Plus de 1600 civils syriens tués par la coalition

Ancienne capitale du califat autoproclamé en 2014 par le groupe EI, Raqqa a été détruite à près de 80% lors de cette offensive de quatre mois sous la gouverne des États-Unis qui visait à déloger les combattants extrémistes.
Photo: Delil Souleiman Agence France-Presse Ancienne capitale du califat autoproclamé en 2014 par le groupe EI, Raqqa a été détruite à près de 80% lors de cette offensive de quatre mois sous la gouverne des États-Unis qui visait à déloger les combattants extrémistes.

Plus de 1600 civils ont été tués en 2017 dans la ville syrienne de Raqqa durant l’offensive de la coalition internationale contre le groupe armé État islamique (EI), a révélé jeudi un rapport publié par Amnesty International.

« De nombreux bombardements aériens n’étaient pas précis et des dizaines de milliers de tirs d’artillerie ont été lancées de façon aveugle », a expliqué Donatella Rovera, conseillère en gestion de crise pour l’organisation basée au Royaume-Uni.

Ancienne capitale du califat autoproclamé en 2014 par le groupe EI, Raqqa, située dans le nord du pays, a été détruite à près de 80 % lors de cette offensive de quatre mois sous la gouverne des États-Unis qui visait à déloger les combattants extrémistes.

Selon Mme Rovera, le bilan élevé de victimes civiles est notamment lié à des failles du renseignement. Dans de nombreux cas, a-t-elle soutenu, des bâtiments résidentiels ont été pris pour cible, tuant des familles entières qui y vivaient ou qui s’y abritaient. Leur présence aurait été connue « s’il y avait eu une surveillance adéquate de ces bâtiments », selon la conseillère.

Le choix des armes durant l’offensive pose également problème, a souligné l’experte, qui a effectué plusieurs visites à Raqqa depuis que les Forces démocratiques syriennes a pris le contrôle de la ville en octobre 2017. « Il existe des missiles, plus coûteux, au rayon d’explosion plus restreint, mais la coalition a souvent utilisé […] de vieilles bombes de type MK qui détruisent des bâtiments entiers. Elles sont beaucoup moins chères », a-t-elle affirmé.

Amnesty a également critiqué l’utilisation intensive de tirs d’artillerie. « Avec une marge d’erreur de plus de 100 mètres, l’artillerie non guidée est largement imprécise et son utilisation dans des zones peuplées constitue des attaques aveugles. »

Vaste enquête

L’ONG a lancé cette enquête en novembre dernier, en collaboration avec Airwars, une ONG recensant les victimes civiles de bombardements aériens dans le monde. Les résultats dévoilés jeudi sont le fruit de mois de recherches sur le terrain et d’analyses de données, dont plus de deux millions d’images satellitaires étudiées par 3000 volontaires de 124 pays associés au projet.

De son côté, la coalition antidjihadiste a répondu avoir enquêté sur les informations qui lui ont été soumises par diverses sources, y compris celles d’Amnesty, affirmant être en conformité avec le droit international humanitaire. « La coalition prend toutes les mesures pour minimiser les pertes civiles. Nous menons des frappes de précision », a assuré à l’AFP le porte-parole de la coalition, Scott Rawlinson.