En Syrie, un quatrième mandat en vue pour Al-Assad

Propulsé au pouvoir en 2000, M. Assad a remplacé son père Hafez, décédé après 30 années d’un règne sans partage.
Photo: Louai Beshara Agence France-Presse Propulsé au pouvoir en 2000, M. Assad a remplacé son père Hafez, décédé après 30 années d’un règne sans partage.

Les Syriens habitant les régions sous contrôle du gouvernement ont voté mercredi pour une présidentielle sans suspense qui doit offrir un quatrième mandat de sept ans à Bachar Al-Assad, dans un pays ravagé par une décennie de guerre.

Le haut comité chargé des élections, cité par les médias officiels, a annoncé qu’à minuit (heure locale) les bureaux de vote avaient fermé et que le décompte des voix avait commencé. Les résultats sont attendus d’ici la fin de la semaine.

Deux personnalités considérées comme des faire-valoir étaient en lice face au président Al-Assad : l’ex-ministre et parlementaire Abdallah Salloum Abdallah et un membre de l’opposition tolérée par le pouvoir, Mahmoud Mareï. Le scrutin exclut de facto les figures de l’opposition en exil, très affaiblie, la loi électorale imposant aux candidats d’avoir vécu en Syrie dix ans consécutifs.

Dans différentes zones du régime, qui contrôle les deux tiers de la Syrie, les médias étatiques ont montré des images d’électeurs massés devant les bureaux de vote. Si officiellement le pays compte un peu plus de 18 millions d’électeurs, leur nombre est en réalité plus bas, la guerre ayant morcelé le pays et entraîné la fuite à l’étranger de millions de personnes.

On sait que ces élections ne sont pas de vraies élections […] il y a énormément de Syriens qui sont déplacés qui ne voteront pas, énor-mément de Syriens qui sont réfugiés qui ne voteront pas.

 

Il s’agit de la deuxième présidentielle depuis le début en 2011 d’une guerre impliquant une multitude de belligérants et de puissances étrangères. Né de la répression de manifestations prodémocratie, ce conflit a fait plus de 388 000 morts.

Un « leurre »

Accompagné de son épouse Asmaa, Bachar Al-Assad a voté mercredi à Douma, une ville de la Ghouta orientale. Cet ancien fief rebelle situé près de Damas — où le pouvoir avait été accusé d’avoir mené une attaque chimique meurtrière — a été reconquis en 2018.

Après avoir voté, le président a fustigé les critiques des Occidentaux sur le scrutin. Les États-Unis et plusieurs puissances européennes ont en effet condamné une élection qui « ne sera ni libre ni juste ».

« On sait que ces élections ne sont pas de vraies élections […] il y a énormément de Syriens qui sont déplacés qui ne voteront pas, énormément de Syriens qui sont réfugiés qui ne voteront pas », a dit sur France 2 le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian. « C’est un leurre. »

« Vos opinions ne valent rien », a répliqué M. Al-Assad qui avait été propulsé au pouvoir en 2000, succédant à son père Hafez, décédé après 30 années d’un règne sans partage.

L’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Geir Pederssen a également critiqué une élection qui se tient « en vertu de la constitution actuelle ». Or, « cela ne fait pas partie du processus politique stipulé par la résolution 2254 du Conseil de sécurité » de l’ONU qui appelle à une transition politique en Syrie avec comme point de départ la rédaction d’une nouvelle constitution.

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