L’avocate de Sarkozy déplore un «désert de preuves»

Les plaidoiries doivent se poursuivre jeudi.
Photo: Thibault Camus Associated Press Les plaidoiries doivent se poursuivre jeudi.

« Il faut accepter de dire que la justice est faillible » : l’avocate de Nicolas Sarkozy, jugé à Paris pour corruption et trafic d’influence, a plaidé mercredi la relaxe pour l’ancien président français, dénonçant un « désert de preuves » dans l’affaire des « écoutes ».

« J’ai l’honneur de défendre un justiciable dont l’une des particularités fut d’être aussi le président de la République. » Jacqueline Laffont, debout devant le banc de la défense, entamait sa plaidoirie en début d’après-midi.

« Ce que nous attendons ici devant vous aujourd’hui, au terme de ce long parcours judiciaire, c’est une justice simple, une justice forte, lance-t-elle. Celle qui recherche la vérité judiciaire, qui prononce la décision qui s’impose. Celle qui relaxera Nicolas Sarkozy. »

En face d’elle, les deux représentants du parquet national financier (PNF) qui ont requis, la veille, quatre ans de prison, dont deux avec sursis, à l’encontre de Nicolas Sarkozy, un fait sans précédent sous la Ve République.

Selon l’accusation, l’ex-président a bien obtenu en 2014, via son avocat Thierry Herzog, des informations couvertes par le secret auprès du haut magistrat Gilbert Azibert au sujet d’un pourvoi à la Cour de cassation en échange d’un « coup de pouce » pour un poste de prestige à Monaco.

« J’ai attendu des réponses, des démonstrations, en vain », rétorque Me Laffont, dans le silence de la 32e Chambre correctionnelle. La peine demandée « est aussi sévère que la démonstration fut faible. Or, la sévérité n’a jamais créé la preuve ».

« J’ai une crainte », a-t-elle déclaré. Que « les anciennes responsabilités de Nicolas Sarkozy, mais aussi et peut-être plus encore, les dérives des procédures qui l’ont visé, n’aient condamné » les procureurs « à persister dans une voie qu’ils savaient sinistrée ».

L’affaire est « construite sur un socle de fausses vérités », a affirmé l’avocate. La première, selon elle, est l’idée que l’usage d’une ligne officieuse, ouverte par Thierry Herzog sous le nom de « Paul Bimuth » pour converser avec son client, correspondrait à des méthodes de « délinquant chevronné » — une formule utilisée en 2017 par le parquet dans son réquisitoire au cours de l’instruction.

Mais « les Whatsapp, Signal, Telegram et autres messageries cryptées » sont « les Bismuth de 2020 ! » a-t-elle glissé. Et « parmi leurs utilisateurs », il y a « des magistrats, des policiers… »

« Plans sur la comète »

Devant elle, l’ex-chef de l’État, assis, jambes croisées, acquiesce régulièrement. À ses côtés, Thierry Herzog hoche parfois la tête ; Gilbert Azibert écoute, impassible. Dans la salle, de nombreuses robes noires, des journalistes et des proches de Nicolas Sarkozy, dont sa femme Carla Bruni, venue pour la première fois au procès.

Au cours de sa plaidoirie de deux heures et demie, Me Laffont a voulu démontrer que les trois hommes n’ont pas eu accès à des informations confidentielles, mais seulement à des documents qui n’étaient pas soumis au secret du délibéré. Gilbert Azibert n’a par ailleurs pas tenté, plaide-t-elle, d’influencer des magistrats.

De « contrepartie », il n’en existe pas : si Nicolas Sarkozy a été à Monaco début 2014, c’était un « pur hasard » et il n’a finalement fait aucune « démarche » auprès des autorités monégasques, a-t-elle soutenu.

Les conversations interceptées entre Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog qui sont au cœur du dossier ? Des « bavardages » entre « deux frères » qui « sont en train de faire des plans sur la comète, de lire dans le marc de café », a-t-elle ironisé.

Surtout, malgré une « débauche d’investigations », « on nage dans les hypothèses », a-t-elle insisté. Dans les courriels, agendas, auditions, relevés téléphoniques, c’est « un désert de preuves ».

« On apporte des faits et le parquet des hypothèses : c’est le monde à l’envers », s’est-elle agacée, dénonçant une « subversion du droit ». « On nous demande presque d’apporter la preuve impossible de notre innocence. »

Au final, « ce dossier, c’est celui de quelques interceptions téléphoniques entre un avocat et son client ». Des écoutes par ailleurs « illicites et scandaleuses », a estimé Me Laffont, parce qu’elles violeraient le secret professionnel.

En conclusion : « On est à des années-lumière d’un pacte de corruption. »

« Il faut accepter de dire que la justice est faillible, qu’elle a pu se tromper, se fourvoyer », a-t-elle ajouté. « Parce que vous êtes les représentants de cette justice libre et impartiale, vous relaxerez M. Sarkozy. »

Les plaidoiries doivent se poursuivre jeudi.

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