Poutine se moque de Biden et promet de défendre les intérêts de la Russie

Le président russe Vladimir Poutine
Photo: Alexey Druzhinin Agence France-Presse Le président russe Vladimir Poutine

Vladimir Poutine s’est moqué jeudi du président américain, Joe Biden, qui l’avait qualifié la veille de « tueur », avant de réaffirmer que la Russie défendra ses intérêts face aux États-Unis.

« C’est celui qui le dit qui l’est », a lancé dans une étonnante réplique le président russe, selon des propos retransmis à la télévision russe. « Ce n’est pas juste une expression enfantine […], nous voyons toujours en l’autre nos propres caractéristiques. »

« Nous défendrons nos propres intérêts et nous travaillerons avec [les Américains] aux conditions qui nous seront avantageuses », a-t-il ajouté.

Cette passe d’armes verbale semble précipiter la relation américano-russe dans une nouvelle spirale de tensions. Malgré leurs multiples désaccords, les deux puissances disaient vouloir coopérer sur des dossiers d’intérêt commun depuis le changement de gouvernement à Washington.

C’est celui qui le dit qui l’est. [...] Ce n’est pas juste une expression enfantine […], nous voyons toujours en l’autre nos propres caractéristiques.

 

Lors d’une entrevue diffusée mercredi, Joe Biden avait répondu par l’affirmative à un journaliste lui demandant si M. Poutine était « un tueur ». Des propos qu’il ne regrette pas, a indiqué jeudi sa porte-parole Jen Psaki.

Dans un geste aussi rapide que spectaculaire, Moscou avait annoncé sans tarder avoir rappelé son ambassadeur aux États-Unis, Anatoli Antonov, « pour des consultations » sur les relations russo-américaines, plongées dans « l’impasse ». Un fait inédit depuis 1998.

Jeudi soir, Vladimir Poutine a proposé à son homologue « une discussion en direct » diffusée en ligne ou à la télévision vendredi ou lundi. « Cela serait intéressant pour le peuple russe, le peuple américain et pour beaucoup d’autres pays », a-t-il déclaré à la télévision.

La Maison-Blanche n’a pas répondu dans l’immédiat. Jen Psaki a fait savoir de son côté que M. Biden sera en déplacement vendredi et qu’il est « très occupé ».

Dialogue coupé ?

Au-delà de ces piques entre MM. Biden et Poutine, Moscou a fait savoir que les remarques du président américain étaient inacceptables à ses yeux. Selon l’ambassade russe, les « déclarations irréfléchies de responsables américains risquent d’entraîner l’effondrement de relations déjà excessivement conflictuelles ».

Seul signe jusqu’ici de désescalade, le département d’État américain a assuré à l’AFP qu’il ne prévoyait pas de rappeler son propre représentant à Moscou.

Dans son entretien mercredi à la chaîne ABC, M. Biden avait plus globalement tapé du poing sur la table face à son homologue russe, disant vouloir lui faire « payer » l’ingérence dans les élections américaines de 2016 et 2020, que la Russie dément. Ces propos ont été qualifiés mercredi par le président de la Chambre basse du Parlement russe, Viatcheslav Volodine, d’« insulte » aux Russes et d’« attaque » contre son pays.

Réaction étrangère, le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, a salué le « langage très clair » des États-Unis à l’égard de la Russie tout en disant souhaiter « maintenir la fenêtre de dialogue ouverte avec Moscou » sur le désarmement ou les changements climatiques.

Les relations russo-américaines et plus généralement russo-occidentales sont délétères depuis des années : annexion de la Crimée, guerre en Ukraine, conflit en Syrie ou l’empoisonnement puis l’emprisonnement de l’opposant Alexeï Navalny.

Collaboration difficile à prévoir

De multiples sanctions et contre-sanctions ont été adoptées en conséquence de ces événements. Washington a annoncé mercredi encore qu’il étendait les restrictions d’exportation de produits sensibles vers la Russie et menacé jeudi de sanctions « toutes les entités impliquées » dans le projet controversé de gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne.

Le G7, lui, a de nouveau dénoncé « l’occupation » de la Crimée. Jeudi, M. Poutine s’est justement adressé à Joe Biden durant des événements célébrant l’annexion de la péninsule ukrainienne en mars 2014.

Le président américain affiche depuis son arrivée à la Maison-Blanche, en janvier dernier, une grande fermeté à l’égard du Kremlin, contrastant avec la bienveillance souvent reprochée à son prédécesseur, Donald Trump. Mais la brusque dégradation des rapports russo-américains pourrait menacer la coopération naissante sur des dossiers d’intérêt commun. Parmi eux figurent le prolongement du traité de limitation des armes nucléaires New Start, le nucléaire iranien ou encore les pourparlers en Afghanistan.

M. Biden a d’ailleurs lui aussi réaffirmé vouloir « travailler » avec les Russes « quand c’est dans notre intérêt commun ». Mais la Maison-Blanche a également affirmé que son locataire n’allait pas « taire ses inquiétudes au sujet de ce qu’il juge être des actes néfastes ».

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