Signes d’espoir pour l’économie iranienne

Le président iranien, Hassan Rohani
Photo: Agence France-Presse Le président iranien, Hassan Rohani
Les nouvelles menaces de sanctions de Donald Trump ouvrent une période d’incertitude pour l’économie iranienne déjà mise à mal par d’autres restrictions américaines, mais celle-ci pourrait rebondir à l’avenir, estimaient samedi diplomates et experts.

Vendredi, le président américain a annoncé qu’il acceptait une « dernière fois » de maintenir la suspension des sanctions contre l’Iran liées au nucléaire, à moins que les Européens n’acceptent d’œuvrer avec Washington pour « remédier aux terribles lacunes » de l’accord nucléaire.

Cet accord conclu en 2015 avec les pays du groupe 5+1 (Allemagne, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie) dont la précédente administration américaine de Barack Obama, prévoit une levée progressive et conditionnelle des sanctions internationales imposées à l’Iran en échange de la garantie que Téhéran ne se dotera pas de l’arme atomique.

C’est la suspension des sanctions économiques levées dans le cadre de cet accord qui a été maintenue par M. Trump, dont le pays impose d’autres sanctions à l’Iran liées à la situation des droits de l’Homme et à son programme balistique.

« Personne ne sait clairement ce qui se passe. Trump a introduit tellement d’incertitudes », déclare à l’AFP un diplomate européen responsable des affaires commerciales basé à Téhéran. 

« Ce n’est pas forcément négatif. Les choses pourraient en fait s’améliorer si Trump se retire de l’accord. Les Européens pourraient alors rester dans l’accord et apporter les protections nécessaires aux industriels contre les sanctions américaines », affirme-t-il sous couvert de l’anonymat. « Ou au contraire, les choses pourraient s’empirer. Nous n’en savons rien au juste ».

Les Européens ont eux réitéré vendredi leur attachement à cet accord.

« Silence complet »
À première vue, la position au vitriol de M. Trump semble désastreuse pour l’accord nucléaire, et les sanctions américaines en place rendent frileuses plusieurs sociétés occidentales.

Les grandes banques internationales sont particulièrement prudentes, craignant d’être victimes d’amendes américaines. La banque française BNP Paribas a dû payer 8,9 milliards de dollars (7,3 milliards d’euros) pour avoir enfreint les sanctions contre l’Iran et d’autres pays.

Dans ces conditions, il y a peu d’espoir pour que le président iranien Hassan Rohani atteigne son objectif d’attirer 50 milliards de dollars d’investissements étrangers pour relancer l’économie. 

Selon les derniers chiffres publiés par les médias, l’Iran n’a attiré en 2016 que 3,4 milliards de dollars d’investissements étrangers. 

Malgré l’incertitude, diplomates et experts gardent espoir. 

Des accords ont été patiemment conclus notamment dans les industries d’équipements, les parcs solaires ou les fermes laitières ces deux dernières années en Iran.

« Je reste prudemment optimiste », affirme un autre diplomate européen. « Beaucoup de sociétés se sont tellement investies qu’elles ne peuvent faire machine arrière. Elles trouveront un moyen de continuer à travailler en Iran quoi que fasse Trump ». 

Et le secret est de mise. « Les accords se passent dans un complet silence. Il n’y a aucun avantage à en parler. Beaucoup ont des intérêts aux États-Unis et ne veulent pas se transformer en cible », ajoute le premier diplomate chargé des affaires commerciales.

De grandes sociétés, particulièrement françaises, préfèrent elles ne rien cacher. Le groupe français Total, à la tête d’un consortium avec la société chinoise CNPC, a signé un accord de 5 milliards de dollars pour le développement d’un champ gazier en Iran. Les groupes automobiles français Peugeot et Renault ont eux conclu des accords pour relancer leur production en Iran.

L’Italie a annoncé un accord avec des banques iraniennes pour l’ouverture d’une ligne de crédit de cinq milliards d’euros pour des projets de développement juste avant la décision de Donald Trump.

Fossé grandissant
« Le fossé entre l’Europe et les États-Unis ne cesse de grandir. Cela fait plus d’un an que Trump essaie de saper l’accord nucléaire, mais il n’a pas réussi », dit Farid Dehdilani, conseiller pour les affaires internationales à l’Organisation iranienne de la privatisation.

Quoi qu’il en soit, l’enthousiasme initial créé par l’accord nucléaire s’est évaporé.

« Je travaillais à la Bourse de Téhéran lorsque l’accord a été conclu. Nous étions tellement excités, mais lorsque je vérifie avec mes amis qui y travaillent encore, rien ne s’est passé », affirme Navid Kalhor, un analyste économique basé à Téhéran.

« Les seuls secteurs qui attirent l’intérêt des étrangers, c’est le pétrole, la pétrochimie et les mines. Mais les pétrodollars ne peuvent régler tous les problèmes », en particulier le chômage qui atteint les 12%, selon lui.

Le retour de l’Iran sur le marché pétrolier avec un doublement de ses exportations a permis d’atteindre une croissance de 12% en 2017.

« Regardez les récentes protestations, les gens ordinaires ne sont pas optimistes », ajoute M. Kalhor, en allusion au violent et meurtrier mouvement de contestation qui a touché le pays fin décembre.

Pour beaucoup d’Iraniens, le problème n’est pas juste Trump, mais aussi la mauvaise gestion et la corruption dans le pays, qui freinent les investissements étrangers. « En fin de compte, le succès de l’accord nucléaire dépend des Iraniens eux-mêmes », juge M. Dehdilani.