Éruption aux Canaries: 6000 personnes évacuées, la lave attendue sur la côte

Six mille personnes au total ont dû quitter leur domicile depuis le début de l’éruption dimanche après-midi.
Photo: Désirée Martin Agence France-Presse Six mille personnes au total ont dû quitter leur domicile depuis le début de l’éruption dimanche après-midi.

Un regain d’activité du volcan Cumbre Vieja a entraîné l’évacuation de 500 personnes supplémentaires dans la nuit de lundi à mardi, portant le total à 6000 déplacés sur l’île espagnole de la Palma, où des coulées de lave sont attendues sur la côte.

Selon les scientifiques, la rencontre de la lave avec l’océan de cette île de l’archipel des Canaries pourrait entraîner le dégagement de gaz toxiques, amenant les autorités à instaurer une zone d’exclusion pour éviter tout danger.

« L’apparition d’une nouvelle bouche éruptive » dans la zone de Tacande, sur la commune d’El Paso, a entraîné « l’évacuation des habitants », a tweeté le service des secours d’urgence de l’archipel lundi soir, tandis que les images de l’AFPTV montraient des files de voitures roulant dans la nuit.

« Quelque 500 personnes » ont ainsi dû abandonner leur domicile dans la nuit, a confirmé à l’AFP mardi matin Lorena Hernandez Labrador, conseillère municipale à Los Llanos de Aridane, village voisin très touché par les coulées de lave.

L’ouverture de cette bouche éruptive est intervenue après un nouveau séisme d’une magnitude de 4,1, enregistré à 16 h 32, selon l’Institut volcanologique des Canaries (Involcan).

Au total, environ 6000 personnes ont donc été évacuées depuis le début de l’éruption du volcan dimanche.

Israel Castro Hernandez est parmi les évacués. « C’est pratiquement toute ta vie qui part comme ça… Le volcan se réveille, il dit “Je sors par là” et il met pratiquement toute ta vie en l’air », se désole celui dont le domicile a été détruit.

À ses côtés, son épouse Yurena Torres Abreu ne réalise toujours pas. « On n’arrive pas à y croire. On se dit que notre maison est désormais sous ce volcan. Il n’y a rien à faire, c’est la nature », lâche-t-elle, désabusée.

« Tout perdu »

Si elle n’a fait aucune victime, cette éruption, qui est la première depuis 1971 sur cette île peuplée de près de 85 000 habitants, a en revanche provoqué d’importants dégâts.

Les images diffusées par les médias, les autorités et les riverains montrent des coulées noires et oranges dévalant lentement les flancs du volcan et engloutissant arbres, routes et maisons sur leur passage.

« On a tellement d’amis qui ont tout perdu. Ils sont sortis comme nous, avec ce qu’ils avaient sur eux et rien d’autre. Ils ont laissé toute leur vie là-bas », confie Elizabeth Torres Abreu, la sœur de Yurena, qui a elle aussi perdu sa maison.

Le volcan a détruit au total 166 bâtiments et la lave recouvre 103 hectares, selon le système européen de mesures géospatiales Copernicus, qui a publié sur Twitter une image satellite de l’île montrant les zones touchées.

Gaz toxiques

Les autorités attendent à présent l’arrivée de la lave dans la mer, initialement prévue lundi soir mais retardée par le ralentissement des coulées.

Une rencontre redoutée en raison de sa dangerosité potentielle car elle peut donner lieu à des explosions, des vagues d’eau bouillante et l’émanation de gaz toxiques, selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS).

Le gouvernement régional des Canaries a donc demandé aux curieux de ne pas se rendre dans la zone et a décrété un « rayon d’exclusion de 2 milles marin » autour de l’endroit où est prévue l’arrivée des coulées.

Le Cumbre Vieja crache des colonnes de fumées atteignant plusieurs centaines de mètres de haut et entre 8000 et 10 500 tonnes de dioxyde de soufre par jour, selon l’Involcan.

L’espace aérien n’a toutefois pas été fermé. Tous les vols prévus lundi à l’aéroport de La Palma sont bien arrivés ou partis et 48 autres sont programmés mardi, a annoncé mardi matin le gestionnaire espagnol d’aéroports Aena.

Ce volcan était sous haute surveillance depuis une semaine en raison d’une intense activité sismique et selon Involcan, l’éruption pourrait durer « plusieurs semaines voire quelques mois ».

« L’île est désormais coupée en deux », résume Juan Aragón Cruz, qui a dû quitter lui aussi son logement. « On sait quand ça a commencé, mais on ne sait pas combien de temps ça va durer. »

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