Nicolas Sarkozy reconnu coupable de corruption et de trafic d’influence

Arrivé confiant au tribunal, Nicolas Sarkozy, qui a dirigé la France de 2007 à 2012, a accueilli sa sentence sans réagir avant de s’éclipser aussitôt sans faire la moindre déclaration.
Photo: Anne-Christine Poujoulat Agence France-Presse Arrivé confiant au tribunal, Nicolas Sarkozy, qui a dirigé la France de 2007 à 2012, a accueilli sa sentence sans réagir avant de s’éclipser aussitôt sans faire la moindre déclaration.

Coup de tonnerre dans le monde politique français. Pour la première fois de l’histoire, un président de la Ve République a été condamné à de la prison ferme. Lundi, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Nicolas Sarkozy pour corruption et trafic d’influence à trois ans de prison, dont deux avec sursis. Arrivé confiant au tribunal, l’homme qui a dirigé la France de 2007 à 2012 a accueilli sa sentence sans réagir avant de s’éclipser aussitôt sans faire la moindre déclaration.

La décision est sans précédent. Seul Jacques Chirac avait été condamné en 2011 à deux ans de prison avec sursis pour une vieille affaire d’emplois fictifs, dont les origines remontaient à l’époque où il était maire de Paris. Déjà très âgé, il n’avait pas assisté à son procès.

Cette fois, c’est un ancien président toujours très actif et à propos duquel bruissent sans cesse les rumeurs d’un éventuel retour en politique qui voit son avenir s’assombrir.

La présidente du tribunal, Christine Mée, a justifié la gravité de la peine en affirmant que Nicolas Sarkozy, « garant de l’indépendance de la justice », s’était servi « de son statut d’ancien président de la République pour gratifier un magistrat ayant servi son intérêt général ».

Un pacte de corruption

L’ancien président, son avocat Thierry Herzog et l’avocat de la Cour de cassation Gilbert Azibert, désormais à la retraite, ont tous été condamnés à la même peine pour avoir noué, dit la juge, « un pacte de corruption ». Mis en cause dans plusieurs affaires, dont le financement de sa campagne de 2007 avec des fonds libyens, Nicolas Sarkozy avait été mis sur écoute en 2013. Il utilisait alors une ligne secrète, sous le nom de Paul Bismuth, pour communiquer avec son avocat, Thierry Herzog.

Ces enregistrements, dont la légalité a pourtant été contestée, ont suffi à convaincre la juge que Nicolas Sarkozy avait tenté d’obtenir par l’entremise de son avocat des informations privilégiées de Gilbert Azibert en échange d’une promesse de soutien à sa candidature à un poste à Monaco. Une fonction honorifique rémunérée 5000 euros (7600 dollars canadiens) par année.

Si vous doutiez qu’en France, la justice peut être politique, vous avez désormais la réponse

Les avocats de l’ancien président eurent beau plaider que les écoutes entre un client et son avocat étaient protégées par le secret professionnel et que Gilbert Azibert n’avait jamais été nommé à Monaco, le tribunal a considéré qu’un « faisceau d’indices » permettait de caractériser le délit de corruption.

Dans l’après-midi, l’avocate de Nicolas Sarkozy, Jacqueline Laffont, a annoncé que son client se pourvoyait en appel. Elle confiait son « incompréhension » et son « indignation » face à un jugement « totalement infondé et injustifié ».

Le ton était radicalement différent de celui plutôt optimiste qui régnait pourtant à la fin des audiences. Toute cette affaire est fondée sur « la violation du secret professionnel entre un avocat et son client », a déclaré sur BFMTV l’avocat Patrick Klugman. Peu avant sa nomination, l’actuel ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, avait d’ailleurs porté plainte contre cette violation. Dans l’attente d’un nouveau procès, Nicolas Sarkozy demeure libre. Cette condamnation crée d’autant plus de remous qu’à 66 ans, l’ancien président est demeuré très influent. Il est proche de plusieurs ministres de l’actuel gouvernement, à commencer par le premier ministre lui-même, Jean Castex, et le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. C’est aussi un secret de Polichinelle que l’ancien président est régulièrement reçu à l’Élysée, où il n’est pas avare de suggestions pour son successeur.

Réactions unanimes à droite

À droite, les réactions ont été immédiates et unanimes. Les principaux leaders de l’ancien parti de Nicolas Sarkozy, Les Républicains (LR), crient à l’« acharnement judiciaire ». D’autant que c’est le parquet national financier (PNF), créé en 2013 par l’ancien président socialiste François Hollande après l’affaire Cahuzac, qui a mené l’instruction à charge. C’est ce même PNF qui avait fait dérailler en 2017 la campagne du favori à l’élection présidentielle, François Fillon, condamné pour l’emploi fictif de son épouse.

À la fin des audiences, c’est le procureur national financier en personne, Jean-François Bohnert, qui était venu réclamer une peine particulièrement sévère à l’endroit de Nicolas Sarkozy.

« La sévérité de la peine retenue est absolument disproportionnée et révélatrice de l’acharnement judiciaire d’une institution déjà très contestée », a déclaré le président des Républicains, Christian Jacob. « Si vous doutiez qu’en France, la justice peut être politique, vous avez désormais la réponse », a écrit sur Twitter l’ancien ministre LR Thierry Mariani aujourd’hui candidat du Rassemblement national.

Nombre de réactions rappellent les relations mouvementées que Nicolas Sarkozy a eues tout au long de sa carrière avec les magistrats. En 2007, il avait traité ces derniers de « petits pois » sans « saveur ». En 2009, il avait souhaité supprimer l’indépendance des juges d’instruction. Selon l’historien Christian Delporte interviewé par Libération, « la justice n’est pas moins laxiste, ce sont les lois qui ont évolué ».

Ce nouveau procès en appel n’est pas le seul rendez-vous judiciaire de Nicolas Sarkozy. Le 17 mars doit s’ouvrir le procès de l’« affaire Bygmalion », du nom d’un cabinet qui aurait facilité le financement illégal de sa campagne de 2012.

C’est son coaccusé Thierry Herzog qui devait assurer sa défense. L’enquête sur le « financement libyen » de la campagne de 2007 est aussi toujours en cours. L’été dernier, le PNF a même ouvert un nouveau dossier pour « trafic d’influence » concernant cette fois les activités de conseil que l’ancien président aurait menées en Russie.

On estime que le nouveau procès pourra difficilement se tenir avant le début de 2022. On sera alors en pleine campagne présidentielle.

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