Le régime syrien contrôle tout Alep

Le conflit syrien a fait plus de 310 000 morts en cinq ans et déplacé la moitié de la population d’avant 2011.
Photo: George Ourfalian Agence France-Presse Le conflit syrien a fait plus de 310 000 morts en cinq ans et déplacé la moitié de la population d’avant 2011.

Le régime syrien a repris jeudi le contrôle total d’Alep, après y avoir mené une lutte impitoyable ayant redoublé d’intensité dans les dernières semaines.

Un général de l’armée est apparu à la télévision d’État pour l’affirmer, ajoutant que « cette victoire représente un tournant stratégique dans la guerre contre le terrorisme ». Une partie de la population est descendue dans les rues des quartiers ouest pour se réjouir.

Triomphe pour Bachar al-Assad, la chute de ce bastion représente un cinglant revers pour la rébellion qui s’y accrochait depuis 2012. « Pour la révolution, c’est une période de recul et un tournant difficile », a reconnu Yasser al-Youssef, un responsable du groupe Noureddine al-Zinki.

L’ancienne capitale économique, divisée entre secteurs loyalistes dans l’ouest et rebelles dans l’est, était devenue le principal front du conflit. Depuis l’arrivée en septembre 2015 d’un allié de taille, la Russie, Damas avait repris du terrain, jusqu’au siège complet des rebelles le 17 juillet dernier. La population, alors estimée à 250 000, avait souffert d’une pénurie quasi totale de nourriture, de médicaments et de carburant.

L’armée syrienne avait mené une offensive avec l’appui de l’aviation russe depuis septembre. Relancées avec encore plus de puissance, les frappes terrestres et aériennes ont fait craquer une à une les défenses des insurgés.

L’annonce est survenue peu après le départ du dernier convoi du territoire rebelle. Au moins 34 000 personnes, civils ou combattants, ont quitté cette partie de la ville depuis le début des opérations d’évacuation, selon le Comité international de la Croix-Rouge.

La guerre continue

Avec la reconquête totale de la deuxième cité du pays, le régime contrôle maintenant les cinq principales villes de Syrie, dont Homs, Hama, Damas et Lattaquié. « Alep est le point très important qui échappait à Assad jusque-là pour sécuriser toute la partie ouest sous son autorité », affirme Samir Saul, professeur d’histoire des relations internationales à l’Université de Montréal. Cette « Syrie utile » est le territoire de plus de 80 % de la population.

La guerre est cependant loin d’être terminée. « Tombée » ou « libérée » selon les allégeances, la ville est surtout « dévastée », souligne Thomas Juneau, professeur à l’Université d’Ottawa et spécialiste du Moyen-Orient.

Le pilonnage intensif a transformé l’est d’une des plus anciennes villes au monde en champ de ruines et fauché la vie de plusieurs centaines de civils, en rappelant la destruction de villes comme Berlin en 1945, Guernica ou encore Grozny. « Oui, Assad a repris le contrôle, mais la région s’est vidée, la population est pleine de ressentiment, il n’y a pas d’économie fonctionnelle. Il devra maintenant administrer et reconstruire cette Syrie utile et il n’a pas les ressources pour ça », ajoute le professeur.

Il reste aussi d’autres poches de l’opposition armée dans cette partie occidentale, notamment autour de Damas et à Idlib, où vivent 1 million de personnes. Ces dizaines de milliers de combattants ne pourront toutefois plus « maintenir le mythe d’une victoire de la révolution, croit M. Juneau, c’est donc plus en train de devenir une insurrection ».

« On savait depuis un an ou deux que le gouvernement ne serait pas renversé, on peut maintenant en être absolument sûrs », appuie M. Saul.

Morcellement

Malgré ce récent succès, les deux spécialistes doutent de la capacité de l’armée syrienne à sécuriser le reste du territoire. Pendant que tous les yeux étaient rivés sur Alep, le groupe État islamique (EI) a repris Palmyre, dans la province centrale de Homs. Les djihadistes contrôlent toujours Raqqa, capitale syrienne de son « califat » autoproclamé. Le groupe EI a également la mainmise sur les rives de l’Euphrate, jusqu’à la frontière irakienne via Deir Ez-Zor.

Le territoire est donc de facto morcelé à l’heure actuelle. « Mais je ne crois pas à l’idée d’un démembrement formel, officiel de la Syrie », assure Thomas Juneau.

Avant de voir le régime partir à la reconquête de l’est avec ses troupes, la Russie, l’Iran et la Turquie — elle aussi impliquée dans le nord de la Syrie — pourraient vouloir obtenir un cessez-le-feu généralisé. Reçus à Moscou, les trois ministres des Affaires étrangères ont affiché mercredi une volonté de prendre les commandes d’un règlement politique. En réunion parallèle, les ministres de la Défense de ces trois pays n’ont pas manqué de rendre un constat d’échec des actions menées par les États-Unis, ses partenaires occidentaux et les monarchies du Golfe.

« Des éléments moins fanatiques pourraient changer d’idée au fur et à mesure et tenter de négocier politiquement, même si al-Qaïda et Daesh [EI], eux, ne vont jamais négocier », croit M. Saul.

La dimension nationale de cette guerre dont les acteurs se sont mondialisés prendra alors le dessus, penche M. Juneau. « La situation va évoluer, mais elle va vers une guerre civile qui va continuer encore plusieurs années. »

Mercredi, l’Assemblée générale des Nations unies a voté une résolution afin de créer une équipe chargée d’enquêter sur les crimes de guerre en Syrie depuis 2011. Le régime d’Assad a notamment fait usage de manière répétée d’armes chimiques contre des civils.

Le conflit syrien a fait plus de 310 000 morts en cinq ans et déplacé la moitié de la population d’avant 2011. Près de cinq millions de Syriens sont maintenant réfugiés, surtout dans les pays limitrophes tels que la Turquie, le Liban et la Jordanie.


Réfugiés : Ottawa pose des limites aux parrains privés

Le Canada va limiter le nombre de nouvelles demandes de parrainage par le privé à 7500 en 2017. Un avis publié sur le site du ministère fédéral de l’Immigration mentionne que la cible de 16 000 réfugiés parrainés par le privé reste toutefois en vigueur. La différence entre les 7500 nouvelles demandes et le total de 16 000 sera comblée par les demandes en attente de traitement. Elles sont présentement évaluées à 45 000. Cet important arriéré s’est accumulé, alors que les demandes de parrainage privé ont augmenté plus rapidement que le nombre de places du plan fédéral d’immigration. « Au cours de la dernière année, le Canada s’est retrouvé dépassé devant la générosité exprimée par les Canadiens », justifie-t-on dans la nouvelle politique.

Québec possède toutefois son propre programme de parrainage de réfugiés et choisit ses propres cibles. Selon les chiffres déjà annoncés par la ministre Kathleen Weil, ce sont jusqu’à 4400 réfugiés parrainés par le privé qui arriveront sur le territoire.
Le Devoir
1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 23 décembre 2016 07 h 21

    Un bien triste moment


    Pas de quoi pavoiser: que de destructions, de morts, de blessés, de souffrances, dont Assad et Poutine sont les ultimes responsables. La chute d'Alep dépecé est un bien triste moment pour la Syrie et l'humanité. La barbarie a triomphé... temporairement.


    M.L.