Brexit: les négociations entrent dans «un moment crucial»

Contrairement aux autres pays, qui ont suspendu les vols arrivant du Royaume-Uni pour se protéger d’un nouveau variant du virus, seule la France a imposé un blocus sur le fret, condamnant des milliers de camionneurs à s’immobiliser dans le Kent avec leur cargaison et à devoir passer un test pour franchir la Manche.
Photo: William Edwards Agence France-Presse Contrairement aux autres pays, qui ont suspendu les vols arrivant du Royaume-Uni pour se protéger d’un nouveau variant du virus, seule la France a imposé un blocus sur le fret, condamnant des milliers de camionneurs à s’immobiliser dans le Kent avec leur cargaison et à devoir passer un test pour franchir la Manche.

Au moment où Londres vient de faire des concessions importantes sur les pêches, à un peu plus d’une semaine de l’échéance du 31 décembre, les négociations post-Brexit entrent dans un « moment crucial », selon le négociateur européen Michel Barnier. Même si un accord pourrait être à portée de main, nombre d’observateurs soupçonnent cependant le blocus de 48 heures imposé par la France au Royaume-Uni de ne pas être étranger à ces tractations. Contrairement aux autres pays, qui ont suspendu les vols arrivant du Royaume-Uni pour se protéger d’un nouveau variant du virus, seule la France a imposé un blocus sur le fret, condamnant des milliers de camionneurs à s’immobiliser dans le Kent avec leur cargaison et à devoir passer un test pour franchir la Manche.

Dans la capitale britannique, beaucoup n’ont pas manqué de voir dans ce blocus une mesure de rétorsion au moment où les négociations du Brexit entrent dans leur phase finale. Ni les Pays-Bas ni la Belgique n’ont en effet bloqué les camions au port de Douvres. Même au plus fort du confinement, l’hiver dernier, la France n’a bloqué le transport de fret avec aucun pays. Réticent à toute fermeture des frontières, Emmanuel Macron avait même ironisé le 12 mars dernier en déclarant que ce virus ne respectait pas les « frontières » et n’avait pas besoin « de passeport ». Finalement, ce blocus ne sera levé ce mercredi que pour les résidents européens qui peuvent se prévaloir d’un test négatif datant de moins de 72 heures et les chauffeurs de poids lourds ayant passé un test COVID rapide à leur départ.

« Il est impossible de ne pas voir la décision française à travers la lunette du Brexit — comme la poursuite de la guérilla que mène M. Macron afin de s’assurer que le départ de la Grande-Bretagne de l’Union européenne soit le plus douloureux possible », écrit le journaliste Ross Clark dans le quotidien londonien The Telegraph. Ce blocus, précise-t-il, survient après que le Royaume-Uni a annoncé son intention, en cas de no deal, de déployer dès le 31 décembre ses navires de guerre dans les zones de pêche.

Sur BFM TV, le commissaire européen Thierry Breton, chargé du Marché intérieur, a alimenté ces rumeurs en déclarant, à propos du nouveau variant du virus, que « si la Grande-Bretagne avait décidé de rester dans l’Union européenne », les choses seraient différentes, « on pourrait l’aider ».
Au Royaume-Uni, où la chaîne d’alimentation Sainsburry craignait une pénurie de salades, de citrons et de brocolis, on ne décolère pas. Pour la députée conservatrice de Douvres, Natalie Elphicke, cette « décision du gouvernement français de fermer la frontière sans prévenir a été inutile, nuisible et irresponsable ». Mercredi, la Commission européenne a d’ailleurs recommandé à tous les pays membres de reprendre le trafic de marchandises au plus vite afin d’« assurer que la chaîne d’approvisionnement continue de fonctionner ».

Un accord en vue ?

Cette polémique survient au moment où, mardi, la présidente de l’Union européenne, Ursula von der Leyen, rejetait une nouvelle offre britannique tout en demandant du même souffle aux pays qui ont d’importantes flottes de pêche, dont au premier titre la France, de revoir leurs exigences. Considérée comme une avancée majeure, la proposition britannique suggère de réduire progressivement les prises européennes dans les eaux britanniques de 35 % sur une période de cinq ans, alors que la demande initiale était de 60 % sur trois ans. L’écart s’est donc considérablement réduit avec le plancher de 25 % sur une période de huit ans fixé plus tôt par le négociateur européen Michel Barnier. Celui-ci a d’ailleurs déclaré mardi en fin de journée que les négociations entraient dans « un moment crucial » et qu’il fallait donner « une dernière poussée ».

Les négociateurs britanniques ont aussi proposé qu’au terme de cette période de transition, si le Royaume-Uni voulait récupérer plus de souveraineté sur ses eaux territoriales, un arbitre indépendant détermine ce qu’il en coûterait à l’UE et autorise l’imposition de tarifs douaniers compensatoires. Selon le Guardian qui cite une source bruxelloise, si Londres et Paris acceptaient de mettre un peu d’eau dans leur vin, les négociations pourraient cette fois entrer dans une phase vraiment finale.

Même si elles ne représentent que 1,5 % du PIB européen et 0,1 % du PIB anglais, les pêches demeurent un sujet très sensible en France comme au Royaume-Uni. On se souvient qu’en juillet dernier, Boris Johnson avait brandi un filet de hareng pour dénoncer la réglementation des pêches imposée par Bruxelles. Ce n’est pas tout à fait un hasard si, du côté européen, le négociateur en chef Michel Barnier est un ancien ministre français de l’Agriculture et de la Pêche.

Question de vie ou de mort

Cela ne semble pourtant pas rassurer ces entreprises françaises pour qui ces négociations apparaissent comme une question de vie ou de mort. À Lorient, par exemple, la société bretonne Scapêche tire 70 % de ses prises des eaux écossaises et irlandaises. « Il ne faut pas brader la pêche », déclarait mardi au quotidien Sud-Ouest le directeur général du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins, Hubert Carré, qui craint que les pêcheurs français soient sacrifiés sur l’autel du Brexit.

Ce sont les discussions autour de la pêche, rappelle-t-il, qui avaient fait capoter les demandes d’adhésion à l’Union européenne de la Norvège et de l’Islande. C’est le même sujet qui avait poussé le Groenland à en sortir. Mais le Royaume-Uni, avec son PIB de 2855 milliards de dollars, n’est ni la Norvège ni l’Islande. Et encore moins le Groenland.

Même si Boris Johnson ne cesse de répéter qu’un no deal ne lui fait pas peur, les correspondants qui suivent le dossier de près estiment que les négociations pourraient s’accélérer. « On dirait que nous sommes en train de franchir une ligne », a déclaré une source anonyme à l’agence Reuters.

À Bruxelles comme à Londres, à l’exception du maire de la capitale britannique, Sadiq Khan, personne ne souhaite jouer les prolongations. À Westminster, même le nouveau leader travailliste, Keir Starmer, ne veut pas entendre parler d’un report de l’échéance du 31 décembre. Selon les bookmakers du site britannique Oddschecker, les chances qu’un accord soit signé avant le 31 décembre seraient de 56 %. Si une ratification est dorénavant impossible au Parlement européen, une mise en application temporaire est parfaitement possible. Les députés de la Chambre des communes ont indiqué, pour leur part, qu’ils pourraient se réunir à tout moment d’ici cette date.

Ce ne serait pas la première fois que le 10 Downing Street passerait Noël en mission. L’historien Andrew Roberts raconte qu’en 1941, Winston Churchill avait répondu à son secrétaire particulier, qui sollicitait une pause pour les employés, qu’« aucun congé ne pouvait être accordé à Noël, mais que tous les efforts devaient être faits afin que le personnel puisse assister à l’office religieux dans la matinée ou dans la soirée ».

Une reprise limitée des liaisons vers la France et la Belgique

La France et la Belgique vont permettre dès mercredi le retour en provenance du Royaume-Uni de leurs ressortissants et des personnes résidant sur leur territoire, allégeant leurs restrictions comme l’a recommandé la Commission européenne. Les Français et les personnes qui résident en France ou dans l’espace européen seront « systématiquement soumises à l’obligation de disposer, avant le départ, du résultat d’un test négatif [à la COVID-19] de moins de 72 heures », soit PCR, soit antigénique, à condition qu’il soit sensible au nouveau variant mis en évidence outre-Manche, a annoncé Paris mardi soir. De même, les chauffeurs de poids lourds bloqués au Royaume-Uni pourront quitter le pays moyennant un test COVID rapide au départ. Le port de Douvres a aussi annoncé mardi soir sa réouverture, éloignant la menace de pénuries pour l’Angleterre.

 

La Belgique a adopté des mesures similaires, en autorisant le retour depuis le Royaume-Uni des « personnes ayant la nationalité belge [ou] ayant leur résidence principale en Belgique », dans un arrêté publié lundi soir. La décision concerne également « certains voyages qui sont strictement nécessaires et qui ne peuvent pas être reportés, et certains vols de transit ».

Agence France-Presse

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