La militante saoudienne Loujain al-Hathloul libérée

Loujain al-Hathloul a été arrêtée en mai 2018 aux côtés d’autres militantes qui réclamaient le droit pour les Saoudiennes de conduire une voiture.
Photo: Agence France-Presse Loujain al-Hathloul a été arrêtée en mai 2018 aux côtés d’autres militantes qui réclamaient le droit pour les Saoudiennes de conduire une voiture.

Emprisonnée depuis près de trois ans, la militante saoudienne des droits de la personne Loujain al-Hathloul a été libérée mercredi, à un moment où l’Arabie saoudite est de plus en plus critiquée quant au non-respect des droits de la personne dans le royaume.

« Loujain est rentrée à la maison après 1001 jours passés en prison », a confirmé sa soeur sur son compte Twitter mercredi, publiant un portrait souriant de la militante de 31 ans.

Loujain al-Hathloul a été arrêtée en mai 2018 aux côtés d’autres militantes qui réclamaient le droit pour les Saoudiennes de conduire une voiture, quelques mois seulement avant que le régime lève cette interdiction. Elle a ensuite été condamnée le 29 décembre à cinq ans et huit mois de prison en vertu d’une loi « antiterroriste », dont un sursis de deux ans et dix mois « à condition qu’elle ne commette pas de nouveau crime dans les trois ans ».

La période passée en détention provisoire étant prise en compte, sa famille avait bon espoir qu’elle soit libérée d’ici mars.

Le tribunal avait également interdit à la militante de quitter le royaume pendant cinq ans, toujours selon sa famille. « Loujain est à la maison, mais elle n’est pas libre. Le combat n’est pas terminé », a d’ailleurs affirmé la sœur de la militante. Les autorités saoudiennes n’ont pas officiellement commenté la détention, le procès ou la libération de Mme Hathloul.

La libération de la jeune femme « est un soulagement incroyable », a déclaré Lynn Maalouf, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International. « Rien ne peut rattraper le traitement cruel qu’elle a subi ni l’injustice de son emprisonnement. »

Pression américaine

« Il est certain que sa libération est une étape bienvenue », a également affirmé le porte-parole du département d’État américain, Ned Price. « Promouvoir les droits des femmes et les autres droits de la personne ne doit jamais être criminalisé. »

Le nouveau président américain, Joe Biden, s’était engagé pendant sa campagne électorale à faire de l’Arabie saoudite un État « paria » en raison de ses atteintes aux droits de la personne, sur lesquelles son prédécesseur Donald Trump avait largement fermé les yeux pendant son mandat.

M. Biden devrait tenter de pousser à la libération de prisonniers détenteurs de la double nationalité américaine et saoudienne, des militants et même des membres de la famille royale, dont beaucoup sont détenus sans accusation formelle.

« Les élections ont de l’importance et l’arrivée du gouvernement Biden, qui a mis les droits de la personne à la tête de ses priorités concernant l’Arabie saoudite, a un impact », a dit mercredi à l’AFP Kristin Diwan, de l’Arab Gulf States Institute à Washington. « Il faut aller plus loin avant qu’on puisse parler de progrès en matière de droits de la personne », estime-t-il toutefois.

Militante de la cause des Saoudiennes, Loujain al-Hathloul a défendu le droit des femmes à conduire et s’est opposée à la tutelle mettant les femmes à la merci totale des hommes. Elle avait été qualifiée de « traître » par la presse locale pour avoir eu des contacts avec des diplomates et des ONG internationales.

Allégations de torture

Loujain al-Hathloul avait entamé une grève de la faim en prison le 26 octobre dernier avant de l’interrompre deux semaines plus tard, selon Amnesty International et sa famille. Selon les proches de la militante, celle-ci aurait été victime de harcèlement sexuel et de torture pendant sa détention, des allégations démenties par les autorités.

Le cas de la jeune femme avait été transféré fin novembre à une cour chargée des affaires de « terrorisme », selon sa famille.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhan, avait révélé début décembre que Loujain al-Hathloul était accusée d’avoir été en contact avec des États « hostiles » au royaume et d’avoir transmis des informations confidentielles. Mais le gouvernement saoudien n’a apporté aucune preuve tangible à l’appui de ces accusations, selon des proches de la militante.

La condamnation en décembre 2018 de Mme Hathloul avait été qualifiée de « profondément troublante » par le bureau des droits de la personne de l’ONU, qui jugeait aussi sa détention « arbitraire ». Amnesty International avait quant à elle dénoncé la « cruauté » du régime envers « l’une des femmes les plus courageuses » de l’Arabie saoudite.