L’Iran restreint les inspections de son programme nucléaire

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Djavad Zarif, en conférence de presse le 23 février
Photo: Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Djavad Zarif, en conférence de presse le 23 février

L’Iran restreint depuis mardi les inspections de son programme nucléaire par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), faute d’avoir obtenu la levée des sanctions américaines. Une décision « dangereuse », selon les signataires européens qui tentent de sauver l’accord de 2015.

Téhéran doit « revenir en arrière sur toutes les mesures qui réduisent la transparence et coopérer pleinement avec l’AIEA », ont plaidé dans un communiqué commun la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. « L’objectif reste de préserver l’accord et de soutenir les efforts diplomatiques en cours pour trouver une solution négociée » et permettre le retour de l’Iran et des États-Unis « au plein respect de leurs engagements », ont-ils insisté.

C’est aussi notre but, a souligné le porte-parole du département d’État américain, Ned Price. Celui-ci n’a pas caché son « inquiétude » face à une puissance iranienne « qui va dans la mauvaise direction ».

En riposte au retrait américain de l’accord de 2015, la République islamique s’est affranchie progressivement depuis 2019 de nombreuses limitations qu’elle avait accepté d’imposer à son programme nucléaire, en échange d’un allègement des mesures de rétorsion à son encontre.

En décembre, le Parlement iranien a ordonné une série de mesures à exécuter en cas de maintien des sanctions rétablies en 2018 par le gouvernement de Donald Trump. Mais dans la foulée, le pays a annoncé avoir commencé à produire de l’uranium enrichi à 20 %, dans ce qui a constitué le plus spectaculaire de ses désengagements.

Pour alimenter son réacteur de recherche à Téhéran, l’Iran a ensuite entamé la production d’uranium métal, un élément qui peut être utilisé dans la fabrication d’armes nucléaires. La limitation de certaines inspections d’installations non nucléaires par l’AIEA — y compris des sites militaires suspects — est la dernière étape en date de cette escalade.

Dimanche dernier, le chef de l’AIEA, Rafael Grossi, avait annoncé, à l’issue d’une visite à Téhéran, un accord technique « temporaire » pour maintenir une surveillance, bien que réduite, le temps que les pays signataires de l’accord international engagent des pourparlers.

La coopération de l’Iran avec le régulateur onusien du nucléaire se poursuit, avait confirmé le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Djavad Zarif, cité par l’agence officielle Irna. Mais la République islamique ne fournira pas à l’agence « les bandes enregistrées sur notre programme nucléaire », avait-il détaillé.

Selon l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), ces données seront « supprimées à jamais » si les sanctions ne sont pas « complètement levées d’ici trois mois ».

En revanche, si les grandes puissances parviennent à s’entendre, « nous pourrons récupérer toutes les informations » portant sur cette période, a précisé M. Grossi à l’occasion d’un séminaire en ligne organisé par le groupe de réflexion américain Nuclear Threat Initiative (NTI).

« En d’autres termes, nous saurons exactement ce qui s’est passé, combien de composants ont été fabriqués, combien de matière a été fabriquée, traitée ou enrichie et ainsi de suite, a-t-il commenté. Naturellement, c’est loin d’être une situation idéale […] mais cela offre du temps pour que les indispensables efforts diplomatiques se déploient dans les prochains jours. »

En ce qui concerne les sites nucléaires déclarés, l’incidence des limitations sera « négligeable », a estimé une source diplomatique basée à Vienne.

Vives préoccupations

Conclu à Vienne entre l’Iran et le groupe 5+1 (France, États-Unis, Royaume-Uni, Russie, Chine, Allemagne), l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien visait initialement à encadrer le programme nucléaire de la République islamique. Malgré ses démentis, l’Iran est accusé de chercher à se doter de l’arme atomique, notamment par Israël, son ennemi juré.

Le président américain, Joe Biden, s’est engagé à réintégrer cet accord, mais à la condition que Téhéran revienne au préalable au respect des engagements pris.

Dans ce contexte tendu, l’AIEA s’est déclarée « vivement préoccupée » par la possible présence de matière nucléaire sur un site non déclaré, celui du district de Turquzabad, en périphérie de Téhéran, selon un rapport consulté par l’AFP à Vienne. « Au bout de 18 mois, l’Iran n’a toujours pas fourni les explications nécessaires, entières et techniquement crédibles », écrit-elle.

Téhéran continue par ailleurs à accumuler de l’uranium faiblement enrichi, dont la quantité dépasse désormais de 14 fois la limite autorisée par l’accord.

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