Les ravages dans l’ouest de l’Allemagne bouleversent la campagne électorale

Les inondations meurtrières qui ont frappé le sud-ouest de l’Allemagne sont entrées brutalement dans la campagne électorale.
Photo: Christof Stache Agence France-Presse Les inondations meurtrières qui ont frappé le sud-ouest de l’Allemagne sont entrées brutalement dans la campagne électorale.

Les inondations meurtrières qui ont frappé le sud-ouest de l’Allemagne sont entrées brutalement dans la campagne électorale (pour les élections fédérales du 26 septembre), en bouleversant son rythme, mais aussi son imagerie. Jeudi, on découvrait ainsi Armin Laschet, tête de liste des conservateurs (Union chrétienne-démocrate, CDU) et patron du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en train de discourir sur le climat dans une caserne de pompiers, en bottes de caoutchouc.

De même, Olaf Scholz, son homologue social-démocrate (SPD) et ministre des Finances, était photographié en train de découvrir l’étendue des dégâts dans la commune de Bad Neuenahr-Ahrweiler avec, accroché à son bras, tels deux vieux amis solidaires dans la détresse, sa camarade Malu Dreyer, présidente de la région de Rhénanie-Palatinat.

Même si, comme l’a justement formulé le coprésident des écologistes (Alliance 90-les verts), Robert Habeck, le moment actuel est « l’heure des sauveteurs et non l’heure des politiciens », deux questions s’imposent à tous. À quel point cette « collision » entre une catastrophe naturelle et la campagne électorale va ramener la question climatique au centre des débats publics ? Et quel impact cela pourrait-il avoir sur le résultat de l’élection, voire sur la politique future de l’Allemagne ?

Chez les conservateurs, on en profite d’abord pour répéter l’évidence à un électorat parfois sceptique, surtout sur l’aile droite. Avec cette catastrophe, « toute personne sensée devrait comprendre que des caprices météorologiques de cette densité et de cette gravité ne sont pas un phénomène normal dans nos régions, mais des conséquences du réchauffement climatique provoqué par l’homme », a ainsi déclaré ce vendredi matin le ministre fédéral de l’Intérieur, le conservateur Horst Seehofer.

« Programme minimum »

La veille, Armin Laschet se voulait lucide et volontaire en assurant que « nous allons faire face à de tels événements encore et encore. Cela signifie que nous devons accélérer les mesures de protection du climat ». Enfin, de son côté, Olaf Scholz a promis de négocier un paquet d’aides financières dès la semaine prochaine : « Nous devons aussi tout faire pour arrêter le réchauffement climatique », a-t-il également ajouté.

« Apparaître sur le terrain, c’est bien. Mais pas sûr que cela change la donne électorale pour les conservateurs et les sociaux-démocrates. Au contraire, le retour en force du réchauffement climatique peut être un problème, car tous les sondages montrent que la “GroKo” de Merkel [grande coalition] n’a pas vraiment convaincu qu’elle maîtrisait la question. Ceci alors que la question climatique est, après la lutte contre la pandémie, l’une des principales préoccupations des Allemands », analyse le politologue berlinois Gero Neugebauer.

Depuis mars 2020, le gouvernement fédéral s’est évidemment concentré sur la lutte contre la COVID-19 et sur le sauvetage de son économie. « Sur le plan climatique, en revanche, l’union conservatrice CDU-CSU et le SPD se sont limités à un programme minimum. À tel point qu’en juin, dans une décision historique, la Cour constitutionnelle a retoqué leur projet de loi sur la protection du climat », poursuit l’universitaire. Les juges ont en effet obligé le gouvernement à resserrer les objectifs climatiques d’une politique trop peu ambitieuse et dommageable pour les générations futures. Du jamais vu.

Bien sûr, les partis au pouvoir n’ont pas oublié d’inscrire un chapitre climat dans leurs programmes électoraux. Mais les belles promesses de campagne abondent. Sur le programme écologique conservateur, l’avis du président de l’Institut allemand de recherche économique (DIW), Marcel Fratzscher, tombe comme un couperet : « Ce programme ne peut tout simplement pas être financé. »

Toute personne sensée devrait comprendre que des caprices météorologiques de cette densité et de cette gravité ne sont pas un phénomène normal dans nos régions, mais des conséquences du réchauffement climatique.

« Attitude défensive »

Sur le plan rhétorique, Armin Laschet et Olaf Scholz ne font pas non plus dans la dentelle. « Schématiquement, ils expliquent qu’étant plus réalistes et plus proches de l’économie, ou des travailleurs, ils sont mieux à même de mettre en œuvre une politique écologique, s’amuse Gero Neugebauer. En réalité, ces deux partis ne disposent ni des compétences nécessaires ni de l’intérêt, et ils le savent. Donc en réalité, leur attitude est défensive. Elle est surtout destinée à limiter la fuite de leurs électeurs vers le parti écologiste. »

Dans ces conditions, le retour en force de la question climatique pourrait ne pas arranger les conservateurs et les sociaux-démocrates, mais seulement si les verts arrivent à relancer un débat sur ce thème, et ce, en poussant les partis établis dans leurs retranchements. « Soyons tout de même réalistes, les inondations ne vont pas conduire les gens à lire plus qu’avant les programmes », reconnaît Gero Neugebauer.

Côté conservateur, on espère au contraire bâtir sur l’oubli, c’est-à-dire sur l’envie d’évasion et de vacances des Allemands après une éprouvante année de pandémie, et peut-être sur un hypothétique « effet Gerhard Schröder ». Outre-Rhin, une bonne partie des Allemands s’en souvient : distancé par Edmund Stoiber pendant la campagne électorale de 2002, le chancelier Schröder s’était jeté corps et âme dans le combat contre les crues de l’Oder. Et en quelques semaines, il avait réussi à rattraper son retard, coiffant sur le poteau son concurrent conservateur, plus rond-de-cuir et homme de dossiers que porteur de sacs de sable proche des soucis du peuple.

 

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