Le régime d'Assad marque des points

Signe de la victoire dimanche du côté des troupes gouvernementales syriennes: «Nous avons pris le contrôle total de la ville.»
Photo: Agence France-Presse (photo) Joseph Eid Signe de la victoire dimanche du côté des troupes gouvernementales syriennes: «Nous avons pris le contrôle total de la ville.»
Yabroud — Les troupes du régime syrien appuyées par le Hezbollah libanais ont pris dimanche la totalité de la ville stratégique de Yabroud, enregistrant une avancée importante dans la guerre contre les rebelles, entrée dans sa quatrième année.

Un journaliste de l’AFP est entré dans ce qui était le dernier fief rebelle dans les montagnes de Qalamoun, à la frontière avec le Liban, peu après que l’armée a annoncé l’avoir reconquis à l’issue d’une bataille de 48 heures.

Il a constaté que de nombreux soldats et supplétifs de l’armée gouvernementale se reposaient assis sur les trottoirs, la mine fatiguée, et des immeubles portaient les traces des violents combats. «Nous avons pris le contrôle total de la ville ce matin» a affirmé à l’AFP un officier, soulignant que la bataille avait été particulièrement «difficile».

La prise de ce dernier bastion rebelle de la région, à 75 km au nord de Damas, empêche toute infiltration rebelle vers le Liban voisin, en particulier vers la ville d’Aarsal (est) qui soutient la rébellion syrienne.

Pour le Hezbollah, cette prise est cruciale car selon le mouvement chiite armé, c’est de Yabroud que sont venues les voitures piégées utilisées dans les attentats meurtriers qui ont touché ses bastions au Liban ces derniers mois.

«Ce nouvel exploit [...] sécurise les régions frontalières avec le Liban et coupe la route aux renforts», a indiqué un porte-parole de l’armée dans un communiqué lu à la télévision.

Les soldats, qui pourchassent les rebelles fuyant vers Aarsal, vont désormais s’employer à fermer complètement les voies d’acheminement de renforts et approvisionnements destinés aux insurgés via le Liban, selon une source de sécurité à Damas.

La prise de Yabroud a permis en outre la reprise d’un trafic normal sur l’autoroute reliant Damas à Homs, la troisième ville du pays plus au nord, a indiqué la télévision.

Hezbollah, fer de lance

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), le Hezbollah libanais est le fer de lance de cette offensive qui a permis au régime de reprendre «de larges parties de la ville», tandis que les raids du régime se poursuivaient sur la zone entre Yabroud et Aarsal.

Cette organisation a décompté six personnes tuées par ces raids, dont deux enfants.

Des brigades islamistes rebelles ainsi que des jihadistes du Front al-Nosra défendaient depuis des mois la ville de Yabroud, soumise à un pilonnage de l’armée et du Hezbollah, et à des raids aériens aux barils d’explosifs, une pratique dénoncée par l’ONU.

La perte de ce bastion est un coup dur pour la rébellion, gangrenée par les groupes jihadistes, alors que le régime est passé ces derniers mois à l’offensive. Outre l’importance symbolique de cette ville passée sous le contrôle des rebelles dès les débuts du soulèvement lancé le 15 mars 2011, sa proximité de la frontière libanaise et de l’autoroute en faisait un lieu de transit pour les combattants rebelles et les armes.

«Cela démontre à nouveau qu’en ce qui concerne les zones stratégiques, l’avantage se trouve actuellement dans le camp du gouvernement», a estimé Charles Lister, chercheur au Brookings Doha Center.

M. Assad, dont la famille tient le pouvoir depuis plus de 40 ans, ne semble aucunement prêt à partir. Le Parlement a voté jeudi une loi ouvrant la voie à sa réélection.

À Damas, environ 300 jeunes Syriens, dansant et chantant, ont appelé M. Assad à se porter candidat et célébré la «victoire» de l’armée à Yabroud.

«Nous sommes tes hommes, Bachar», ont-ils lancé. «Nous allons t’élire Bachar», indiquait une banderole.

L’organisation de cette présidentielle en plein conflit a été dénoncée par le médiateur international Lakhdar Brahimi, pour qui elle torpille les négociations de paix entre régime et opposition, aujourd’hui suspendues après deux sessions infructueuses à Genève.

M. Brahimi est arrivé dimanche en Iran, l’un des rares alliés du régime Assad. Au cours de sa visite de trois jours, il doit notamment rencontrer le président Hassan Rohani.

Trois ans de violences ont coûté la vie à plus de 146 000 personnes selon l’OSDH, contraint selon l’ONU plus de neuf des 22 millions d’habitants à fuir leur foyer et détruit le pays, plongé dans une crise humanitaire majeure dans laquelle les enfants sont en première ligne.


Par Sammy Ketz