Nouvelle piste avancée sur la trahison visant Anne Frank

Une photo d'Anne Frank à l'ouverture d'une exposition lui étant consacrée en 2009 à Hooghalen, au nord-est des Pays-Bas
Photo: Bas Czerwinski Archives Associated Press Une photo d'Anne Frank à l'ouverture d'une exposition lui étant consacrée en 2009 à Hooghalen, au nord-est des Pays-Bas

Mise à jour:

Le livre «Qui a trahi Anne Frank?» retiré par un éditeur néerlandais
L’enquête sur laquelle se base l’ouvrage est controversée et a été qualifiée d’amateuriste par des historiens.

Qui a dénoncé la jeune Anne Frank et sa famille aux nazis en 1944 ? Un livre fondé sur l’enquête d’un ancien agent du FBI désigne comme suspect principal un notaire juif, qui aurait agi ainsi pour sauver sa propre famille.

Le notaire Arnold van den Bergh pourrait avoir révélé où se cachait la famille Frank à Amsterdam, affirme l’auteur d’une enquête de six ans sur cette affaire non élucidée, dont les résultats ont été publiés dans le livre Qui a trahi Anne Frank ?, de l’autrice canadienne Rosemary Sullivan, qui paraît en français mardi aux éditions HarperCollins.

Les preuves contre M. van den Bergh ont été corroborées par des techniques modernes ainsi qu’une lettre anonyme envoyée au père d’Anne Frank, Otto, après la Deuxième Guerre mondiale, qui qualifie le notaire de traître.

La Maison d’Anne Frank s’est dite « impressionnée » par l’enquête menée par le détective à la retraite du Bureau fédéral d’enquête Vince Pankoke, mais a souligné qu’une enquête plus approfondie était nécessaire.

L’adolescente, connue dans le monde entier depuis la publication de son journal intime rédigé entre 1942 et 1944, alors qu’elle et sa famille se cachaient dans un appartement clandestin à Amsterdam, a été arrêtée en 1944. Elle est morte l’année suivante, à l’âge de 15 ans, dans le camp de concentration de Bergen-Belsen.

Nombreuses théories

 

Différentes théories ont circulé sur ce qui avait mené au raid qui a révélé « l’Annexe », où se cachait la famille.

En 2016, Vince Pankoke, détective à la retraite du FBI, a été engagé par un réalisateur de documentaires néerlandais pour diriger une équipe chargée de résoudre cette affaire non résolue.

Le nom de van den Bergh, décédé en 1950, avait jusqu’ici reçu peu d’attention. Le notaire était un membre fondateur du Conseil juif, organe administratif que les nazis ont utilisé afin d’organiser les déportations.

Selon les enquêteurs, sa famille bénéficiait d’une exemption de déportation, qui était révoquée au moment de la trahison visant les Frank, mais la déportation n’a finalement pas eu lieu.

Disparu des radars

 

Le notaire disparut des radars à la fin de la guerre, à laquelle il a survécu ainsi que le reste de sa famille.

Mais l’élément le plus convaincant a été le sérieux avec lequel Otto Frank a traité l’allégation, ont indiqué les médias néerlandais.

Le père d’Anne a déclaré aux enquêteurs en 1964 qu’il avait reçu peu après la guerre une lettre nommant van den Bergh comme celui qui avait trahi les Frank et plusieurs autres familles juives. Une copie faite par M. Frank a été retrouvée par les enquêteurs dans les archives d’un policier.

« Nous n’avons pas de pistolet fumant [« smoking gun »], mais nous avons une arme chaude avec des douilles vides à côté », a déclaré M. Pankoke, cité par la chaîne de télévision publique néerlandaise NOS.

Ronald Leopold, directeur général de la Maison d’Anne Frank, a indiqué que des questions sur la lettre anonyme subsistaient et qu’une enquête approfondie était nécessaire.

Questions et doutes

 

« Il faut être très prudent avant d’inscrire quelqu’un dans l’histoire comme celui qui a trahi Anne Frank, si cela n’est pas sûr à 100 ou 200 % », a-t-il souligné auprès de l’AFP.

D’autres experts se sont montrés plus critiques. « Un non-sens diffamatoire », a déclaré avec virulence Bart van der Boom, professeur à l’Université de Leiden, à NOS.

« [Les enquêteurs] disent qu’il ne se cachait pas, donc il a dû acheter sa sécurité d’une autre manière. Mais ils ne savent tout simplement pas où il était », a-t-il affirmé.

La petite-fille de M. van den Bergh, qui a parlé aux chercheurs de son histoire familiale, a été informée de leurs découvertes la fin de semaine dernière. Elle a refusé de commenter l’affaire à la NOS.



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