Sous cloche, le Portugal s’apprête à réélire son président

Le Portugal se retrouve au premier rang mondial des nouvelles contagions par rapport à sa population. 
Photo: Patricia De Melo Moreira Agence France-Presse Le Portugal se retrouve au premier rang mondial des nouvelles contagions par rapport à sa population. 

Les Portugais sont appelés à voter dimanche pour une élection présidentielle davantage marquée par son contexte sanitaire dramatique, qui vient d’obliger le pays à se reconfiner, que par la prévisible reconduction du candidat sortant, le conservateur Marcelo Rebelo de Sousa.

Devant l’explosion des cas de COVID-19, qui a propulsé le Portugal au premier rang mondial en nombre de nouvelles contagions par rapport à sa population, la campagne électorale devait s’achever vendredi par des initiatives en format réduit, ou même virtuelles.

Dans les rues quasiment désertes de Lisbonne, le deuxième confinement général imposé il y a tout juste une semaine, durci à partir de vendredi avec la fermeture des crèches, des écoles et des universités, était bien perceptible. Sur une place du centre-ville, les rares automobilistes qui circulaient devaient s’attarder pour un contrôle de police afin de justifier leur déplacement, a constaté un journaliste de l’AFP.

« On devrait reporter cette élection pour des jours meilleurs. Cela n’a aucun sens », a affirmé une habitante, Madalena Ribeiro, à l’AFPTV. Un autre, Edwyn Teixeira, estimait en revanche que « la vie ne peut pas s’arrêter, même avec la COVID-19 ». Quand l’épidémie s’est emballée après les fêtes de Noël, il était déjà légalement trop tard pour reporter le scrutin, comme l’auraient préféré 57 % des Portugais interrogés pour un sondage paru vendredi.

Vers une abstention record ?

Dans ce contexte, candidats et observateurs redoutent une abstention record, qui jette une incertitude sur les prévisions des sondages, pourtant unanimes à pronostiquer la victoire dès le premier tour de l’actuel président.

Afin d’encourager la participation, les autorités ont exceptionnellement organisé dimanche dernier une journée de vote par anticipation, mobilisant alors près de 200 000 électeurs. Les images des longues files d’attente qui se sont formées devant certains bureaux de vote risquent d’en avoir découragé beaucoup d’autres.

« Il y a un an, cette élection s’annonçait comme une promenade de santé » pour le président sortant, un ancien professeur de droit de 72 ans devenu célèbre en tant que commentateur politique à la télévision, mais « cela pourrait ne pas être aussi simple », selon la politologue Paula Espirito Santo.

« Il suffit d’une abstention de 70 % pour rendre un second tour quasiment inévitable », s’est inquiété cette semaineM. Rebelo de Sousa, cherchant à faire monter les enchères alors qu’aucun de ses six adversaires ne semble en mesure de réaliser un exploit. Les quatre présidents qu’a connus le Portugal depuis l’avènement de la démocratie, en 1974, ont tous été réélus dès le premier tour.

Resté très populaire depuis son élection, il y a cinq ans, l’actuel chef de l’État a cohabité sans accroc majeur avec les socialistes du premier ministre Antonio Costa qui, pour s’éviterune défaite assurée, n’ont présenté aucune candidature.

Devant ce scénario à faible suspense, le président sortant aura du mal à motiver ses partisans, qui pour certains lui reprochent d’avoir été conciliant envers un gouvernement arrivé au pouvoir grâce à la gauche radicale.

La principale surprise du scrutin pourrait donc venir du candidat de droite populiste André Ventura. Après avoir fondé le parti antisystème Chega (« ça suffit »), alors qu’il venait à l’origine de la même formation de centre droit que le président sortant, ce juriste de 38 ans est entré au Parlement lors des législatives de 2019, avec 1,3 % des voix.

S’il obtenait dimanche près de 10 % des suffrages, comme le prévoient certaines enquêtes, « ce serait pour lui un excellent résultat », a commenté le politologue Antonio Costa Pinto. La majorité des sondages le placent toutefois en troisième position, au coude à coude avec l’ancienne eurodéputée socialiste Ana Gomes. Critique du premier ministre qui dirige son parti, cette diplomate de carrière est devenue une éminente militante anticorruption avant de se lancer à 66 ans dans cette course présidentielle.