L’Union européenne dévoile son plan «historique» pour verdir l’économie

«Notre plan combine la réduction d’émissions carbone avec des mesures pour préserver la nature et placer l’emploi et l’équité sociale au cœur de cette transformation» verte, a souligné Ursula von der Leyen.
Photo: John Thys Agence France-Presse «Notre plan combine la réduction d’émissions carbone avec des mesures pour préserver la nature et placer l’emploi et l’équité sociale au cœur de cette transformation» verte, a souligné Ursula von der Leyen.

Fin des voitures à essence, taxe sur le kérosène dans l’aérien, taxation des importations, réforme du marché du carbone au risque de renchérir le prix des carburants… Bruxelles s’est employé mercredi à rassurer sur l’impact social de son vaste plan climat, accueilli fraîchement par les ONG.

Les Vingt-Sept s’étaient déjà entendus pour réduire de 55 % leurs émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990. « Nous avons désormais la feuille de route », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.

Les douze textes dévoilés en grande pompe par l’exécutif européen feront l’objet pendant au moins un an d’âpres discussions entre eurodéputés et États membres, mais les conséquences sociales de certaines propositions inquiètent, faisant ressurgir le spectre du mouvement français des « gilets jaunes ».

Ursula von der Leyen a voulu rassurer sur ce point : « Notre plan combine la réduction d’émissions carbone avec des mesures pour préserver la nature et placer l’emploi et l’équité sociale au cœur de cette transformation » verte, a-t-elle affirmé.

 
2035
C'est l'année à partir de laquelle la Commission européenne voudrait arrêter la commercialisation des voitures à essence.

« La Commission doit prouver que son plan mène à une transition équitable et solidaire. […] Si nous échouons à convaincre, la résistance sera massive », a renchéri le vice-président de l’exécutif européen, Frans Timmermans, chargé du Pacte vert.

Bruxelles veut notamment instaurer une taxe inédite sur le kérosène aérien pour les vols dans l’UE, et interdire toute commercialisation des voitures à essence à partir de 2035, avec un coup d’accélérateur pour installer des points de chargements pour véhicules électriques.

Le pilier principal de cette « architecture » climatique est un élargissement considérable du marché du carbone européen (ETS) établi en 2005, où s’échangent les « permis de polluer » requis pour certains secteurs (électricité, sidérurgistes, cimentiers, aviation intra-UE) représentant 40 % des émissions des 27.

Jusqu’ici, l’essentiel des entreprises visées se voyaient offrir des quotas d’émissions gratuits, qu’elles peuvent revendre : Bruxelles veut les restreindre drastiquement.

La Commission européenne souhaite aussi que certaines importations (acier, ciment et électricité, entre autres) soient graduellement soumises aux règles de l’ETS à partir de 2026 : les importateurs devront acheter des « certificats d’émissions » basés sur le prix du carbone qu’ils auraient dû acquitter si les biens avaient été produits dans l’UE.

Carburants dans le viseur

L’idée est d’éliminer toute concurrence étrangère « déloyale » et de décourager les délocalisations. Dans un souci d’équilibre, les quotas gratuits distribués aux industriels de l’UE pour affronter la concurrence étrangère diminueraient très progressivement, entre 2026 et 2036, avant de disparaître.

Pour la Commission, il s’agit d’un « ajustement aux frontières » et non d’une taxe carbone, pour contrer l’accusation de protectionnisme des partenaires commerciaux de l’UE.

Et en limitant le nombre de quotas d’émissions sur l’ETS, le prix du carbone, qui a déjà doublé en deux ans, monterait mécaniquement, pour encourager les entreprises à adopter des technologies propres.

 
55%
La Commission européenne se donne pour mission de réduire d’autant les émissions de gaz à effet de serre du continent par rapport à 1990 à l’horizon 2030.

La mesure la plus controversée est l’extension prévue de l’ETS au transport maritime, au grand dam des navires de croisières, ainsi qu’au transport routier et au chauffage des bâtiments sur un « second marché carbone » dès 2026.

En pratique, cela reviendrait à obliger les fournisseurs de carburants ou de mazout domestique à acheter des quotas d’émissions au prix du CO2, répercutant ce surcoût sur la facture des ménages.

ONG environnementales et eurodéputés de tous bords s’y opposent farouchement. En touchant les plus vulnérables, locataires de logements mal isolés ou habitants des campagnes, « la Commission semble oublier que ce sont les classes moyennes qui en feront les frais », abonde Agnès Evren (PPE, droite).

« Les bâtiments accaparent 40 % de la consommation d’énergie, et les émissions du transport routier ne cessent de gonfler, il faut à tout prix inverser la tendance, d’une façon juste et sociale », s’est défendue Mme von der Leyen.

« Rien de ce qui a été présenté aujourd’hui ne sera facile, ce sera même sacrément difficile », reconnaît Frans Timmermans.

« Le diable se cache dans les détails »

La Commission promet un « mécanisme d’action sociale », un fonds alimenté par les recettes du « second ETS » et évalué par une source européenne à 70 milliards d’euros (plus de 103 milliards de dollars canadiens) sur dix ans pour contrer la précarité énergétique.

« Il faut considérer l’impact social et ne pas être soumis à la seule logique du marché, surtout quand les industries restent subventionnées » grâce à la prolongation pendant 15 ans de quotas d’émissions gratuits, s’insurge Wendel Trio, de l’ONG climatique CAN.

Les élus verts demandent leur arrêt immédiat, réclamant aussi « un prix plancher » du CO2. À l’inverse, les sidérurgistes plaident pour le maintien durable de ces aides, jugées nécessaires à leur compétitivité.

« L’orientation générale est bonne, mais le diable se cache dans les détails. […] Nous serons très vigilants » sur la réduction des quotas gratuits, a prévenu BusinessEurope, représentant du patronat européen.

« Nous devons toujours prendre en considération la compétitivité industrielle et éviter les délocalisations », a réagi le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmaier, tout en saluant « un pas dans la bonne direction ».

La Commission veut aussi relever considérablement la part d’énergies renouvelables visée en 2030 et fixer une cible d’absorption de CO2 par les « puits de carbone » naturels (les forêts essentiellement).

Les ONG (CAN, Greenpeace, Oxfam et WWF) ont de concert dénoncé un plan « pas assez ambitieux » et des objectifs de réduction d’émissions « insuffisants » pour concrétiser l’accord de Paris.

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