Hamas ou Hezbollah, le même combat pour Tsahal

Tsahal poursuivait son opération à Gaza vendredi.
Photo: Jack Guex Agence France-Presse Tsahal poursuivait son opération à Gaza vendredi.

Une semaine après avoir lancé ses troupes sur le terrain plat mais creusé de Gaza, l’armée israélienne a dperdu 32 soldats et plus de 150 autres ont été blessés. Un nombre que le pays, qui vit au rythme des enterrements retransmis à la télévision, n’a plus connu depuis la deuxième guerre du Liban en 2006.

 

La précédente opération sur Gaza accompagnée d’une incursion terrestre, « Plomb durci » en 2008-2009, n’avait causé que dix pertes militaires (et trois civils). Elle avait par contre été très meurtrière pour les Palestiniens, avec environ 1400 personnes tuées. « Au moment où les soldats sont entrés sur le terrain, nous savions que cette opération ne serait pas facile », commente le major Arye Shalicar, porte-parole de Tsahal.

 

En cause : non pas tant l’impréparation des forces israéliennes que le développement de la tactique militaire du Hamas, entraîné notamment au contact du Hezbollah libanais. « Leur mode opératoire, leur entraînement, tout cela vient d’Iran », poursuit Arye Shalicar. Pour Jacques Neria, conseiller diplomatique de l’ex-premier ministre Yitzhak Rabin et spécialiste des questions de sécurité, il existe une « coopération internationale, un savoir-faire transmis par l’Iran, le Hezbollah et des spécialistes de la Corée du Nord ».

 

Repérages

 

Après la guerre de 2006, le mouvement libanais du Hezbollah a tiré les leçons de son affrontement avec l’armée israélienne et en a fait profiter les islamistes du Hamas. « Ils ont compris qu’ils ne pouvaient pas défier nos avions ou utiliser des armes plus sophistiquées, alors ils ont investi dans les roquettes et dans le développement d’un réseau de tunnels », relève le porte-parole de Tsahal. Trente et une de ces galeries, longues de plusieurs centaines de mètres, ont été découvertes depuis le début de l’opération. Plusieurs d’entre elles débouchent en Israël.

 

De même, les services de renseignement israéliens ont repéré, au Liban, une expansion des activités du Hezbollah en zone urbaine ces dernières années. « Il y a plus de 200 villages au sud du Liban qui sont devenus des bastions du Hezbollah : ils y utilisent des maisons habitées pour en faire des points d’observation et des caches d’armes. Ils ont creusé des tunnels qui permettent de passer d’une habitation à l’autre », explique Arye Shalicar, soulignant que « ce que nous observons au Liban se déroule de la même manière à Gaza. Le Hamas se sert à la fois des appartements où vivent les gens, mais aussi des bâtiments publics, des mosquées ou des hôpitaux, qu’ils prennent comme entrepôts d’armes, points d’observation ou bases de tir ».

 

Des drones

 

Le Hamas, comme le Hezbollah, a par ailleurs mis au point des drones pour tenter des repérages en territoire israélien. Ces deux dernières semaines, Tsahal a indiqué avoir abattu à l’aide de missiles deux petits avions sans pilote partis de Gaza. Au printemps 2013, elle avait également annoncé avoir détruit un drone en provenance du Liban, arrivé au large de la ville portuaire d’Haïfa.

 

Dans la bataille qu’ils ont engagée à Gaza, les soldats israéliens sont rarement confrontés à des combats en face à face. Selon les récits des militaires, les militants du Hamas apparaissent soudain de sous terre, tirent, puis disparaissent à nouveau, ou se pointent à la fenêtre d’une maison avant de s’en retirer aussitôt.

 

Mourabitouns

 

Pour entraîner ses soldats à ce type de guérilla urbaine, Tsahal a reconstitué une localité libanaise sur la base d’Elyakim, dans le nord d’Israël. Dans des rues vides et poussiéreuses, où des coques de bâtiments en béton cachent les entrées des boyaux souterrains, les soldats améliorent leurs techniques de lutte et tentent de pallier la surprise des apparitions et disparitions soudaines de combattants. Le lieu, prévu à l’origine en cas de nouvel affrontement avec le Hezbollah, peut aussi désormais servir d’entraînement à la guerre urbaine contre le Hamas.

 

En matière d’organisation aussi, le mouvement palestinien a amélioré ses capacités militaires. « Il existe des centaines de postes de commandement d’où les ordres sont donnés ; des milliers de militants organisés, disciplinés, des équipes de lanceurs de roquettes, des équipes spécialisées dans les RPG [lance-roquettes portatifs, NDLR], des équipes de surveillants qui observent nos troupes, une véritable petite armée. À la différence près qu’ils officient au sein de la population », relève Shalicar.

 

La tactique

 

Le chercheur Adnan Abu Amer a récemment rédigé, pour le magazine en ligne Al-Monitor, un récit de sa rencontre avec des unités « mourabitoun », liées aux brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas. « Ses membres ont reçu l’ordre de ne jamais quitter leurs postes ou le point près des frontières qu’ils observent »,relève-t-il, affirmant que « ces unités connaissent les routes utilisées par les véhicules israéliens, placent des mines anti-véhicules aux entrées de Gaza, plantent des bombes sur le bord des voies et déploient leurs combattants avec des RPG pour empêcher la progression et piéger les Israéliens avec leurs explosifs dans ce qui devient leur terrain de chasse improvisé ». Disposés sur différents axes de la bande de Gaza, ces mourabitouns comptent également, selon Al-Monitor, des cellules « martyres » qui peuvent le cas échéant faire des attaques-suicides contre les soldats.

 

Enfin, sur le plan des armes, le Hamas fait usage d’engins qui n’étaient apparemment pas en sa possession il y a quelques années. Les RPG, notamment le RPG 29, ont été vus à plusieurs reprises sur l’épaule des combattants du Hamas. Plus classiques, des kalachnikovs, des mines et toutes sortes d’engins explosifs sont aussi souvent utilisés.