La fiancée de Khashoggi appelle à punir ben Salmane

La fiancée de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, lors d'une conférence de presse en juillet dernier
Photo: Emrah Gurel Associated Press La fiancée de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, lors d'une conférence de presse en juillet dernier

La fiancée turque de Jamal Khashoggi, assassiné au consulat de son pays à Istanbul, a appelé lundi à « punir sans délai » le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, après la publication d’un rapport américain accusant ce dernier d’avoir validé le meurtre du journaliste saoudien.

« Il est impératif que le prince héritier, qui a ordonné le meurtre brutal d’une personne innocente, soit puni sans délai », a déclaré Hatice Cengiz dans un communiqué.

« Cela pourrait non seulement rendre justice pour Jamal, mais aussi éviter que des actes semblables ne soient commis à l’avenir. »

Vendredi, les États-Unis ont rendu public un rapport des services de renseignement estimant que le prince héritier saoudien, surnommé « MBS », avait « validé » une opération visant à « capturer ou tuer » M. Khashoggi.

Pas de sanction

Washington n’a toutefois pas annoncé de sanction contre le puissant héritier du trône d’Arabie saoudite.

« Je salue la publication du rapport américain. La vérité, qui était déjà connue, a été réaffirmée et est désormais définitive. Mais ce n’est pas assez, car la vérité n’a de sens que si elle sert l’accomplissement de la justice », a déclaré Mme Cengiz.

« Si le prince héritier n’est pas puni, cela enverra un signal pour toujours que le principal coupable peut tuer en toute impunité, a-t-elle estimé. Les gouvernements du monde entier, à commencer par le gouvernement [du président américain, Joe] Biden, doivent se demander s’ils sont prêts à serrer la main d’une personne dont la culpabilité […] a été attestée, mais qui n’a pas été punie. »

Critique du pouvoir saoudien après en avoir été proche, Jamal Khashoggi, résident aux États-Unis et chroniqueur du quotidien Washington Post, a été assassiné le 2 octobre 2018 dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando d’agents venus d’Arabie saoudite.

Son corps, démembré, n’a jamais été retrouvé.

Image ternie

Après avoir nié l’assassinat, Riyad a fini par dire qu’il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls. À l’issue d’un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort et trois autres à des peines de prison. Les peines capitales ont depuis été commuées.

Cette affaire a terni l’image du jeune prince héritier, véritable homme fort du royaume rapidement désigné par des responsables turcs comme le commanditaire du meurtre malgré les dénégations saoudiennes.

La Turquie n’avait pas encore réagi lundi matin à la publication du rapport américain.

Démarche dangereuse

À Genève, en Suisse, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les exécutions sommaires, Agnès Callamard, s’est dite lundi « déçue » de ce que les États-Unis n’aient pas annoncé de sanctions à l’encontre du prince héritier en dépit des conclusions accablantes du rapport du renseignement américain.

« Il est à mon avis extrêmement problématique, voire dangereux, de reconnaître la culpabilité de quelqu’un pour lui signifier ensuite que rien ne sera fait contre lui. Il s’agit selon moi d’une démarche extrêmement dangereuse de la part des États-Unis », a dit Mme Callamard lors d’une conférence de presse.

« J’appelle le gouvernement américain à agir sur la base de ses conclusions rendues publiques en sanctionnant MBS pour ce qu’il a fait. Et j’entends par là le sanctionner diplomatiquement en le bannissant de certains cercles », a-t-elle ajouté.

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