L’Iran plaide pour un projet régional de sécurité

Hassan Rohani a fait l’annonce lors d’un défilé militaire à Téhéran soulignant le déclenchement de la guerre Iran-Irak, en 1980.
Photo: Fournie par le bureau de la présidence iranienne Via Agence France-Presse Hassan Rohani a fait l’annonce lors d’un défilé militaire à Téhéran soulignant le déclenchement de la guerre Iran-Irak, en 1980.

L’Iran a dénoncé dimanche la présence de « forces étrangères » dans le Golfe et annoncé la présentation à l’ONU cette semaine d’un plan de coopération régionale « endogène », sur la sécurité de ce bras de mer crucial pour l’approvisionnement mondial de pétrole.

La région vit un « moment délicat et d’une importance historique », a déclaré le président iranien, Hassan Rohani, à l’ouverture d’un défilé militaire à Téhéran, alors que l’Iran est accusé par Washington et Riyad d’être derrière les attaques ayant visé deux installations pétrolières majeures en Arabie saoudite le 14 septembre.

L’Iran nie toute responsabilité dans ces attaques menées par voie aérienne et revendiquées par les rebelles yéménites. Mais dénonçant une « escalade spectaculaire de l’agression iranienne », le ministre de la Défense américain, Mark Esper, a annoncé vendredi le déploiement dans le Golfe de nouvelles forces américaines, assurant qu’elles seraient « défensives par nature ».

Après avoir évoqué la possibilité d’une riposte militaire, Washington a calmé le jeu, privilégiant la « retenue » et une « solution pacifique », et annonçant de nouvelles sanctions économiques contre Téhéran.

M. Rohani a assuré une nouvelle fois dimanche que la « résistance et l’unité » du peuple iranien viendraient à bout du « terrorisme économique » de Washington.

Dénonçant la présence de « forces étrangères », source « d’insécurité pour notre peuple » et ayant « toujours apporté [le] malheur dans la région », M. Rohani a exhorté les Américains et leurs alliés occidentaux à se tenir « éloignés » du Golfe.

« De notre point de vue, la sécurité du golfe Persique vient de l’intérieur. La sécurité du golfe Persique est endogène, la sécurité du détroit d’Ormuz est endogène », a-t-il affirmé.

La République islamique marque tous les 22 septembre le début de la « semaine de Défense sacrée », qui commémore le déclenchement par Bagdad de la guerre Iran-Irak (1980-1988).

Tendant « la main de l’amitié et de la fraternité » aux autres pays riverains du Golfe, M. Rohani a annoncé qu’il comptait présenter « dans les prochains jours » à l’ONU un plan de coopération régionale destiné à assurer la sécurité du Golfe, du détroit d’Ormuz et de la mer d’Oman « avec l’aide des pays de la région ».

Sur Twitter, le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, a indiqué que M. Rohani présenterait les détails de cette « initiative de paix d’Ormuz » à New York lors de l’Assemblée générale annuelle des Nations unies, où le président doit prononcer un discours mercredi.

Les États-Unis à l’ONU

De leur côté, les États-Unis vont chercher à obtenir un soutien international lors de l’Assemblée générale de l’ONU face à l’Iran, a déclaré dimanche le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo. « Le président [Donald] Trump et moi-même voulons donner à la diplomatie toutes les chances de réussir », a-t-il déclaré sur la chaîne ABC.

« Je suis à New York, je serai à l’ONU toute la semaine pour en parler », a ajouté le secrétaire d’État américain. « Nous espérons que les Nations Unies adopteront une position de fermeté. »

L’ONU « a été créée exactement pour ce genre de choses — quand un pays attaque un autre pays — et nous espérons que les Nations unies se mobiliseront sur ce que c’est », a poursuivi Mike Pompeo, qui a de nouveau affirmé que « c’était une attaque iranienne, menée avec des missiles de croisière ».

Le président américain a cependant déclaré dimanche qu’il n’avait « aucune intention » de rencontrer son homologue iranien Hassan Rohani à l’ONU. « Rien n’est jamais totalement exclu, mais je n’ai pas l’intention de rencontrer l’Iran », a-t-il dit.

Prié de dire s’il y aurait un quelconque contact entre Mike Pompeo ou un autre représentant américain et la délégation iranienne en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, un haut responsable américain a assuré qu’il n’y avait « rien de prévu ».

Et à ce stade, aucune réunion spécifique sur l’Iran, notamment au Conseil de sécurité, n’a été annoncée. Outre les entretiens prévus par Donald Trump, son secrétaire d’État évoquera notamment la question mardi lors d’une réunion avec ses homologues du Golfe puis lors d’un discours mercredi devant l’organisation United Against Nuclear Iran.

Les tensions n’ont cessé de croître entre Téhéran et Washington depuis le retrait américain unilatéral en mai 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015, suivi du rétablissement de lourdes sanctions américaines contre l’Iran.

Washington et Téhéran ont frôlé l’affrontement militaire direct en juin. M. Trump avait dit avoir annulé in extremis des frappes contre des cibles iraniennes après que la République islamique eut abattu un drone américain dans la zone du détroit d’Ormuz.

Questionné sur l’envoi de renforts militaires dans la région annoncé vendredi par le Pentagone, M. Pompeo a souligné que l’objectif était de « forcer l’Iran à prendre la décision de devenir un pays normal ».

« Nous espérons qu’avec cette dissuasion supplémentaire, le travail que nous avons accompli dans le détroit d’Ormuz, pour garder le détroit ouvert et maintenant les systèmes de défense aérienne et les capacités que nous allons mettre dans la région, nous allons y arriver ».