Un militant biélorusse retrouvé pendu en Ukraine

Vitali Chychov, 26 ans, était sorti faire un jogging à Kiev lundi matin, mais n’est jamais revenu.
Photo: Sergei Supinsky Agence France-Presse Vitali Chychov, 26 ans, était sorti faire un jogging à Kiev lundi matin, mais n’est jamais revenu.

Le directeur d’une ONG aidant des opposants au régime biélorusse a été retrouvé pendu mardi en Ukraine, selon la police ukrainienne chargée de l’enquête, l’organisation du militant dénonçant pour sa part un assassinat orchestré par Minsk. Le corps du Biélorusse Vitali Chychov, disparu lundi, a été retrouvé pendu mardi matin dans un parc en périphérie de Kiev, près de son domicile, a indiqué le chef de la police nationale, Igor Klymenko, lors d’une conférence de presse.

La police a ouvert une enquête pour homicide avec préméditation, mais étudie également la piste d’un geste volontaire. « Un suicide et un meurtre déguisé en suicide sont les principales versions », a précisé M. Klymenko.

Interrogé sur les propos d’un militant biélorusse selon lequel M. Chychov avait des hématomes sur le visage et le nez cassé, le chef de la police a fait état uniquement de petites lésions « caractéristiques pour une chute », sans plus de précision. L’ONG du militant, Maison biélorusse en Ukraine (BDU), a dénoncé sur Telegram une opération de Minsk visant à « liquider » une personne « dangereuse pour le régime » du président Alexandre Loukachenko.

« Il s’agit d’une opération planifiée des tchékistes », terme désignant les forces de sécurité, a affirmé l’organisation, dont la mission est de venir en aide aux Biélorusses s’exilant en Ukraine pour échapper à la répression dans leur pays. « Vitali était surveillé et la police [ukrainienne] en avait été notifiée », a assuré la BUD. « Nous avions été avertis » du risque de « provocations allant jusqu’à l’enlèvement et à la liquidation », selon la même source.

Mais le chef de la police nationale ukrainienne a dit ne pas avoir d’informations en ce sens et que ses services n’avaient enregistré aucune plainte du défunt. M. Chychov, 26 ans, était sorti faire un jogging à Kiev lundi matin, mais n’est jamais revenu. Sa compagne, Bojena Jolud, a indiqué à des médias biélorusses ne pas croire à un suicide.

Le militant a fui vers Kiev à l’automne 2020 devant la virulence croissante de la répression du gigantesque mouvement de contestation contre la réélection de Loukachenko, au pouvoir depuis 1994. Il a notamment participé à l’organisation à Kiev des protestations anti-Loukachenko, selon la BUD.

Dans la soirée, plusieurs centaines de personnes, notamment des Biélorusses exilés à Kiev, se sont réunies devant l’ambassade de ce pays en brandissant des portraits du militant et des drapeaux rouge-blanc de l’opposition biélorusse.

« Nous n’obtiendrons rien avec un procès pacifique », a lancé devant la foule la compagne de M. Chychov, en larmes. « Posez vos pancartes » et « prenez les armes ! » a-t-elle poursuivi.

Washington et les Nations unies ont appelé Kiev à conduire une enquête « minutieuse ».

« Nous allons continuer à suivre de près l’enquête des autorités ukrainiennes sur la cause de son décès », a dit le département d’État américain, tout en relevant les « incidents alarmants » des dernières semaines en matière de « répression transfrontalière » d’opposants, de membres de la société civile et même d’athlètes de la part du régime Lukachenko.

Kiev n’a toujours pas élucidé le retentissant assassinat du journaliste chevronné d’origine biélorusse Pavel Cheremet, pourfendeur à la fois des pouvoirs russe, ukrainien et bélarusse. Son meurtre par bombe en 2016 a été lié par certains à des services spéciaux biélorusses.

De nombreux Biélorusses ont fui leur pays, souvent pour l’Ukraine, la Pologne et la Lituanie, face à la répression féroce de toute contestation dans cette ex-république soviétique nichée entre la Russie et l’UE.

« Les Biélorusses ne sont pas en sécurité, même à l’étranger », a lancé sur Telegram la cheffe de l’opposition biélorusse en exil, Svetlana Tikhanovskaïa.

Ce drame intervient peu après un incident aux Jeux olympiques de Tokyo avec la sprinteuse biélorusse Krystsina Tsimanouskaya, menacée d’un rapatriement forcé pour avoir critiqué sa fédération sur les réseaux sociaux.

Le Comité international olympique a lancé une enquête.

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