L’Iran accuse Israël d’avoir saboté une usine nucléaire et crie «vengeance»

L’usine d’enrichissement située au sein du complexe nucléaire de Natanz est celle-là même où Téhéran a mis en service ou a commencé à tester samedi de nouvelles cascades de centrifugeuses avancées.
Photo: Organisation iranienne de l’énergie atomique via Associated Press L’usine d’enrichissement située au sein du complexe nucléaire de Natanz est celle-là même où Téhéran a mis en service ou a commencé à tester samedi de nouvelles cascades de centrifugeuses avancées.

L’Iran a accusé Israël d’avoir saboté son usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, promettant de se venger et d’intensifier ses activités atomiques alors que des efforts diplomatiques ont lieu pour sauver l’accord sur le nucléaire iranien.

L’État hébreu a mené un acte de « terrorisme », a fustigé lundi le porte-parole de la diplomatie iranienne, Saïd Khatibzadeh, après que des centrifugeuses dites de première génération utilisées pour enrichir de l’uranium dans cette usine du centre du pays aient été vraisemblablement endommagées dimanche.

Plus de 24 heures après les faits, les circonstances de l’attaque, son mode opératoire et l’étendue des dégâts causés restaient flous. Selon le New York Times, « une forte explosion » aurait « totalement détruit » le « système électrique interne alimentant les centrifugeuses qui enrichissent de l’uranium sous terre », citant des responsables au sein des renseignements israéliens et américains sous le couvert de l’anonymat.

Ces mêmes sources ont également avancé qu’« Israël a joué un rôle » dans ce qui s’est passé à Natanz.

La réponse de l’Iran sera la vengeance contre le régime sioniste au moment et à l’endroit opportuns 

 

Mais de son côté, le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), Behrouz Kamalvandi, a indiqué lundi que « le centre de distribution d’électricité » de l’usine avait été touché par une « petite explosion » la veille, semblant vouloir minimiser l’événement. Ces dégâts mineurs sont « rapidement » réparables, a-t-il poursuivi.

Le chef de l’OIEA, Ali-Akbar Saléhi avait rapporté plus tôt, par le biais de l’agence Fars, que « le système électrique de secours » de l’usine avait dû être mis en marche lundi.

« Les États-Unis n’ont d’aucune manière été impliqués » , a affirmé quant à elle Jen Psaki, porte-parole de la Maison-Blanche, à la presse lundi. « Nous n’avons rien à ajouter aux spéculations sur les causes ou les conséquences » de cette attaque présumée.

Pourparlers

L’usine d’enrichissement située au sein du complexe nucléaire de Natanz est celle-là même où Téhéran a mis en service ou a commencé à tester samedi de nouvelles cascades de centrifugeuses avancées. Ces machines offrent à l’Iran la possibilité d’enrichir plus vite et en plus grande quantité de l’uranium, dans des volumes et à un degré de raffinement interdits par l’accord censé encadrer le programme nucléaire iranien conclu en 2015.

Saïd Khatibzadeh, le porte-parole de la diplomatie iranienne, a accusé indirectement Israël de saborder les discussions en cours pour tenter de faire revenir Washington dans cet accord et de lever les sanctions américaines contre Téhéran. « La réponse de l’Iran sera la vengeance contre le régime sioniste au moment et à l’endroit opportuns », a-t-il affirmé.

Selon l’agence Fars, M. Saléhi a promis que « dans quelques jours, les centrifugeuses endommagées [seraient] remplacées par des centrifugeuses plus puissantes ».

L’Allemagne a jugé lundi que l’annonce par Téhéran de l’intensification de ses activités d’enrichissement d’uranium n’était « pas une contribution positive » aux négociations. De leur côté, l’Union européenne et la Russie, qui participent à ces efforts diplomatiques, ont dit espérer que ceux-ci ne soient pas réduits à néant par l’ « incident » de Natanz.

L’agence officielle Irna a cité des députés selon lesquels le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif aurait « insisté […] sur la nécessité de ne pas tomber dans le piège tendu par les sionistes ». « Mais nous ne permettrons pas » qu’Israël fasse dérailler les discussions de Vienne, aurait-il déclaré lors d’une réunion à huis clos au Parlement.

À couteaux tirés

Ces pourparlers ont lieu entre les États encore parties à l’accord de Vienne (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Iran et Russie), sous l’égide de l’Union européenne. Washington y est associé, mais sans contact direct avec les Iraniens.

Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont dénoncé unilatéralement en 2018 l’accord international, rétablissant les sanctions américaines qui avaient été levées en vertu de ce pacte. En riposte, l’Iran s’est affranchi depuis 2019 de la plupart des engagements clés limitant ses activités nucléaires qu’il avait pris à Vienne. Joe Biden, qui a succédé à M. Trump en janvier, a signalé son intention de réintégrer l’accord.

Téhéran a toujours nié vouloir la bombe atomique, mais le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, l’accuse de chercher à s’en doter. En juillet 2020, une usine d’assemblage de centrifugeuses perfectionnées à Natanz a été gravement endommagée par une mystérieuse explosion, un « sabotage » d’origine « terroriste », selon Téhéran.

« Je n’autoriserai jamais l’Iran à obtenir la capacité nucléaire qui lui permettrait de mener à bien son objectif génocidaire d’éliminer Israël » , a déclaré M. Nétanyahou lundi, sans faire de lien avec ce qu’il s’est passé à Natanz.

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