Des clivages de mauvais augure pour la monarchie britannique

L’entrevue choc du prince Harry et de Meghan, et leurs accusations de racisme, révèlent des clivages annonçant des remises en question difficiles pour la couronne.
Photo: Jeremy Selwyn Archives Agence France-Presse L’entrevue choc du prince Harry et de Meghan, et leurs accusations de racisme, révèlent des clivages annonçant des remises en question difficiles pour la couronne.

Très populaire, la monarchie britannique n’en est pas à sa première crise. Mais l’entrevue choc du prince Harry et de Meghan Markle, et leurs accusations de racisme, révèlent des clivages annonçant des remises en question difficiles pour la couronne.

« C’est une crise pour la famille, mais [...] ce n’est pas une crise de la monarchie en tant qu’institution », observe en entrevue Robert Hazell, professeur de droit constitutionnel à la University College de Londres.

Le juriste en veut pour preuve les sondages menés depuis le passage du couple à la télévision américaine dimanche soir : leurs confessions ont eu peu de répercussions sur la popularité de la monarchie. Environ un tiers des personnes interrogées par l’institut YouGov ont affirmé que leur sympathie allait principalement à la famille royale, contre seulement 22 % pour le duc et la duchesse de Sussex.

Mais ces révélations représentent tout de même un « désastre de puissance pour le Royaume-Uni » et pose la question de savoir si la monarchie « peut ou doit survivre à la reine », écrivait mercredi la correspondante du Times Catherine Philp.

Héritier impopulaire

Pour le moment, la reine Élisabeth II reste extrêmement populaire au Royaume-Uni, avec un taux d’approbation de 79 % à en faire verdir d’envie n’importe quel dirigeant du monde. L’institution millénaire reste elle aussi chère au cœur des Britanniques, dont seul 17 % pensent que le pays se porterait mieux sans, selon un sondage Ipsos Mori réalisé cette semaine.

Mais l’année 2020 a été extrêmement difficile pour la famille royale, avec la mise en retrait des « Sussex », mais aussi celle du prince Andrew, deuxième fils de la reine, contraint de se retirer après un entretien controversé dans lequel il défendait ses liens avec le défunt milliardaire américain Jeffrey Epstein, accusé d’avoir exploité sexuellement des mineures.

L’opinion publique est par ailleurs nettement moins favorable au prince Charles, héritier de la couronne. « La reine suscite toujours une admiration mondiale et qui traverse les générations », a relevé Catherine Philp. Mais « Charles est le membre de la famille royale qui passe peut-être le plus mal en entrevue », a-t-elle ajouté, y voyant « potentiellement un problème bien plus important pour la monarchie que l’image d’une “firme” anonyme et insensible ».

Autre problème : l’adhésion des jeunes générations, qui ont grandi dans un environnement plus divers et se montrent beaucoup plus sensibles aux accusations de racisme. Seuls, 29 % des 18-34 ans interrogés par Ipsos Mori pensent que le Royaume-Uni se porterait moins bien si la monarchie était abolie, 45 % estimant que cela ne changerait rien, et 19 % que le pays s’en porterait mieux.

Changer la constitution

« Lorsque la reine mourra, le prince Charles sera un monarque très âgé » (il a déjà 72 ans), ce qui « n’aura rien à voir avec la jeune reine Élisabeth en 1952 », ajoute Robert Hazell. « Il est fort probable que les tabloïds réaliseront alors des sondages pour savoir qui du prince Charles ou du jeune et séduisant prince William est souhaité comme roi. Ce sera difficile pour la monarchie », avance-t-il.

Mais si les républicains veulent saisir l’occasion pour mettre fin à la monarchie, ils devront surmonter d’importants obstacles pour renverser cette institution qui a traversé des siècles d’intrigues et de scandales, à commencer par changer la constitution. « Et bien que ce ne soit pas écrit, tous les commentateurs admettent qu’un changement aussi important nécessiterait un référendum », explique M. Hazell.

Sortant à peine de cinq difficiles années de division causées par le Brexit, le Royaume-Uni n’est sans doute pas prêt à se relancer dans un deuxième référendum sur un sujet aussi brûlant.

Même si Charles s’avère impopulaire, « ce n’est pas une menace pour la monarchie en tant qu’institution, c’est une menace pour Charles en tant que roi », tranche le professeur, estimant que la monarchie avait encore de beaux jours devant elle grâce au populaire prince William.

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