Washington autorise des frappes en Irak

Des chrétiens d’Irak chassés de Qaraqosh par les attaques des djihadistes trouvent refuge à l’église Saint-Joseph d’Arbil, région autonome du Kurdistan.
Photo: Safin Hamed Agence France-Presse Des chrétiens d’Irak chassés de Qaraqosh par les attaques des djihadistes trouvent refuge à l’église Saint-Joseph d’Arbil, région autonome du Kurdistan.

Le président Barack Obama a annoncé jeudi en soirée qu’il avait autorisé des frappes militaires ciblées en Irak pour protéger le personnel américain sur place, prévenant que les djihadistes de l’État islamique (EI) seraient visés s’ils avancent vers Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan.

 

« Nous pouvons agir, de façon responsable et prudente, pour éviter un éventuel acte de génocide », a déclaré M. Obama, annonçant qu’il avait également ordonné le parachutage de vivres aux populations, particulièrement de la minorité yazidi, menacées par l’avancée des djihadistes. Le président américain a réaffirmé qu’il n’enverrait pas de troupes au sol, deux ans et demi après le retrait des soldats américains du pays.

 

Le gouvernement irakien avait déjà demandé l’aide des États-Unis pour contrer les extrémistes, mais le président Obama avait résisté jusqu’à maintenant, affirmant que l’Irak devait d’abord réformer son système politique pour apaiser les tensions intercommunautaires.

 

Plus tôt, jeudi, le Conseil de sécurité de l’ONU a demandé à la communauté internationale de « soutenir le gouvernement irakien » face à la menace que fait peser l’avancée des djihadistes dans le nord de l’Irak. Dans une déclaration unanime, les 15 pays membres du Conseil se déclarent « scandalisés » par le sort des milliers de yézidis et de chrétiens chassés par l’État islamique et qui ont besoin « d’aide humanitaire urgente ».

 

« Nous sommes particulièrement préoccupés par la situation sur une montagne près de Sinjar où des milliers de yézidis sont coincés depuis deux jours maintenant, sans eau et sans nourriture », a souligné le porte-parole de l’exécutif américain, Josh Earnest.

 

Certains responsables kurdes ont affirmé jeudi soir que l’aviation américaine avait déjà bombardé des positions djihadistes, mais ces informations ont été démenties par Washington et Bagdad.

 

Des responsables religieux, le patriarche chaldéen et le pape François en tête, ont lancé un cri d’alarme, demandant à la communauté internationale de protéger ces civils victimes de persécutions.

 

Catastrophe

 

La réunion du Conseil a été demandée par la France, qui envisage de soutenir les forces, notamment kurdes, qui combattent ces djihadistes de l’État islamique qui commettent des « atrocités intolérables ».

 

La Maison-Blanche a condamné jeudi la dernière offensive des djihadistes, parlant d’une situation « proche de la catastrophe humanitaire ».« Nous travaillons de manière intensive avec le gouvernement irakien pour l’aider à faire face à la situation humanitaire », a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche. Les actions des djihadistes « ont exacerbé une crise humanitaire déjà critique », a-t-il ajouté.

 

Un responsable du Pentagone a de son côté assuré à l’AFP que Washington « travaille rapidement et directement avec les autorités de Bagdad et d’Erbil [au Kurdistan irakien] pour coordonner les largages menés par les Irakiens aux personnes qui en ont besoin ». Dans un communiqué publié peu avant le début de la réunion du Conseil, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a « appelé la communauté internationale […] à soutenir le gouvernement irakien et à faire tout ce qui est possible pour aider à soulager les souffrances de la population affectée par le conflit en Irak ».

 

L’EI s’empare du plus grand barrage

 

Depuis Kirkouk, dans le nord de l’Irak, le patriarche chaldéen Louis Sako a parlé de « désastre humanitaire » et avancé le chiffre de 100 000chrétiens poussés sur les routes, après la chute de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne du pays, aux mains de l’EI.

 

Les militants sunnites du groupe État islamique se sont aussi emparés jeudi du plus grand barrage d’Irak, ce qui leur donne le contrôle de la rivière qui traverse le coeur de la capitale, Bagdad. Des habitants de la région ont confirmé, sous le couvert de l’anonymat, que les combattants kurdes qui protégeaient le barrage de Mossoul ont été délogés. L’État islamique a affirmé, sur Internet, qu’il s’est emparé de 17 villes et villages, en plus du barrage, au cours des derniers jours. Le contrôle du barrage lui donne aussi accès à de vastes ressources hydriques et hydroélectriques. Au Liban, les militants syriens — dont des membres d’État islamique — qui avaient envahi la ville frontalière d’Arsal, ont essentiellement quitté les lieux, ce qui a permis à l’armée libanaise de libérer sept soldats capturés et à des ambulances d’évacuer des dizaines de blessés, surtout des femmes et des enfants. Les combats auraient fait une quarantaine de blessés, dont plusieurs enfants.

 

Inquiétude depuis juin

 

Début juin, la chute de Mossoul, deuxième ville du pays, tombée aux mains de l’EI, avait déjà suscité l’inquiétude de la communauté internationale, en particulier du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, de l’Union européenne et de la Ligue arabe. Quelque 500 000 civils avaient alors fui les combats dans cette ville du nord de l’Irak.

 

Face à cette menace des djihadistes « pour toute la région », Washington avait souhaité une « réponse forte ». L’Iran chiite avait même offert sa coopération à l’ennemi américain pour lutter contre l’insurrection des combattants sunnites de l’EI.

 

La vague d’indignation et la prise dimanche de Sinjar, aussi dans le nord de l’Irak, par l’EI ont débouché mardi sur une simple déclaration des 15 membres du Conseil de sécurité condamnant les persécutions à l’encontre des minorités.

 

Selon cette déclaration, ces persécutions « peuvent constituer un crime contre l’humanité » et l’État islamique représente désormais « une menace pour la paix, la sécurité et la stabilité régionales ».

 

« Après la chute de Mossoul, on a cru déceler un frémissement du côté des États-Unis, de l’Iran, mais un mois après, les djihadistes continuent d’avancer », observe Jean-Charles Brisard, consultant international, spécialiste du terrorisme.

 

Selon lui, c’est la « passivité internationale », voire « l’indécision » des pays occidentaux qui ont facilité l’avancée de ces combattants en Irak, très structurés militairement et bénéficiant de l’aide massive de pays du Golfe.

 

Les États-Unis, qui s’étaient dits prêts à renvoyer des conseillers militaires après avoir retiré tous leurs soldats en 2011, ont hésité à apporter un soutien massif au régime irakien qu’ils n’hésitent pas à critiquer et qui est dirigé par un chiite proche par ailleurs du Syrien Bachar al-Assad.

 

« La panique s’est emparée du nord-ouest de l’Irak », affirme l’ONG Amnesty Internatinal, qui parle de dizaines de milliers de personnes en fuite. Selon Donatella Rovera, sa représentante, qui est actuellement dans la région et qui décrit la fuite des résidants et de ceux qui avaient déjà été déplacés, leur situation, « particulièrement celle des minorités yézidi et chrétienne, devient de plus en plus désastreuse ».

Nous sommes préoccupés par la situation sur une montagne près de Sinjar, où des milliers de yézidis sont coincés depuis deux jours

3 commentaires
  • Christian Fleitz - Inscrit 8 août 2014 09 h 40

    Abaissez les faux-nez

    Bon, ''les amis de mes amis sont aussi mes amis'', ... surtout quand on contraint ses amitiés en les créant, d'où la légitimisation de la nouvelle intervention américaine. Première conclusion : l'échec total de l'intervention des États-Unis en Irak, au moins pour les irakiens (pour les affairistes américains, c'est autre chose...) pour n'avoir pu susciter un système politique ''plus meilleur'' que le précédent et pour lui permettre les moyens propres de sa défense. Après la destruction des infrastructures du pays qui n'ont pas encore pour la plupart étaient restaurées, le conflit religieux et l'affaiblissement face aux intégristes politico-religieux, la question vaut la peine d'être posée. Deuxième conclusion : Saddam Hussein avait-il d'autres moyens d'agir autrement pour faire régner l'ordre ? Troisième conclusion : un système politique laïc présente bien des avantages, cela devrait faire réfléchir sur l'actuelle réalité syrienne pour peser avantages et inconvénients du régime légal de ce pays.
    Deux questions : comment faisait Saddam Hussein pour museler le terrorisme politico-religieux puisque lui, il était efficace dans ce domaine ? Les irakiens sont-ils actuellement plus heureux, mieux traités aujourd'hui ?
    Enfin, quand on sait que les djihadistes sont soutenus financièrement par l'Arabie Saoudite et les émirats conservateurs du golfe persique, états alliés fidèles, tant politiquement et financièrement des États-Unis, il est légitime de considérer toute cette agitation comme une sinistre farce dont les populations civiles sont victimes.

    • Nicole Bernier - Inscrite 8 août 2014 10 h 11

      M. Fleitz,
      je suis tout à fait d'accord avec votre analyse, maintenant voyons comment nos propres institutions au Québec ont soutenu ce genre de discours et comment nous devons transformer le contenu de ce qui est enseigné à l'université et la manière de faire du journalisme (la manière de rapporter les points de vue des autres peuples) et de la politique pour sortir de ce genre de cul-de-sac ridicule? Ceux qui ont critiqué Hussein, en promettant le paradis, sont encore au pouvoir et ils sont encore en train de construire des discours aussi tordu... L'Ukraine en est un bel exemple.

      Nous devons développer une nouvelle régulation envers les Québécois qui entretiennent des discours haineux contre les populations qui ont des systèmes de valeurs et de croyances différents des nôtres

  • Jacques Labelle - Inscrit 8 août 2014 10 h 50

    Les guerres récentes américaines sont vraiment catastrophiques pour les pays, dits "libérés": Irak (seul), Afghanistan (avec l'ONU). Seuls les vietnamiens se portent mieux car ils se sont libérés des amérocais !