L’escalade militaire s’intensifie entre le Hamas et Israël

Mardi soir, un immeuble d’une douzaine d’étages dans le centre-ville de Gaza, dans lequel des ténors du Hamas avaient leurs bureaux, a été complètement détruit dans une frappe israélienne, a constaté un journaliste de l’AFP.
Photo: Agence France-Presse Mardi soir, un immeuble d’une douzaine d’étages dans le centre-ville de Gaza, dans lequel des ténors du Hamas avaient leurs bureaux, a été complètement détruit dans une frappe israélienne, a constaté un journaliste de l’AFP.

L’escalade militaire entre le Hamas et Israël s’est intensifiée mardi, avec une pluie de roquettes lancées par le mouvement islamiste sur la métropole israélienne, Tel-Aviv, et un déluge de feu de l’armée israélienne sur la bande de Gaza. La communauté internationale a appelé au calme et des pays musulmans ont exprimé leur indignation devant la pire flambée de violence depuis des années entre le mouvement islamiste au pouvoir à Gaza et l’État hébreu, déclenchée à la suite de heurts à Jérusalem-Est.

Après une première salve de roquettes tirées en direction de Tel-Aviv mardi soir, le Hamas a indiqué dans la nuit lancer 110 nouveaux missiles vers la métropole israélienne « en représailles à la reprise des frappes contre des immeubles habités par des civils ». Le mouvement armé, au pouvoir à Gaza, a également annoncé tirer 100 roquettes vers Beersheva, ville du sud où les sirènes d’alarme ont retenti, comme à Tel-Aviv.

Du côté palestinien, les attaques israéliennes menées avec des avions de chasse et des hélicoptères de combat ont fait au moins 35 morts, parmi lesquels 10 enfants, et quelque 220 blessés, selon le ministère de la Santé à Gaza. Des commandants du Hamas et du Djihad islamique, second groupe armé de la bande de Gaza, ont par ailleurs péri dans ces frappes, ont confirmé ces groupes armés.

Mardi soir, un immeuble d’une douzaine d’étages dans le centre-ville de Gaza, dans lequel des ténors du Hamas avaient leurs bureaux, a été complètement détruit dans une frappe israélienne, a constaté un journaliste de l’AFP. En réaction, le Hamas a dit avoir lancé 130 roquettes en direction de la métropole israélienne de Tel-Aviv, où des sirènes d’alarme retentissaient en soirée.

Un autobus vide a été atteint à Holon, près de Tel-Aviv, et les services de secours ont fait état de nombreux blessés en soirée dans la région métropolitaine alors que les vols ont été suspendus à l’aéroport international Ben Gourion. « Il y a eu plusieurs tirs apparemment, des “booms” au-dessus de nos têtes, je dirais une dizaine, et ça fait peur, mais, grâce à Dieu, il y a eu des sirènes qui nous ont alertés à temps. Je suis descendu dans l’abri avec d’autres voisins » , a confié Haim Roy Ben Shlomo, un homme de 38 ans, de Ramat Gan. « Tout peut arriver et ça peut arriver partout » , a-t-il ajouté, alors que de nombreuses personnes en Israël et dans la bande de Gaza craignent que cette nouvelle escalade entre le Hamas et l’État hébreu ne se transforme en guerre, comme en 2008, en 2012 et en 2014.

Plus tôt en journée, des roquettes tirées sur les villes d’Ashdod et d’Ashkelon, situées au nord de la bande de Gaza, ont coûté la vie à deux Israéliennes, a indiqué le premier ministre, Benjamin Nétanyahou. « Depuis hier [lundi], l’armée a mené des centaines d’attaques contre le Hamas et le Djihad islamique à Gaza […] Et nous allons encore intensifier la puissance de nos attaques », a déclaré M. Nétanyahou dans une vidéo diffusée par ses services, ajoutant que le Hamas va « se prendre une raclée à laquelle il ne s’attend pas ». La branche armée du Hamas avait promis de faire d’Ashkelon un « enfer » si les frappes israéliennes faisaient des victimes civiles à Gaza, et elle avait promis de réserver le même sort à Tel-Aviv.

Enfer

Le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, a approuvé une demande de l’armée de mobiliser 5000 réservistes, mais il n’était pas clair dans l’immédiat quand cette décision serait appliquée. Le Hamas avait menacé lundi après-midi l’État hébreu d’une nouvelle escalade militaire si ses forces ne se retiraient pas de l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem-Est ― troisième lieu saint de l’islam ―, où des heurts quotidiens opposant des Palestiniens à la police israélienne ont fait des centaines de blessés depuis vendredi.

Les frappes israéliennes sur Gaza sont les plus importantes depuis novembre 2019. À l’époque, l’État hébreu avait mené l’assassinat ciblé d’un haut commandant du Djihad islamique, Baha Abou al-Ata, responsable de nombreuses attaques en Israël.

Après la mort de son commandant, le Djihad islamique avait lancé environ 500 roquettes vers Israël, qui avait pilonné les positions du mouvement, en tentant toutefois d’épargner celles du Hamas, pour ne pas compromettre une trêve avec le mouvement. Mais une source au sein du Hamas a annoncé lundi soir que Muhammad Fayyad, un commandant de sa branche armée, a été tué à Beit Hanoun, dans le nord de Gaza, peu après le début des frappes israéliennes.

Trêves ?

La communauté internationale a exprimé son inquiétude grandissante. Or, le Conseil de sécurité des Nations unies n’est pas parvenu à s’entendre lundi sur une déclaration commune, les États-Unis — alliés d’Israël ― jugeant qu’un « message public n’était pas opportun à ce stade ». Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a déclaré que « toutes les parties devaient réduire les tensions et prendre des mesures pratiques pour calmer la situation ».

Des sources diplomatiques ont affirmé lundi que l’ONU, avec l’aide du Qatar et de l’Égypte, a amorcé une médiation auprès des parties « concernées » afin d’obtenir une désescalade. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, a affirmé mardi que Le Caire avait tenté en vain de discuter avec Israël pour apaiser les tensions. Le porte-parole de l’armée israélienne, Jonathan Conricus, a rétorqué : « Je ne crois pas que mes commandants soient au courant ou particulièrement intéressés. »

En soirée mardi, le Hamas annonçait tirer plus de 200 roquettes vers Israël en riposte aux frappes sur Gaza.

Avec Adel Zaanoun à Gaza

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