Fin funeste pour le béluga égaré dans la Seine

«L’expertise vétérinaire a révélé la situation de grande faiblesse et d’activité respiratoire défaillante du béluga [lors du transport vers la mer]. La décision a donc été prise collégialement, avec les vétérinaires, de l’euthanasier», a expliqué la préfecture.
Photo: Jean-François Monier Agence France-Presse «L’expertise vétérinaire a révélé la situation de grande faiblesse et d’activité respiratoire défaillante du béluga [lors du transport vers la mer]. La décision a donc été prise collégialement, avec les vétérinaires, de l’euthanasier», a expliqué la préfecture.

L’opération de la dernière chance pour sauver le béluga a été vaine : le cétacé, égaré dans un état de santé alarmant dans la Seine, un fleuve du nord-ouest de la France, a dû être euthanasié mercredi après son arrivée en camion sur la côte, où les experts espéraient pouvoir le soigner.

Le cétacé de quatre mètres de long, vivant habituellement dans des eaux froides et dont la présence en France est rarissime, avait été repéré le 2 août dans l’eau chaude et stagnante d’une écluse de la Seine, à environ 160 km de l’embouchure du fleuve dans la mer de la Manche.

Sa situation avait ému au-delà des frontières françaises.

Lors d’une opération de secours inédite, l’animal pesant environ 800 kg a été placé à l’arrière d’un camion frigorifique mercredi vers 4 h 00 (22 h 00 mardi au Québec), après six heures d’efforts pour l’extraire de l’écluse de Saint-Pierre-la-Garenne, à 70 km au nord-ouest de Paris, où il avait échoué.

Sa survie était compromise dans une eau non salée à 25 °C, avec « des éléments de pollution ou sonores incompatibles avec sa survie », a souligné la vétérinaire des services de secours, Florence Ollivet-Courtois.

« Grande faiblesse »

À son arrivée à 10 h 30 (4 h 30 du matin au Québec) à Ouistreham, une localité du littoral de la Manche, dans le nord-ouest de la France, le béluga a été examiné par des vétérinaires avant un éventuel transfert dans une écluse puis potentiellement, à la mer, a expliqué la préfecture.

« Malgré les moyens techniques et logistiques mis en oeuvre, l’état du cétacé s’est malheureusement dégradé lors du voyage », a ajouté la préfecture.

« L’expertise vétérinaire a révélé la situation de grande faiblesse et d’activité respiratoire défaillante du béluga. La décision a donc été prise collégialement, avec les vétérinaires, de l’euthanasier. »

Florence Ollivet-Courtois a expliqué sur Twitter que « l’animal était en anoxie [une diminution de la quantité d’oxygène], donc ventilait insuffisamment, et donc la souffrance était évidente pour cet animal ».

« C’est parce que son état s’est dégradé pendant le voyage qu’on a décidé d’interrompre la destination de l’écluse, pour procéder à une euthanasie. Cet animal avait une condition musculaire insuffisante pour respirer convenablement […]. Nous avons considéré que son état n’était pas compatible avec un relâché » dans l’écluse de Ouistreham, a-t-elle ajouté.

L’autopsie de l’animal marin sera « très importante », a souligné Mme Ollivet-Courtois après ce décès qui s’ajoute à celui d’une orque retrouvée morte en mai dans la Seine.

24 plongeurs

 

L’ONG de défense des océans Sea Shepherd a souligné qu’une telle opération était « indispensable pour donner une chance à un animal autrement condamné ».

Dès mardi soir, plus d’une centaine de personnes avaient participé à cette opération de sauvetage inédite en France.

Les 24 plongeurs engagés et les sauveteurs manipulant les cordages autour de l’écluse avaient dû s’y reprendre à plusieurs fois, entre 22 h 00 et 4 h 00 du matin, pour attirer l’animal dans les filets et la structure capable de le soulever hors de l’eau, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Le cétacé, dont l’état de santé avait été jugé « alarmant », avait fini par être soulevé dans un filet tracté par une grue et déposé sur une barge, où il a été immédiatement pris en charge par une dizaine de vétérinaires vêtus de combinaisons blanches.

Le béluga a ensuite été placé dans un camion réfrigéré qui a quitté l’écluse peu après 07 h 30, à petite vitesse, pour parcourir les 160 km jusqu’à Ouistreham.

Un bassin d’eau de mer, dans une écluse du port, avait été mis à disposition pour réceptionner l’animal, qui devait y rester trois jours avant d’être remis en mer, si son état de santé le permettait.

Selon l’observatoire Pelagis, spécialiste des mammifères marins, le béluga vit normalement dans les eaux arctiques et subarctiques.

Il s’agit, selon ces experts, du second béluga connu en France après qu’un pêcheur de l’estuaire de la Loire en avait remonté un dans ses filets en 1948.

Pour en savoir plus sur le sauvetage de mammifères marins :

En vidéo | Les petits rorquals sont-ils condamnés ?
L’avis de notre journaliste Alexandre Shields alors que deux d’entre eux étaient près de Montréal, dans le fleuve.