Les opposants à Poutine crient à la fraude

La formation Russie unie est créditée de 49,82% des voix, selon des résultats portant sur 99,98% des bureaux de vote.
Photo: Alexander Nemenov Agence France-Presse La formation Russie unie est créditée de 49,82% des voix, selon des résultats portant sur 99,98% des bureaux de vote.

L’opposition russe a dénoncé lundi des fraudes massives aux législatives, qui ont vu le parti du Kremlin remporter une supermajorité des deux tiers, point final d’un scrutin sur mesure dont avaient été exclus les détracteurs de Vladimir Poutine.

La formation Russie unie est créditée de 49,82 % des voix, selon des résultats portant sur 99,98 % des bureaux de vote.

La présidente de la Commission électorale, Ella Pamfilova, a confirmé que Russie unie avait remporté plus des deux tiers des sièges à la chambre basse du Parlement, la Douma, comme à l’issue des précédentes législatives, il y a cinq ans.

Conséquence d’élections au cours desquelles la moitié des sièges sont attribués à la proportionnelle et l’autre au scrutin majoritaire uninominal à un tour, ce parti disposera de plus de 300 mandats sur 450, assez pour réviser la Constitution. « Pour le président [Poutine], le plus important est bien sûr que les élections aient été concurrentielles, dans la transparence et la probité », a estimé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

« J’aimerais particulièrement remercier les citoyens russes, vous remercier de votre confiance, chers amis », a de son côté déclaré M. Poutine.

Le parti au pouvoir devance les communistes du KPRF (18,93 %), mais est en recul par rapport aux 54,2 % et 334 sièges de 2016. La participation, marqué par une hausse, a atteint 51,68 %, signe d’une approche « responsable » des électeurs, selon le président russe.

L’opposition, pour l’essentiel interdite de scrutin à l’instar d’Alexeï Navalny, emprisonné, a quant à elle dénoncé des fraudes massives : bourrage d’urnes, manipulation du vote en ligne, observateurs exclus du dépouillement, etc.

L’Union européenne a dénoncé un climat d’« intimidation », tandis que les États-Unis ont estimé que les Russes avaient été « empêchés d’exercer leurs droits civiques » sur fond de répression de l’opposition. Londres a déploré un « grave recul des libertés démocratiques ».

« Opération spéciale »

À Moscou, le bastion des détracteurs du Kremlin, l’opposition a affirmé que les résultats du vote en ligne avaient été falsifiés, permettant d’inverser la tendance défavorable à Russie unie observée au moment du comptage des votes papier. Sur Instagram, Alexeï Navalny a ironisé sur les « petites mains agiles » de Russie unie, qui ont permis de « complètement inverser » les résultats des votes électroniques.

Pour protester contre ces résultats, une manifestation a rassemblé quelques centaines de personnes lundi soir dans la capitale, certains scandant « La Russie sera libre » ou tenant des pancartes « On m’a privé de vote ».

Un participant, Alexeï Konovalov, 26 ans, a expliqué avoir découvert le jour du scrutin qu’un inconnu s’était présenté à sa place au bureau de vote pour voler sa voix.

Cette Douma “élue” est évidemment illégitime et nous ne la recon-naissons pas. Quand une opération spéciale permet à un parti avec une cote de 30% de dépasser 75% des sièges dans un Parlement, cela revient à insulter les citoyens.

La popularité de Russie unie était en berne avant le vote, avec une cote de confiance inférieure à 30 %, minée par les affaires de corruption et la chute du niveau de vie. « Quand une opération spéciale permet à un parti avec une cote de 30 % de dépasser 75 % des sièges dans un Parlement, cela revient à insulter les citoyens », a lâché sur Twitter Leonid Volkov, un allié de M. Navalny.

L’ONG spécialisée Golos a qualifié d’« évidence » la baisse du « niveau de transparence », et même le dirigeant du Parti communiste, Guennadi Ziouganov, généralement mesuré, a appelé à faire cesser « cette sale cuisine » électorale. La présidente de la Commission électorale a balayé ces accusations.

Outre Russie unie et les communistes, trois partis sont en position de siéger à la Douma : les nationalistes de LDPR (7,50 %), les centristes de Russie juste (7,44 %) et un nouveau venu, le parti des « Nouvelles personnes » (5,33 %). Ces formations sont considérées comme étant dans la ligne du pouvoir.

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