Un an après sa réélection contestée, Loukachenko reste inflexible

Lors d’une rencontre télévisée avec la presse et des dignitaires du régime lundi, Loukachenko a déclaré qu'«il n’y a pas et il n’y aura jamais de répression dans mon pays. [...] Je n’en ai pas besoin».
Photo: Nikolay Petrov BelTA via Associated Press Lors d’une rencontre télévisée avec la presse et des dignitaires du régime lundi, Loukachenko a déclaré qu'«il n’y a pas et il n’y aura jamais de répression dans mon pays. [...] Je n’en ai pas besoin».

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko s’est montré implacable à l’égard de ses détracteurs, lundi, niant toute répression dans son pays, au moment même où Washington, Londres et Ottawa dévoilaient une nouvelle volée de sanctions contre Minsk.

Un an jour pour jour après sa réélection décriée, le dirigeant a aussi démenti toute implication dans la mort suspecte d’un opposant réfugié en Ukraine, et a accusé une sprinteuse biélorusse d’avoir été « téléguidée » par Varsovie après qu’elle a affirmé avoir été victime d’une tentative de rapatriement forcé.

Lors d’une rencontre télévisée avec la presse et des dignitaires du régime, il a jugé, dans des propos très décousus, que l’année n’avait « pas été facile » et a accusé une fois de plus ses opposants d’avoir voulu fomenter un « coup d’État ». « Nous avons gagné. Mais on ne peut pas se relaxer », a-t-il lancé.

L’échange, qui a commencé à 11 h (4 h du matin au Québec), a duré environ huit heures.

Interrogé sur les arrestations massives et les liquidations de médias ou d’ONG, M. Loukachenko a récusé le terme de répression. « Il n’y a pas et il n’y aura jamais de répression dans mon pays. […] Je n’en ai pas besoin », a-t-il dit, accusant l’opposition d’être les agents des « services spéciaux américains ».

Nouvelles sanctions

Pour leur part, les États-Unis ont dévoilé lundi une volée de sanctions contre des personnalités, entreprises et entités de Biélorussie. « Les actions du régime de Loukachenko sont une tentative illégale de garder le pouvoir à tout prix », a déclaré le président américain Joe Biden.

Il n’y a pas et il n’y aura jamais de répression dans mon pays. […] Je n’en ai pas besoin.

 

Le Royaume-Uni a également durci lundi ses sanctions contre la Biélorussie, visant notamment les industries clés des produits pétroliers et des engrais, « en réaction aux atteintes répétées à la démocratie et aux droits humains » de la part du régime.

Le Canada a aussi annoncé de nouvelles sanctions visant les principaux secteurs de l’économie biélorusse, « en solidarité » avec ses partenaires internationaux.

La campagne électorale de 2020 avait vu une mobilisation inattendue de foules de Biélorusses autour d’une candidate surprise, Svetlana Tikhanovskaïa, qui avait remplacé au pied levé son mari incarcéré, puis réuni tous les courants de l’opposition derrière elle, le pouvoir ayant exclu tous les autres rivaux du président.

Mais à l’issue du scrutin du 9 août, Alexandre Loukachenko est proclamé vainqueur avec plus de 80 % des voix. Ce résultat déclenche un mouvement de contestation d’ampleur historique dans cette ex-république soviétique dirigée d’une main de fer par son autoritaire président depuis 1994. Mme Tikhanovskaïa a été contrainte à l’exil, devenant la représentante des siens à l’étranger. Elle est reçue par nombre de dirigeants occidentaux, notamment en juillet dernier par le président américain Joe Biden.

Les actions du régime de Loukachenko sont une tentative illégale de garder le pouvoir à tout prix.

Lundi, elle a jugé que le régime biélorusse était devenu « terroriste » et a prévenu depuis la Lituanie que « nous n’arrêterons pas. […] Nous poursuivrons le combat pour nous nous libérer de la peur qui étreint notre pays ».

Le pouvoir en place à Minsk n’a, lui, jamais cherché le dialogue avec ses détracteurs.

En 2021, alors que l’Union européenne et les États-Unis multipliaient les sanctions contre le régime, la répression s’est étendue aux médias et ONG. Minsk est aussi accusé d’avoir détourné un vol commercial en mai dernier pour arrêter un opposant, si bien que les principales compagnies aériennes contournent son espace aérien.

« Arrêter d’avoir peur »

Répondant à des questions sur deux récents scandales — la mort suspecte par pendaison de l’opposant Vitali Chychov en Ukraine la semaine dernière, et l’affaire de l’athlète olympique Krystsina Tsimanouskaya —, M. Loukachenko a rejeté les soupçons pesant sur son régime.

« Chychov, mais c’est qui pour moi ou pour la Biélorussie ? […] C’est personne pour nous. Qui serait allé le pendre ? » a-t-il lancé. Quant à la sprinteuse, qui se disait menacée après avoir critiqué ses autorités sportives, « elle a été téléguidée par ses amis polonais ».

De son côté, Krystsina Tsimanouskaya a affirmé vouloir voir chaque citoyen biélorusse « être capable de mener une vie normale et arrêter d’avoir peur » en entrevue à l’AFP.

Soutenu par la Russie, Alexandre Loukachenko n’a eu de cesse de qualifier ses détracteurs de suppôts de l’Occident, qui, selon lui, veut renverser son régime pour pouvoir s’en prendre à Moscou et Vladimir Poutine. « Nous ne nous mettrons jamais à genoux ! » a-t-il dit lundi, en conseillant aux Occidentaux de « se calmer ».

« Vous risquez de déclencher la Troisième Guerre mondiale ! » a prévenu M. Loukachenko. « C’est à cela que vous cherchez à nous pousser, nous et les Russes ? » a-t-il ajouté, en estimant que « si cela produit, vous ne serez pas les vainqueurs ! »

À Minsk, une chape de plomb s’est abattue sur les critiques du pouvoir. À force de répression, il n’y a plus de manifestations, alors qu’elles rassemblaient il y a moins d’un an des dizaines de milliers de personnes.

Pour marquer le premier anniversaire de la contestation anti-Loukachenko, les rassemblements de Biélorusses se font donc à l’étranger, en Pologne et en Ukraine, où nombre de dissidents se sont réfugiés.



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