Liban: un haut responsable hostile à Damas et au Hezbollah assassiné

En plus de Mohammad Chatah, l’attentat a tué cinq personnes et fait plus de 50 blessés.
Photo: Agence France-Presse (photo) Patrick Baz En plus de Mohammad Chatah, l’attentat a tué cinq personnes et fait plus de 50 blessés.

Beyrouth — Un proche conseiller de l’ex-premier ministre Saad Hariri, hostile au régime syrien et à son allié le Hezbollah, a été tué vendredi dans un attentat à Beyrouth marquant une nouvelle escalade dans ce pays divisé entre partisans et opposants de Damas.

 

M. Hariri, qui dirige la coalition dite du 14 mars, dont Mohammad Chatah était un stratège, a mis en cause le Hezbollah et Damas dans cet attentat à la voiture piégée qui a tué cinq autres personnes, dont le chauffeur de M. Chatah, et fait plus de 50 blessés, selon le ministère de la Santé.

 

Le mouvement chiite a dénoncé l’attentat comme « une tentative répugnante de porter atteinte à la stabilité et à l’unité nationale, qui ne profite qu’aux ennemis du Liban ».

 

Damas a démenti toute implication, dénonçant des « accusations arbitraires et sans discernement émanant de haines politiques ».

 

Mohammad Chatah est la neuvième personnalité libanaise critique du régime de Damas et du Hezbollah à être assassinée depuis 2005.

 

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est entendu sur une déclaration qui « condamne sans équivoque toute tentative de déstabilisation du Liban par le biais d’assassinats politiques » et insiste sur l’importance de « respecter l’unité du pays et la non-implication du pays dans la crise syrienne ».

 

Le président français, François Hollande, a condamné un « lâche attentat », tandis que le secrétaire d’État américain, John Kerry, a dénoncé un acte « terroriste odieux ». L’Union européenne, l’Arabie saoudite, le Qatar, la Jordanie et le Koweït ont aussi condamné l’attaque.

 

L’explosion a dévasté une des artères du centre-ville, considéré comme l’une des zones les plus sécurisées de Beyrouth et très fréquenté en particulier le soir en cette période de fêtes.

 

Des journalistes de l’AFP ont vu au moins quatre cadavres dans la rue, du sang sur les trottoirs, des voitures calcinées et des immeubles à la devanture dévastée.

 

Au moment de l’explosion, M. Chatah, 62 ans, ex-ministre des Finances et ancien ambassadeur à Washington, se rendait chez M. Hariri, où devait se tenir une réunion de sa coalition.


Charge anti-Hezbollah

 

Il était considéré comme le représentant au Liban de Saad Hariri qui, pour des raisons de sécurité, n’y vit plus depuis 2011.

 

Dans son dernier tweet, une heure avant sa mort, M. Chatah s’en prenait au Hezbollah, l’accusant de faire le jeu du régime syrien au Liban, sur lequel Damas a exercé une tutelle pendant 30 ans.

 

« Le Hezbollah fait pression pour obtenir des prérogatives en matière de sécurité et de politique étrangères semblables à celles exercées par le régime syrien » pendant la période de tutelle, écrivait-il.

 

La coalition du 14 mars accuse le mouvement chiite d’utiliser son puissant arsenal comme moyen de pression.

 

Sur les lieux de l’attentat, des Libanais exprimaient leur ras-le-bol.

 

« Tout est lié à la Syrie. Il n’y a pas d’avenir. Si je pouvais quitter le pays avec ma femme et mes enfants, je le ferais », a lancé Ziad, 37 ans, qui travaille dans la rue de l’attaque.

 

Plusieurs attentats ont frappé Beyrouth depuis l’été, visant en majorité des bastions du Hezbollah, dont les hommes combattent les rebelles aux côtés de l’armée du président Bachar al-Assad.

2 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 28 décembre 2013 06 h 55

    Quand vous affirmez une telle chose:
    "Mohammad Chatah est la neuvième personnalité libanaise critique du régime de Damas et du Hezbollah à être assassinée depuis 2005."
    et que vous tenez sous silence les attentats contre le Hezbollah, vous faite un rapport de la situation tronqué.

    J'ai écouté plusieurs entrevues sur le sujet et actuellement, ce qui se dégageait, c'était toutes les tentatives faites pour déstabiliser le Liban et le plonger dans une guerre civile. Les commentateurs s'entendaient que des forces "occultes" tentent désespérément de provoquer une redistribution des territoires entre les grandes puissances et, comme celles ayant déjà leur zone d'influence cherchent à protéger leurs zones d'influences, tout semble permis dans "l'occulte". Personne ne revendiquant les attentats et les services d'enquêtes étant débordés ou incapables d'arriver à des conclusions, la spirale des accusations commence à échapper au contrôle du gouvernement, ce qui est extrêmement dangereux au fragile équilibre que le Liban avait construit entre les différentes visions nationales du pays.

    Alors, j’aimerais savoir pourquoi votre portrait de la situation ne prends pas aussi en compte ce genre d’analyse

  • Maxime St-Jacques - Inscrit 29 décembre 2013 21 h 58

    L'hostilité appelle à l'hostilité

    Je crois que le mot hostile dont le complément de l'assassinat revient de sens est à corriger. Comment un homme victime d'un assassinat peut-il être auteur d'hostilité.

    Correction de tir, merci.

    Maxime St-jacques