Duel déclaré dans la course à la succession d’Angela Merkel

Le Bavarois Markus Söder (à droite) et le chef du parti CDU, Armin Laschet (à gauche), briguent l’investiture des conservateurs.
Photo: Michael Kappeler dpa via Associated Press Le Bavarois Markus Söder (à droite) et le chef du parti CDU, Armin Laschet (à gauche), briguent l’investiture des conservateurs.

Le duel est désormais officiel dansla course à la succession d’Angela Merkel : le Bavarois Markus Söder et le chef du parti CDU, Armin Laschet, briguent l’investiture des conservateurs pour les législatives, dans une compétition qui devrait être tranchée rapidement.

« Nous avons constaté que nous sommes tous deux aptes et prêts » pour être candidats du camp de la droite, a déclaré Markus Söder, patron du Land de Bavière, à l’issue d’une réunion à huis clos, dimanche, descadres du groupe parlementaire CDU-CSU.

Le chef de la CSU, parti frère de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), a ainsi mis fin au suspense qu’il entretenait sur sa volonté d’accéder à la chancellerie étant donné qu’il est de longue date le favori des sondages parmi les prétendants conservateurs.

Armin Laschet, qui a pris en janvier la direction de la CDU, a, comme prévu, affirmé qu’il convoitait également l’investiture en vue des législatives du 26 septembre.

« Compte tenu de la situation du pays, avec une chancelière qui quitte ses fonctions, notre objectif est de parvenir au plus d’unité possible entre la CDU et la CSU, car l’enjeu estimportant », a souligné M. Laschet dans une conférence de presse commune avec son rival. « L’Europe nous regarde, le monde a besoin d’une Allemagne forte », a-t-il ajouté.

Les conservateurs ont promis de choisir leur candidat « entre Pâques et la Pentecôte » (le 24 mai), mais le calendrier devrait s’accélérer. « Nous avons besoin d’une décision rapide, très prochaine », a plaidé dimanche Armin Laschet, à l’unisson avec Markus Söder.

Les rencontres des responsables conservateurs vont se succéder dans les prochains jours pour tenter d’aboutir à un choix. Le vice-président du groupe parlementaire, Alexander Dobrindt, a dit s’attendre à ce queles partis tranchent « sous deux semaines ».

Poids des sondages

Objectif ? Sortir au plus vite la droite de l’ornière. Car la fin de règne d’Angela Merkel, après 16 ans de pouvoir, tourne au calvaire pour le mouvement, au point de mettre en danger la victoire aux législatives, qui paraissait assurée il y a encore quelques mois.

Gestion erratique de la pandémie, revers dans deux scrutins régionaux récents, la CDU et l’Union chrétienne sociale (CSU) sont aussi éclaboussées par un scandale de malversations financières autour de l’achat de masques médicaux.

L’Union CDU-CSU ne recueille actuellement que 26 % à 28,5 % des intentions de vote pour les législatives du 26 septembre. Près de 10 points de moins qu’en février, et une chute abyssale depuis l’an dernier quand elle avait grimpé à 40 %. Désormais, le camp conservateur est talonné par les verts, qui rêvent de ravir la chancellerie.

Markus Söder, 54 ans, a pour lui les sondages. Selon la chaîne publique ARD, 54 % des électeurs estiment que c’est un bon candidat. Pour le sexagénaire Armin Laschet, la part d’opinions favorables n’est qu’à 16 %.

Mais c’est généralement à la CDU que revient de présenter un candidat. La CSU, formation régionale, n’a représenté qu’à deux reprises le camp conservateur tout entier aux élections, avec deux échecs à la clé.

Armin Laschet accumule de son côtéles déboires. Sa récente proposition d’un verrouillage strict mais bref pour juguler la troisième vague de contaminations a suscité des critiques, voire des ricanements.

Le dirigeant régional de Rhénanie-du-Nord–Westphalie s’était en effet jusqu’à présent fait le chantre des assouplissements, au point d’entrer en conflit avec Angela Merkel.

Pour l’élu, longtemps perçu comme l’héritier politique d’Angela Merkel, toute la difficulté est d’incarner à la fois continuité et renouvellement.

Dans une interview au journal Bild dimanche, il s’est de nouveau essayé à cet équilibre, rappelant avoir été « depuis des années d’accord avec la chancelière sur les questions fondamentales de la politique », notamment celle de l’accueil des réfugiés qui avait divisé le parti en 2015.

Mais il a aussi appelé de ses vœux « un temps nouveau », souhaitant accélérer la transition numérique, écologique et combattre la bureaucratie.

Populiste pour les uns, habile tacticien pour les autres, Markus Söder s’est fait, comme Angela Merkel, le chantre de mesures strictes contre le virus.

L’urgence de désigner un candidat s’avère d’autant plus grande que les sociaux-démocrates (SPD) ont réglé la question depuis plusieurs mois, en choisissant l’actuel ministre des Finances, Olaf Scholz. Les verts trancheront le 19 avril.  

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