalité de la frontière entre l’Afghanistan et le Tadjikistan, soit près de 1300 km. Les armées afghane et américaine ont, elles, procédé ces derniers jours à de multiples frappes aériennes pour tenter d’enrayer l’avancée des talibans sur plusieurs centres urbains majeurs.

En réponse à cette campagne de bombardements aériens, les talibans ont également opéré de nouvelles opérations de « représailles » contre de hauts responsables gouvernementaux. « Le chef du centre gouvernemental des médias et de l’information de l’administration de Kaboul a été tué dans une attaque spéciale menée par des moudjahidines », a ainsi annoncé dans la journée un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid via WhatsApp. Dawa Khan Menapal, un ancien porte-parole adjoint du président afghan Ashraf Ghani, a été tué alors qu’il sortait de la prière, a confirmé le ministère de l’Intérieur.

Figure bien connue des médias à Kaboul, cet ancien journaliste s’en prenait souvent avec ironie aux talibans sur les réseaux sociaux. Sediq Sediqqi, l’ancien porte-parole du chef de l’État, s’est dit « profondément choqué et bouleversé d’apprendre que [son] ami et ancien collègue avait été tué par les ennemis de (leur) pays ». Mardi, c’était le ministre de la Défense, le général Bismillah Mohammadi, qui était visé. Lui s’en est sorti sain et sauf, mais l’attaque a fait huit morts.

Quelques heures plus tard, lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, l’émissaire de l’ONU en Afghanistan, Deborah Lyons, a appelé les talibans à « cesser » ces « attaques contre les villes », demandant au Conseil de leur lancer un avertissement « sans ambiguïté ».

« Nous ne savons plus où aller »

Par ailleurs, les combats se sont poursuivis ce vendredi à Lashkar Gah (sud), capitale de la province du Helmand, où l’armée a lancé une contre-attaque mercredi soir. Les bureaux d’Action contre la faim de la ville ont notamment été touchés par un « bombardement aérien », a annoncé l’ONG en expliquant que « le bâtiment était clairement identifié comme appartenant à une organisation humanitaire ». Sheberghan (nord), dans la province de Jawzjan, fief du célèbre chef de guerre Abdul Rachid Dostom, a aussi vu se dérouler des affrontements. Cependant, le ministère de la Défense a affirmé en fin d’après-midi que les talibans avaient été chassés de la ville.

Les civils, qui paient un prix fort à la guerre, continuent d’essayer de fuir les zones de combat, comme l’armée les y a invités, mais sans avoir aucun endroit sûr où se réfugier. « Nous avons complètement évacué la zone », a raconté à l’AFP Ahmad Zia, un habitant de la partie ouest de Hérat (ouest), troisième plus grande ville du pays aussi encerclée par les talibans. « Il ne nous reste rien et nous ne savons pas où aller. »

 

Avec l’Agence France-Presse 

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