Les petits commerces, lieux de contagion?

L’interdiction de vendre des poroduits «non essentiels» a été un véritable casse-tête pour les grands magasins, en France, qui ont dû mettre une partie de leurs employés au chômage technique. Il a fallu déplacer des rayons entiers en quelques jours, bloquer l’accès aux sections interdites. Parfois, il n’y avait que 15 centimètres entre les produits autorisés à la vente et ceux qui étaient interdits.
Photo: Nadine Achoui-Lesage Associated Press L’interdiction de vendre des poroduits «non essentiels» a été un véritable casse-tête pour les grands magasins, en France, qui ont dû mettre une partie de leurs employés au chômage technique. Il a fallu déplacer des rayons entiers en quelques jours, bloquer l’accès aux sections interdites. Parfois, il n’y avait que 15 centimètres entre les produits autorisés à la vente et ceux qui étaient interdits.

Fallait-il fermer les petits commerces ? La question reste en suspens alors que la France semble aborder le congé de Noël en meilleure position que plusieurs pays européens. Et cela, même si son président vient de contracter la COVID-19. Pendant que l’Allemagne et le Royaume-Uni font clairement face à une reprise de la contagion, la France n’enregistre pour l’instant qu’une légère hausse du nombre de cas, avec une certaine stabilité dans les hôpitaux. Devant ce bilan, nombreux sont ceux qui estiment qu’il n’aurait pas fallu fermer les petits commerces lors du dernier confinement, qui s’est terminé il y a deux semaines pour être remplacé par un couvre-feu.

C’était notamment l’opinion de l’épidémiologiste Martin Blachier, selon qui il était « urgent de rouvrir les commerces », dont la fermeture ne reposait sur aucune donnée scientifique. En France, cette fermeture s’est faite dans la confusion générale. Contrairement à la décision prise cette semaine par le premier ministre québécois, François Legault, le premier ministre français, Jean Castex, n’avait pas prévu début novembre d’interdire aux grandes surfaces de vendre des produits non essentiels. Il a fallu une petite semaine pour forcer le gouvernement à agir dans l’improvisation et à définir une liste de produits essentiels, seuls autorisés à la vente, afin que les grandes surfaces (du type Costco et Walmart) n’exercent pas une concurrence déloyale.

Encore fallait-il s’entendre sur la liste. Si la vente de produits d’hygiène fut autorisée, celle des produits de maquillage ne l’était pas. D’accord pour la vente des journaux, mais pas pour celle des livres. Oui aux petites culottes, mais non aux dessous chics. L’opération fut un véritable casse-tête pour les grands magasins, qui ont dû mettre une partie de leurs employés au chômage technique. Il a fallu déplacer des rayons entiers en quelques jours, bloquer l’accès aux sections interdites, souvent avec des rubans de plastique comme le fait la police sur les scènes de crime. Parfois, il n’y avait que 15 centimètres entre les produits autorisés à la vente et ceux qui étaient interdits.

Allemagne et Catalogne

C’est exactement ce que vient de faire l’Allemagne depuis le 15 décembre, au moment même où la France allégeait ses mesures. Comme en France le mois dernier, tous les commerces jugés non essentiels seront fermés jusqu’au 10 janvier. Comme en France, ceux-ci pourront cependant faire du « click and collect » et servir les clients sur le trottoir là où le climat le permet. Cet avis de fermeture inclut les librairies, sauf à Berlin où l’on a considéré qu’elles représentaient « des stations-service intellectuelles », selon l’expression du bourgmestre de la ville, Michael Müller.

La Catalogne, une province du nord de l’Espagne, avait choisi en novembre une voie radicalement différente en privilégiant les petits commerces. Toutes les surfaces de vente de plus de 800 mètres carrés furent interdites. Ce qui a obligé les grands magasins à réduire radicalement leur surface accessible. Ainsi le plus grand centre commercial du centre-ville de Barcelone avait-il dû fermer sept de ses neuf étages. Dans les grands centres commerciaux, seuls les magasins ayant une sortie sur la rue pouvaient accueillir des clients.

En réalité, aucune étude ne permet de dire avec certitude que les petits commerces ne sont pas un lieu de contagion. En France, le chef des urgences de l’hôpital Georges Pompidou, Philippe Juvin, n’a cessé de dénoncer l’absence de telles études. Seule une étude américaine parue dans la revue Nature le mois dernier laisse entendre qu’on aurait moins de chances d’être contaminé dans un dépanneur que dans un supermarché. Fondées sur les données téléphoniques recueillies dans dix grandes métropoles américaines, les conclusions de cette étude sont cependant contestées dans la mesure où elles reposent sur une simulation. La principale conclusion souligne cependant que, parmi tous les lieux de contamination, les restaurants et les bars arrivent très largement en tête.

Une nouvelle étude

C’est ce que vient de réaffirmer la toute dernière étude de l’Institut Pasteur appelée ComCor et rendue publique jeudi dernier à Paris. Selon son auteur, l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, 80 % des cas de contamination se produisent dans des lieux clos. Les repas, dans les restaurants ou à plusieurs à la maison, sont pointés comme les situations les plus classiques de contamination. Selon les auteurs, 44 % des personnes infectées connaissaient la personne source de qui elles avaient contracté la maladie et, parmi ces 44 %, 35 % des contaminations étaient survenues au sein du foyer.

Photo: Bob Edme Associated Press Le premier ministre français, Jean Castex, n’avait pas prévu début novembre d’interdire aux grandes surfaces de vendre des produits non essentiels, provoquant la colère des petits détaillants. 

« Les réunions privées — familles, amis — constituent la principale source d’infection, a déclaré à l’AFP Arnaud Fontanet. Si les gens organisent des dîners amicaux chez eux plutôt que d’aller au restaurant, ça ne change rien. » Menée en octobre et novembre pendant le couvre-feu et le début du reconfinement, cette étude est vivement contestée par les associations de restaurateurs, qui dénoncent un échantillon « non représentatif » et une méthode qui « n’a rien de scientifique ».

Parmi les personnes les plus susceptibles de contracter la COVID, le Dr Fontanet cite les cadres administratifs et commerciaux, les professionnels intermédiaires de la santé et du travail social ainsi que les ouvriers de l’industrie et les chauffeurs. L’étude n’a par contre constaté aucun risque particulier dans la fréquentation des transports en commun et des commerces.

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