Du «French bashing» aux ultimes heures des négociations du Brexit

Depuis le choix britannique étroit (52% pour, 48% contre) de quitter l’UE, il y a quatre ans et cinq mois, les rôles, les rôles ont été clairement établis. L’Allemagne, réputée plus proche du Royaume-Uni, est perçue outre-Manche comme plus souple, et la France comme la plus intransigeante dans les négociations.
Photo: Frank Augstein Associated Press Depuis le choix britannique étroit (52% pour, 48% contre) de quitter l’UE, il y a quatre ans et cinq mois, les rôles, les rôles ont été clairement établis. L’Allemagne, réputée plus proche du Royaume-Uni, est perçue outre-Manche comme plus souple, et la France comme la plus intransigeante dans les négociations.

Le French bashing est de retour au Royaume-Uni. C’est historique et établi, pour les tabloïds britanniques, les « Froggies » sont toujours un mets de choix dès qu’il s’agit de chercher quelqu’un à blâmer. Alors que les négociations sur un accord de commerce post-Brexit avec l’UE vivent leurs dernières heures, la France et son président, Emmanuel Macron, sont accusés de risquer l’échec des négociations par des demandes « non raisonnables » et par la menace d’un « veto massif sur l’accord du Brexit ! » comme l’a écrit le Daily Express.

Parallèlement, le Daily Mail s’indigne du fait que les Britanniques qui possèdent une résidence secondaire sur le continent européen, et notamment en France, n’auront plus la possibilité d’y séjourner plus de trois mois d’affilée à cause du… Brexit. Les conséquences concrètes de la rupture commencent tout juste à émerger.

« Nous n’avons pas besoin d’un accord à n’importe quel prix. » Ces mots ont été prononcés le 30 novembre par la chancelière allemande Angela Merkel. Mais voilà, la presse britannique populaire préfère relever les propos du secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Clément Beaune, très présent il est vrai dans tous les médias, en français et en anglais.

Rien de bien nouveau ici. Depuisle choix britannique étroit (52 % pour, 48 % contre)de quitter l’UE, il y a quatre ans et cinq mois, les rôles ont été clairement établis. L’Allemagne, réputée plus proche du Royaume-Uni, est perçue outre-Manche comme plus souple, et la France comme la plus intransigeante dans les négociations.

La réalité se trouve comme toujours à mi-chemin. Emmanuel Macron est accusé de durcir sa position sur la pêche pour des questions électorales, alors que la présidentielle est attendue dans deux ans. C’est sans doute vrai en partie. Comme il est vrai aussi que, côté britannique, les grandes envolées sur la pêche sont plus de l’ordre émotionnel et symbolique qu’économique. La pêche représente 0,12 % du PIB britannique, alors que la majorité des pêcheurs a voté pour le Brexit. Mais 80 % du poisson pêché par les Britanniques est exporté vers l’Europe. Alors qu’entre 20 % et 60 % du poisson pêché par les chalutiers français nage dans les eaux britanniques.

De la concurrence équitable

Les négociations coincent depuis des semaines sur les mêmes sujets : la pêche donc en premier lieu. La France, mais aussi les Pays-Bas, le Danemark et la Belgique sont aux premières loges. Michel Barnier, le négociateur européen, réclamait initialement des quotas et des règles fixés pour dix ans. Le Royaume-Uni voulait les revoir tous les ans, puis tous les trois ans. Un accord final se trouvera sans doute entre les deux.

Lorsqu’il y a une volonté, il y a une solution 

La question du « level playing field », des règles de concurrence équitables, est en fait la plus cruciale. Celle de la gouvernance, des mécanismes établis pour résoudre une éventuelle dispute, coince aussi. Mais, sur tous ces sujets, « lorsqu’il y a une volonté, il y a une solution », a souligné à de nombreuses reprises Michel Barnier. En dépit des efforts et des espoirs du gouvernement britannique, sur le Brexit, l’UE est restée étonnamment unie. Même si parfois des divergences de vues ont pu émerger en fonction des intérêts nationaux respectifs.

Les négociations ont donc repris dimanche, après une pause de vingt-quatre heures. Lundi soir, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et Boris Johnson feront un nouveau point. Dans les milieux diplomatiques, on estimait les chances d’un accord à pas plus de 50 %.

33,8 petits kilomètres

Sur le papier, dans les faits, dans les esprits européens et même britanniques, un accord, même mince, serait préférable. L’UE est le plus important partenaire commercial du Royaume-Uni, avec 43 % du total de ses exportations en 2019. Les importations britanniques en provenance de l’UE représentaient 52 %.

Quoi qu’il arrive, le Royaume-Uni restera à 33,8 petits kilomètres de l’Europe et précisément de la France, entre Douvres et Calais. Les deux pays partagent des liens solides et historiques en matière de défense et de sécurité. Seules puissances nucléaires de l’UE, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, ils sont les deux plus importantes puissances militaires du continent.

La confiance entre partenaires joue souvent un rôle fondamental dans la dernière ligne droite. Lundi, les députés de la Chambre des communes vont réexaminer le projet de loi controversé sur le marché intérieur, dont deux articles autorisent la rupture du droit international. L’UE a réclamé le retrait de ces articles. Ils sont toujours inscrits dans la loi. Ce qui n’aura pas comme effet de renforcer la confiance côté européen.

Sens des slogans

Boris Johnson a un point commun avec les tabloïds britanniques. Il a le sens des slogans qui claquent et sont souvent exagérés. Comme eux, il est moins versé dans la nuance et la précision. Il y a un an exactement, il arpentait le Royaume-Uni en martelant : « Get Brexit done ! » On était à une semaine des élections générales du 12 décembre. Le 31 décembre 2019, les ultra-brexiters célébraient dans la liesse leur « indépendance retrouvée ».

Depuis le 10, Downing Street, le premier ministre Boris Johnson, fraîchement élu avec une majorité historique de 80 sièges, vantait un accord de commerce avec l’UE imminent. « Le film plastique sur cet accord prêt à mettre au four, dont j’ai tant parlé pendant cette campagne électorale, a déjà été percé et vient d’être placé dans le micro-ondes », trompetait-il alors. Un an plus tard, il n’a toujours pas servi aux Britanniques son plat-accord tant attendu. Il est désormais temps qu’il décide s’il veut appuyer sur la touche « on ».