Téhéran dénonce «l’ingérence» de Paris dans l’affaire d’une chercheuse détenue

L'université Sciences Po Paris
Photo: Franck Fife Agence France-Presse L'université Sciences Po Paris

Les autorités iraniennes ont dénoncé dimanche l’« ingérence » de Paris dans l’affaire de Fariba Adelkhah, une anthropologue franco-iranienne détenue en Iran depuis juin sous l’accusation d’« espionnage ».

L’Iran ne reconnaît pas la double nationalité. Les arrestations d’étrangers en Iran, notamment binationaux, accusés souvent d’espionnage, se sont multipliées depuis le retrait unilatéral en 2018 des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement de dures sanctions américaines contre Téhéran.

Vendredi, les Affaires étrangères françaises ont convoqué l’ambassadeur d’Iran à Paris pour dénoncer la détention « intolérable » de Mme Adelkhah et du chercheur français Roland Marchal. Elles ont fait part dans un communiqué de leur « extrême préoccupation » sur la situation de Mme Adelkhah « qui a cessé de s’alimenter, et réitéré [leur] demande d’accès consulaire ».

Photo: Thomas Arrive / Sciences Po / AFP L'anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah

« Le communiqué du ministère français des Affaires étrangères au sujet d’une ressortissante iranienne est un acte d’ingérence. Nous considérons cette demande comme n’ayant aucune base légale », a déclaré dans un communiqué le porte-parole des Affaires étrangères iraniennes, Abbas Moussavi.

« La personne en question […] a été arrêtée pour des actes d’espionnage », a-t-il ajouté, précisant que l’avocat de la chercheuse avait été informé des détails du dossier.

S’agissant de M. Marchal, il est détenu pour avoir « comploté contre la sécurité nationale », et son consulat a pu avoir accès à lui « à de nombreuses reprises », a indiqué M. Moussavi.

Plusieurs cas

Selon l’avocat de deux chercheurs, un juge avait décidé récemment de les libérer. Mais le ministère public s’y est opposé et l’affaire a été renvoyée au Tribunal révolutionnaire — qui juge notamment les cas d’espionnage — pour trancher, selon l’agence de presse iranienne Isna.

Fariba Adelkhah, une anthropologue spécialiste du chiisme, et Roland Marchal, spécialiste de la Corne de l’Afrique, tous deux membres du Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris, ont été arrêtés en juin. Paris ne cesse de réclamer leur libération.

Selon le CERI, une universitaire australienne détenue avec Mme Adelkhah, Kylie Moore-Gilbert, a elle aussi entamé une grève de la faim.

Téhéran avait annoncé il y a quelques mois que l’Australienne, dont l’arrestation a été confirmée en septembre, était aussi accusée d’« espionnage ».

Dans une lettre ouverte adressée au Centre pour les droits humains en Iran (CHRI), basé à New York, les deux femmes universitaires ont dit avoir subi une « torture psychologique » et dénoncé de « nombreuses violations de [leurs] droits humains fondamentaux ».

Selon des médias australiens, Kylie Moore-Gilbert a été condamnée en première instance à dix ans de prison et c’est après une confirmation de ce verdict en appel qu’elle a décidé d’entamer une grève de la faim.

L’Australie a exprimé sa « profonde inquiétude », demandant qu’elle soit traitée « équitablement, humainement et en accord avec les normes internationales ».

En réponse, M. Moussavi a indiqué samedi que Kylie Moore-Gilbert, « comme tout autre individu condamné, purgera sa peine en bénéficiant de tous ses droits légaux ».

Qualifiant de « grotesques » les accusations iraniennes à l’encontre des deux universitaires français, certains de leurs confrères ont appelé en octobre la France à suspendre toute coopération scientifique et universitaire avec Téhéran en signe de protestation.

En riposte au rétablissement des sanctions américaines, l’Iran a commencé en mai à s’affranchir progressivement de certains de ses engagements pris dans le cadre de l’accord sur le nucléaire de 2015, en espérant faire pression sur les autres parties à l’accord (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie) afin qu’ils l’aident à contourner ces sanctions qui asphyxient son économie.

Les Européens ont répété leur volonté de sauver ce texte, sans obtenir de résultats probants jusqu’à présent.

Les arrestations d’étrangers en Iran se sont multipliées depuis le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien.