Les Russes commencent à voter à des élections sans opposants

Le marathon électoral russe de trois jours comprend des législatives, mais aussi des dizaines d’élections régionales et locales. 
Photo: Sergei Rusanov Associated Press Le marathon électoral russe de trois jours comprend des législatives, mais aussi des dizaines d’élections régionales et locales. 

Les Russes ont commencé à voter vendredi aux élections législatives, avec l’ouverture des premiers bureaux de vote dans l’Extrême-Orient, un scrutin dont l’essentiel des détracteurs du Kremlin a été banni.

« Allons-y ! » a lancé la présidente de la Commission électorale centrale, Ella Pamfilova, lors d’une réunion de cette instance diffusée en direct sur son site.

La Russie étant étendue sur 11 fuseaux horaires, le coup d’envoi de ces élections, qui se dérouleront du 17 au 19 septembre, afin de limiter le risque épidémique, a été donné dans les régions du Kamtchatka et de Tchoukotka, dans l’Extrême-Orient, à 8 h locales (16 h jeudi au Québec).

« Nous allons tout faire pour que le processus électoral se déroule de manière ouverte et transparente », a assuré Inga Irinina, responsable de la commission électorale locale à Petropavlovsk-Kamtchatski, chef-lieu de la péninsule du Kamtchatka, lors d’une séance de visioconférence avec la Commission électorale centrale.

Peu avant le début du scrutin, le président Vladimir Poutine a appelé les Russes à faire preuve « de responsabilité, de pondération et de patriotisme », dans une vidéo publiée sur le site du Kremlin dans la nuit de mercredi à jeudi.

Il a lancé cet appel alors qu’il est en isolement en raison de dizaines de cas de COVID-19 découverts dans son entourage, ce qui illustre les difficultés de Moscou à enrayer l’épidémie sur fond de campagne de vaccination poussive.

Le marathon électoral russe de trois jours comprend des législatives, mais aussi des dizaines d’élections régionales et locales. Les premiers résultats sont attendus dimanche soir.

L’opposition bannie

L’essentiel de l’opposition a été banni du scrutin, apogée de mois de répression entamés avec l’arrestation de sa figure de proue, Alexeï Navalny, alors qu’il rentrait en Russie en janvier après un empoisonnement dont il accuse le Kremlin.

L’ensemble de son mouvement a depuis été interdit pour « extrémisme », et nombre de ses alliés de premier plan ont été contraints à l’exil, assignés à résidence ou interdits de candidature.

Jeudi, le puissant Comité d’enquête russe a indiqué ouvrir une enquête contre 11 personnes accusées d’avoir appelé sur la messagerie cryptée Telegram à « des troubles de masse » durant les élections.

Quelque 108 millions de Russes sont appelés aux urnes pour élire les 450 députés de la Chambre basse du Parlement, la douma. La moitié est désignée au scrutin proportionnel de liste, l’autre au mode majoritaire uninominal.

M. Navalny a appelé depuis sa prison ses sympathisants à voter « intelligent », en soutenant les candidats — bien souvent des communistes — les mieux placés pour mettre en difficulté celui du parti au pouvoir, Russie Unie.

Impopulaire, sur fond de scandales de corruption et de baisse du niveau de vie, Russie Unie compte moins de 30 % d’opinions favorables, selon les sondages. Mais la formation devrait néanmoins s’imposer, faute de concurrence réelle, les autres partis représentés à la douma — communistes, nationalistes et centristes — étant dans l’ensemble dans la ligne du Kremlin.

M. Poutine, au pouvoir depuis plus de 20 ans, a aussi fait campagne pour sa formation à sa manière, annonçant notamment une aide financière exceptionnelle pour 42 millions de retraités, un électorat clé. Les autorités russes ont en outre multiplié les efforts pour limiter l’incidence du « vote intelligent », qualifié d’« extrémiste » et d’illustration des ingérences occidentales dans les élections. Moscou reproche en particulier aux géants de l’Internet de refuser de supprimer des contenus jugés illégaux. La diplomatie russe a signifié la semaine dernière sa colère à l’ambassadeur américain sur ce sujet. Twitter, Facebook ou encore Telegram ont été condamnés à maintes reprises ces derniers mois pour leur refus d’effacer des publications.

La COVID-19 dans l’entourage de Poutine

Éclosion au Kremlin : le président russe, Vladimir Poutine, a révélé jeudi que des dizaines de gens de son entourage souffraient de la COVID-19, l’obligeant à s’isoler. « Dans mon entourage, […] ce n’est pas une ni deux, mais plusieurs dizaines de personnes qui sont tombées malades du coronavirus », a annoncé M. Poutine par visioconférence lors d’une réunion de l’Organisation du traité de sécurité collective, réunie en sommet au Tadjikistan. « J’ai dû annuler au dernier moment ma visite à Douchanbé, j’en suis vraiment désolé. » Selon son porte-parole, Dmitri Peskov, le dirigeant russe, âgé de 68 ans et vacciné depuis mars, doit limiter le plus possible ses contacts avec l’extérieur pendant encore « au moins une semaine » . Parmi les personnes contaminées, certaines assuraient la « sécurité » du président, et d’autres étaient responsables d’aspects de sa « vie quotidienne », a ajouté M. Peskov, sans plus de précisions.



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