Vladimir Poutine met en garde l’Occident

Des milliers de personnes ont défié l’interdiction de rassemblement, notamment à Moscou et Saint-Pétersbourg où des foules importantes se sont réunies.
Photo: Kirill Kudryavtsev Agence France-Presse Des milliers de personnes ont défié l’interdiction de rassemblement, notamment à Moscou et Saint-Pétersbourg où des foules importantes se sont réunies.

Vladimir Poutine a promis mercredi à ses rivaux occidentaux, avec lesquels il croise le fer dans de multiples dossiers, une riposte « dure » en cas de provocations, dans un grand discours que l’opposition a voulu perturber en organisant des manifestations pour la libération d’Alexeï Navalny. L’allocution et ces actions de protestation interviennent en pleines tensions russo-occidentales sur le sort de cet opposant emprisonné et en grève de la faim, mais aussi d’un déploiement militaire russe très important aux frontières de l’Ukraine.

« Les organisateurs de provocations menaçant notre sécurité le regretteront comme jamais ils n’ont eu à regretter quelque chose », a-t-il prévenu. « J’espère que personne n’aura l’idée de franchir une ligne rouge », a-t-il encore dit, promettant une riposte « asymétrique, rapide et dure » .

La Russie, du fait du conflit en Ukraine, de la répression de l’opposition, d’accusations de cyberattaques et d’ingérences, est sous le coup de multiples sanctions occidentales. Mais le seul dossier international précis abordé par M. Poutine est celui d’une tentative « de coup d’État et d’assassinat du président du Bélarus » , dénoncée le week-end dernier par les services de sécurité des deux pays, qui y ont vu la main d’opposants soutenus par les États-Unis.

Et il n’a pas répondu aux appels occidentaux à retirer les dizaines de milliers de troupes russes déployées aux frontières de l’Ukraine, nourrissant la crainte d’un conflit d’ampleur.

La crise économique et sanitaire due à la COVID-19 a figuré en bonne place du discours, d’autant que des législatives sont prévues en septembre. M. Poutine a promis « d’assurer la croissance des revenus des citoyens », en berne depuis des années sous l’effet des sanctions et désormais aussi de la pandémie. À l’approche des élections, Vladimir Poutine reste populaire, mais son parti, réputé corrompu, ne l’est guère.

Sans surprise, M. Poutine n’a pas évoqué l’opposant, qui a cessé de s’alimenter le 31 mars pour protester contre ses conditions de détention. L’Occident réclame sa libération et la vérité sur son empoisonnement en août 2020 et dans lequel les services spéciaux seraient impliqués.

Détermination et déception

Plusieurs milliers de partisans de l’opposant russe Alexeï Navalny, emprisonné et en grève de la faim, sont descendus dans la rue mercredi soir à Moscou et à Saint-Pétersbourg pour demander sa libération, malgré un important dispositif policier.

Scandant des slogans tels que « Poutine voleur ! » et « Liberté ! », les manifestants moscovites, réunis dans différents cortèges, ont pu défiler près du Kremlin puis du siège des services de sécurité (FSB) sans que les forces antiémeutes interviennent, quelques heures après le discours annuel de Vladimir Poutine sur l’état de la Nation.

Si elles n’ont pas atteint l’ampleur des manifestations du mois de janvier après l’arrestation d’Alexeï Navalny, les journalistes de l’AFP ont constaté la mobilisation de foules importantes dans les deux plus grandes villes du pays.

La police a fait état de 6000 manifestants dans la capitale et de 4500 à Saint-Pétersbourg. Au total, selon l’ONG spécialisée dans le suivi des manifestations OVD-Infos, plus de 1200 manifestants ont été arrêtés à travers le pays, notamment à Saint-Pétersbourg, où près de 500 interpellations ont été recensées.

« C’est un combat pour l’avenir », estimait Andreï Zamiatine, un entrepreneur de 51 ans : « Navalny veut changer le système et il est puni pour cela. »

Mais certains manifestants ne cachaient pas leur déception de ne pas voir une foule plus nombreuse. « Je ne pense pas que cette action pourra sauver Navalny, il faudrait au moins 200 000 ou 300 000 personnes dans la rue. Là, ce n’est pas le cas », constatait Alexandre Boutouzov, 51 ans, pour qui « l’indifférence des gens a gagné ».

« On ira tous en prison »

Si les cortèges moscovites ont défilé dans le calme, l’ambiance était plus tendue à Saint-Pétersbourg selon une journaliste de l’AFP, qui a vu notamment un policier utiliser un pistolet à impulsion contre un manifestant tandis que quelques courses-poursuites s’engageaient dans les rues.

À Vladimir, où Alexeï Navalny est détenu dans une unité carcérale médicalisée, environ 200 personnes s’étaient réunies selon une journaliste de l’AFP. Ils ont pu défiler dans le centre de cette ville d’environ 350 000 habitants, chantant « La Russie sera heureuse ! » ou « Des docteurs pour Navalny ».

« Peut-être que les policiers ont été indulgents parce que c’est la dernière du FBK. Elle sera bientôt déclarée extrémiste et on ira tous en prison », estimait une manifestante de 60 ans, Maria Taïkova, faisant référence au Fonds de lutte contre la corruption fondé par l’opposant que la justice russe a prévu d’interdire.

Des manifestations ont eu lieu dans les principales villes de Russie, de Vladivostok en Extrême-Orient russe aux grandes cités de Sibérie. Selon la police, 14 000 personnes ont défilé dans 29 villes dans le pays.

Dans la journée, plusieurs proches de l’opposant ont été arrêtés, dont l’avocate Lioubov Sobol ou sa porte-parole Kira Iarmych.

À voir en vidéo