La peur s’insinue à Damas après les revers de l’armée

Damas — La vie bat son plein à Damas, mais les récents revers de l’armée dans le nord de la Syrie inquiètent certains habitants qui craignent désormais l’arrivée des djihadistes dans la capitale malgré les assurances du régime.

« Nous tremblons de peur. Si les extrémistes pénètrent dans Damas, il y aura des combats de rue. Tout sera détruit », affirme Mohammad Aymane, marchand de meubles dans le centre de Damas.

Si aucun signe de panique n’est visible à Damas où la circulation est toujours aussi dense et où tous les magasins sont ouverts, beaucoup d’habitants ont le moral en berne, car les dernières nouvelles du front ne sont pas bonnes. Samedi, des combattants du Front al-Nosra et des groupes rebelles islamistes ont pris le contrôle de la ville stratégique de Jisr al-Choughour dans le nord-ouest, moins d’un mois après avoir mis la main sur Idleb, la capitale de la province du même nom.

Ces pertes s’ajoutent aux importants revers qu’ont infligés les rebelles à l’armée syrienne dans la province méridionale de Deraa, où elle a perdu le principal poste-frontière à la frontière jordanienne ainsi que la ville antique de Bosra al-Cham.

90 jours?

« J’ai entendu sur une télé arabe que les rebelles entreraient à Damas dans 90 jours. Nous sommes pris au piège, s’alarme Salim Afghani, un marchand ambulant. Personne au monde ne pourra nous aider. Comme Jisr al-Choughour, Damas pourrait aussi être détruite. » La télévision syrienne a fait état de la chute de Jisr al-Choughour et d’Idleb en dépit de l’« héroïsme » des soldats face à « l’arrivée de milliers de terroristes venus de Turquie ».

Mais pour un haut responsable de la sécurité, il n’y a pas de quoi paniquer. « Les récents développements et les quelques succès remportés par les terroristes ont suscité ce sentiment, déclare-t-il. En réalité, ce qui s’est passé à Idleb ne représente qu’un des nombreux rounds de la bataille actuelle. Sur le terrain l’armée a repris les choses en main et les terroristes sont quasiment assiégés à Jisr al-Choughour. » Il met en cause « la propagande médiatique » et « la sorte de guerre psychologique menée par les groupes terroristes pour répandre la peur ».

En fait, l’humeur de nombreux Damascènes est surtout assombrie par la série de défaites tandis que, jusqu’à présent, ils s’étaient habitués à ce que les succès alternent avec les revers depuis le début du conflit en 2011.

Le spectre de Yarmouk

« Si les djihadistes entrent à Damas, ils massacreront ceux qu’ils considèrent comme les alliés du régime et les autres devront fuir. En tout cas la ville sera détruite comme ce fut le cas récemment dans le camp palestinien de Yarmouk », prévient Hachem, un tailleur.

L’entrée du groupe État Islamique (EI) dans ce camp à la périphérie de la capitale le 1er avril avait certes entraîné des combats et des bombardements, mais les principales destructions dataient de 2013 lors d’accrochages entre rebelles et régime.

Hyam, 50 ans, médecin généraliste, se montre plus posée. « La guerre n’est pas finie, il y a toujours eu des hauts et des bas. Mais Damas ne tombera pas facilement ». Selon elle, « les récents succès de l’opposition ont pour objectif de modifier à son profit le rapport de force » avant les prochaines négociations prévues en mai sous l’égide de l’ONU entre représentants du régime et de l’opposition.

Dans la partie d’Alep contrôlée par le régime, une sourde peur est aussi palpable. « Beaucoup de gens répètent depuis quelques jours qu’Alep pourrait tomber [entre les mains des rebelles], comme Idleb et Jisr al-Choughour », témoigne Tony, un web designer joint par téléphone. La ville de « Jisr était bien protégée par l’armée et pourtant elle est tombée, alors tout peut arriver », dit-il.

Ancienne capitale économique, Alep est coupée en deux depuis juillet 2012. Les rebelles contrôlent plus de la moitié de la ville où les accrochages et les bombardements sont fréquents.

L’opposant Louay Hussein a quitté clandestinement la Syrie

Damas — Le célèbre opposant syrien de l’intérieur Louay Hussein a annoncé lundi avoir réussi à quitter son pays et gagné l’Espagne, où réside sa famille, malgré l’interdiction de voyager imposée par la justice syrienne.

« J’ai senti que ma vie était en danger et je voulais donc à tout prix quitter le pays, a-t-il dit. Il n’y a plus aucune possibilité d’entente avec le régime qui s’est transformé en milice et n’est pas capable de s’entendre politiquement avec ses opposants. »

Louay Hussein, 55 ans, a été libéré le 25 février après trois mois de prison. Chef du Mouvement pour la reconstruction de l’État syrien, il est inculpé pour avoir « affaibli le moral de la nation » et « propagé des informations mensongères ». Le tribunal criminel de Damas devait rendre le 29 avril son verdict.

M. Hussein a indiqué qu’il allait rencontrer dans quelques jours à Istanbul des dirigeants de l’opposition, notamment de la Coalition nationale syrienne, considérée par la communauté internationale comme la principale force d’opposition au régime de Damas. « Il faut s’entendre sur les moyens de sauver le pays. Il faut que nous en discutions pour arriver à une position commune afin de la présenter au [médiateur de l’ONU pour la Syrie] Staffan de Mistura à Genève », a-t-il dit.

Selon M. Hussein, « le point qui doit être discuté [avec la Coalition], c’est la déclaration de Genève et surtout l’organe de transition. Il faut que nous ayons une position claire et détaillée sur cette instance. »

M. Hussein a par ailleurs accusé les djihadistes du Front Al-Nosra, branche syrienne du groupe État islamique (EI), et le régime de porter atteinte à « l’entité politique, la structure sociale » de la Syrie.


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