Le Royaume-Uni isolé du monde

L’apparition d’un nouveau variant du coronavirus semblant se propager plus rapidement au Royaume-Uni a suscité la panique lundi dans le monde et semé le doute sur l’efficacité des vaccins anti-COVID-19, au moment où l’Union européenne autorisait la distribution de celui de Pfizer-BioNTech.

« Nous avons eu un R0 [taux de reproduction du virus] beaucoup plus élevé que 1,5 à différents moments de cette pandémie et nous l’avons maîtrisé. Cette situation n’est donc pas, en ce sens, hors de contrôle », a déclaré le responsable des situations d’urgence sanitaire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Michael Ryan, en conférence de presse.

Le ministre britannique de la Santé, Matt Hancock, avait déclaré dimanche que la nouvelle souche était « hors de contrôle ».

L’Agence européenne des médicaments (AEM), qui a donné lundi son feu vert au vaccin Pfizer-BioNTech, s’est dite « pas trop inquiète ». Selon elle, il n’existe pour l’instant « aucune preuve » permettant de dire que le traitement ne protégerait pas contre le virus mutant, qui fait craindre une recrudescence des cas de COVID-19.

L’OMS et l’AEM avaient appelé dimanche leurs membres en Europe à renforcer leurs contrôles pour combattre la propagation du nouveau variant.

« Il n’y a pas de preuve tangible que ce virus soit effectivement plus contagieux, [mais] il y a des preuves claires qu’il est plus répandu dans la population », a jugé de son côté le conseiller principal du programme gouvernemental américain de vaccination, Moncef Slaoui. « Ce qui est clair, c’est qu’il n’est pas plus pathogène », c’est-à-dire qu’il ne provoque pas une forme plus grave de la maladie.

« Sûr et efficace »

Après l’avis de l’AEM, la Commission européenne a autorisé lundi, « sur la base de cette évaluation scientifique », la distribution dans l’UE du vaccin Pfizer-BioNTech. Les premières vaccinations devraient avoir lieu entre le 27 et le 29 décembre.

À dix jours du Brexit, de nombreux pays, dont la France, ont suspendu les arrivées de voyageurs en provenance de Grande-Bretagne, bousculant son approvisionnement alors qu’elle est très dépendante des rotations de camions à travers la Manche pour les produits frais, provoquant le chaos dans les ports et les aéroports.

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, qui a reconfiné en catastrophe Londres et le Sud-Est ce week-end, a assuré que les chaînes d’approvisionnement du Royaume-Uni sont « solides et robustes » et « les retards ne concernent qu’une très faible proportion de la nourriture entrant au Royaume-Uni ».

Il a précisé avoir discuté de la situation avec le président français, Emmanuel Macron, qui, selon lui, a dit vouloir « régler la situation dans les prochaines heures ».

Royal Mail, la poste britannique, a suspendu « temporairement » ses services vers l’Europe, à l’exception de l’Irlande, en raison des perturbations dans les transports.

Le Royaume-Uni est l’un des pays les plus durement touchés en Europe par la pandémie, avec plus de 67 500 morts. La Suède a en outre annoncé qu’elle fermait pour raisons sanitaires sa frontière avec le Danemark, où des cas du nouveau variant ont été décelés.

Les États membres de l’UE vont essayer de trancher mardi entre les « différentes options pour une réouverture des frontières de manière coordonnée et avec des mesures identiques » retenues par une réunion d’urgence du mécanisme européen de réponse aux crises lundi à Bruxelles, a indiqué une source diplomatique européenne.

L’Antarctique aussi

Après la suspension des liaisons aériennes, des dizaines de passagers en provenance de Grande-Bretagne se sont retrouvés bloqués dans des aéroports allemands dans la nuit de dimanche à lundi. « S’il vous plaît, aidez-nous à sortir ! » a plaidé une jeune femme, Manuela Thomys, dans une vidéo publiée sur Internet.

Hors de l’UE, le Canada, l’Argentine, la Colombie, le Chili, le Koweït, l’Iran, la Suisse, le Salvador et Israël ont aussi suspendu les vols en provenance du Royaume-Uni, ces trois derniers pays ayant également suspendu leurs liaisons avec l’Afrique du Sud où un nouveau variant a aussi été détecté.

Le gouvernement marocain va instaurer mercredi un couvre-feu nocturne à l’échelle nationale et de nouvelles mesures restrictives. L’Arabie saoudite a quant à elle suspendu tous les vols internationaux et l’accès à ses ports.

Un foyer de coronavirus a été détecté sur une base militaire en Antarctique, le seul continent qui n’était jusque-là pas touché par la pandémie, a annoncé lundi l’armée chilienne.

La Hongrie et la Slovénie ont annoncé lundi qu’elles allaient assouplir les règles sanitaires pour Noël, afin de permettre à leurs habitants de passer les Fêtes en famille.

Le Luxembourg a lui prévu un nouveau tour de vis pour lutter contre la pandémie après Noël avec un renforcement du couvre-feu, la fermeture des commerces non essentiels et la prolongation de celle des écoles jusqu’au 10 janvier.

Liste des pays qui ont suspendu les vols en provenance du Royaume-Uni:

Tous ces pays ont annoncé suspendre les vols de passagers en provenance du Royaume-Uni en date du 21 décembre.

En Europe:

  • France
  • Allemagne
  • Italie
  • Irlande
  • Pays-Bas
  • Belgique
  • Norvège
  • Danemark
  • Finlande
  • Suède
  • Suisse
  • Espagne
  • Portugual
  • Estonie
  • Lettonie
  • Lituanie
  • Bulgarie
  • Roumanie
  • Croatie
  • Macédoine
  • Albanie
  • Pologne 
  • République tchèque
 

En Amérique du Nord:

  • Canada
 

En Amérique du Sud:

  • Salvador
  • Argentine
  • Chili
 

En Asie:

  • Russie
  • Hong Kong 
  • Inde
 

Au Moyen-Orient:

  • Turquie
  • Iran
  • Israël
  • Arabie saoudite
  • Oman
  • Koweït
 

En Afrique:

  • Maroc
  • Tunisie
  • Algérie

Ailleurs dans le monde:

  • Île Maurice

Le président désigné, Joe Biden, vacciné

Le président désigné des États-Unis Joe Biden, 78 ans, a reçu lundi en direct devant les caméras de télévision la première dose d’un vaccin contre la COVID-19. L’injection du vaccin de Pfizer-BioNTech, le premier des deux remèdes déjà autorisés aux États-Unis, s’est déroulée dans un hôpital de Newark, dans son État du Delaware. La future première dame américaine, Jill Biden, a aussi reçu la première dose du vaccin lundi, selon l’équipe de transition. « Je fais cela pour montrer que les gens doivent être prêts à se faire administrer le vaccin lorsqu’il sera disponible, il n’y a pas de quoi s’inquiéter », a ensuite dit le président désigné, juste après l’injection. « J’ai hâte de recevoir la seconde dose ! » Il a remercié « les scientifiques et les gens qui ont rendu cela possible », ainsi que « les travailleurs en première ligne ». « De vrais héros », a-t-il lancé, tout en rendant aussi hommage, une fois n’est pas coutume, au gouvernement sortant de Donald Trump pour sa contribution dans la mise au point des vaccins, qui ont commencé à être administrés la semaine dernière à travers le pays. Les États-Unis ont dépassé lundi la barre des 18 millions de cas recensés de coronavirus, avec plus de 319 000 morts depuis le début de la pandémie, selon l’université Johns Hopkins dont le comptage fait référence.

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